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VERDUN ET « L’ IMPERATIF DE LA PAIX »

wurtz-l-humanite-dimancheLe weekend-end dernier se tenait à Verdun un intéressant séminaire international sur « l’impératif de la paix ». Se situant dans le cadre des manifestations du Centenaire de la première guerre mondiale, cette initiative des mouvements pacifistes allemands et français visait à « tirer les leçons de l’Histoire ». Le choix de Verdun pour cette rencontre était particulièrement approprié. Rappelons que c’est là qu’a eu lieu la plus titanesque bataille du premier conflit mondial : 300 jours -et nuits- de barbarie entre février et décembre 1916 s’y sont soldés par l’hécatombe monstrueuse de 300 000 morts et plus encore de blessés! Pas moins de 60 millions d’obus se sont abattus sur les « poilus » français et les « feldgrau » allemands ( une bombe par centimètre carré de terrain, en moyenne ) -dont quatre millions en l’espace de six heures, le 21 février, au premier jour de l’offensive allemande ! Sur l’imposant « Monument à la Victoire » érigé à l’époque est apposée une plaque, avec une inscription célébrant la gloire des combattants ,signée…Philippe Pétain , dans la droite ligne de la conception des rapports entre puissances qui engendra cette guerre: « Les Allemands attaqueront sans doute encore. Que chacun travaille et veille pour obtenir le même succès qu’hier. Courage : on les aura ! »

À l’opposé, que peut bien signifier ,aujourd’hui , commémorer le souvenir de cette guerre impérialiste aux 10 millions de victimes, si ce n’est , avant tout, faire la clarté sur les origines  profondes du déclenchement du cataclysme de 1914 : le bras de fer engagé entre la classe dirigeante française et l’Allemagne de Guillaume II pour la domination des colonies; les appétits bellicistes des marchands de canons de part et d’autre du Rhin -les Schneider de ce côté-ci contre les Krupp d’en face ou les De Wendel français versus Von Wendel allemands- ; et surtout l’engrenage fatal des « Alliances » agressives : la « Triple Entente » franco-russo-britannique contre la « Triple Alliance » germano-austro-italienne, toutes animées d’une confiance aveugle dans leur capacité à réaliser par la force des armes leurs ambitions hégémoniques contre un ennemi forcément méprisable ?

C’est bien parce qu’il avait dénoncé cette mécanique guerrière que Jean-Jaurès avait été désigné à la vindicte qui a armé le bras de son assassin. Dans son dernier discours, après l’attentat de Sarajevo contre l’Archiduc François-Ferdinand , il lança cette harangue prémonitoire: « Si l’Autriche envahit le territoire slave (…), la Russie entrera dans le conflit (et alors) l’Autriche invoquera le traité d’alliance qui l’unit à l’Allemagne ( laquelle) se solidarisera avec l’Autriche.(…) Mais alors, la Russie dira : » j’ai le droit d’invoquer le traité qui nous lie, il faut que la France vienne prendre place à mes côtés. »(…) C’est l’Europe en feu, c’est le monde en feu. »

C’est dire si quiconque est attaché à l’idée du « Plus jamais ça !  » devrait mettre en garde contre tout ce qui, dans les stratégies économiques, financières, politiques ou militaires d’aujourd’hui, encourage des tendances assimilables de près ou de loin à celles qui ont fini par plonger, il y a un siècle, l’Europe dans cette folie meurtrière! Tel ne fut malheureusement pas le choix du Président de la République dans son discours donnant le coup d’envoi des commémorations du Centenaire de 1914 : « La Grande Guerre fut celle de l’unité nationale. Lorsque la mobilisation générale fut proclamée, il n’y eut plus qu’un seul pays, une seule Nation, une seule armée (…) Dans ce combat-là, il n’y avait qu’une France: celle qui défendait son intégrité et ses valeurs. »(sic) « La Grande Guerre nous rappelle l’impérieuse nécessité de faire bloc si nous voulons gagner les batailles qui, aujourd’hui, ne sont plus militaires mais économiques, et qui mettent en jeu notre destin et notre place dans le monde. »
Décidément, je préfère Jaurès.

30 janvier 2014 at 7:31 1 commentaire

DU RIFIFI AU SOMMET DE « L’EUROPE » ?

 wurtz-l-humanite-dimanche                        A en croire certaines fuites, il y aurait eu du rififi au dernier Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement, le 19 décembre dernier! En cause, un projet-phare de Madame Merkel , mal accueilli par ses pairs à cinq mois des élections européennes,…et dont l’adoption définitive a finalement été reportée à l’automne! Le seul écho officiel de ces débats exceptionnellement vifs fut, en France, une interview du Président du Conseil européen, Herman van Rompuy (1). Mais il y a fort à parier que seule une poignée d’experts aura compris de quoi il retournait en lisant sous sa plume qu’ « avec l’idée de partenariats économiques pour la croissance, l’emploi et la compétitivité, nous mettons en place un outil supplémentaire à la disposition des gouvernements nationaux pour assumer leurs responsabilités européennes dans un esprit de solidarité. »(!) Cette effroyable langue de bois avait, en l’occurrence, une fonction précise:acter publiquement un projet politique d’envergure (ainsi, l’on ne pourra pas reprocher aux dirigeants européens d’avoir caché leurs intentions), mais le faire de telle manière que personne n’en mesure la portée avant le scrutin européen du25 mai prochain. Explications.

Depuis quelques temps déjà,la Chancelière insiste sur l’idée qu’il est temps de faire franchir à la zone euro une nouvelle étape dans le sens de « l’intégration », autrement dit de la centralisation des pouvoirs, quitte à devoir modifier les traités. Arracher par tous les moyens les « réformes » attendues par les marchés financiers constitue, selon elle, le seul moyen de parer au risque d’éclatement de l’Union monétaire.

Bien des pressions s’exercent en ce sens en Allemagne. La dernière en date émane d’un groupe de personnalités de renom (2). Celles-ci estiment « inévitable que les citoyens endossent le fardeau des crises et doivent accepter de douloureuses réformes », mais s’inquiètent dans le même temps des « dommages collatéraux » de ces mesures dans les pays en crise , dont « le spectre politique se radicalise ». Elles préconisent donc un donnant-donnant: les Etats en grande difficulté conjoncturelle pourraient bénéficier d’une aide financière, par exemple sous la forme d’une « assurance chômage commune ». Celle-ci devrait être « utilisée pour aborder des réformes du monde du travail depuis longtemps retardées. »

C’est une idée de ce type que Madame Merkel tenta de faire adopter par le Conseil européen à la veille de Noël. Dans sa bouche, cela devient : la signature entre chaque gouvernement et la Commission européenne de contrats contraignants prévoyant un calendrier des fameuses « réformes » en échange d’éventuelles compensations financières.

Et -ô surprise- la « toute puissante » Chancelière essuya tout d’abord un refus général, même de la part de ses plus proches alliés comme le Président du Conseil espagnol, le très réactionnaire Rajoy! En cause : la démocratie? Le social? La solidarité? On pourrait le penser en entendant -signe des temps- tout cet aréopage libéral et docile évoquer subitement qui « la souveraineté », qui « la légitimité », qui des « lignes rouges »! Pourtant, quand,face au courroux de la dame de fer, le Président français propose une synthèse toute « hollandaise » , tout le monde se serait rallié à sa « solution » : s’entendre de suite sur « les principes » et reporter l’accord « sur les détails »…après les élections européennes ! Banco! La décision finale sera prise en octobre…Il nous reste 136 jours pour convaincre de l’utilité d’un fort vote pour les listes du Parti de la Gauche européenne le 25 mai prochain!

 ——–
(1) « Les Echos » (23/12/2013)
« Le Monde » (22/12/2013)
(2) « Groupe de Glienicke »: voir Fondation « Notre Europe ».

9 janvier 2014 at 6:05 Laisser un commentaire

HALTE AU POISON NATIONALISTE!

Faute d’une issue positive à la crise qui secoue jusqu’aux fondements même de l’actuelle construction européenne, on assiste à la montée de la pire des échappatoires: le nationalisme.  Il se manifeste sous différentes formes, mais toutes doivent nous alerter. 

            C’est parmi les nouveaux pays membres que se font jour les phénomènes les plus virulents.  Le cas de la Hongrie – appelée à présider l’Union européenne durant le premier semestre de l’année prochaine – est symptomatique de ce qui couve en Europe centrale et orientale.  La population y est plongée dans la précarité et la misère.  Les désillusions et le désarroi viennent d’y envoyer une droite dure au gouvernement et d’y grossir les rangs de l’extrême droite.  Aussitôt des mesures provocatrices – l’attribution d’un passeport hongrois aux citoyens des pays voisins ayant « des ancêtres hongrois » et parlant le Hongrois – ont visé à relancer le culte de la nostalgie des « anciennes provinces perdues » au lendemain de la première guerre mondiale (Traité de Trianon, 4 juin 1920).  Déjà, la tension monte avec la Slovaquie et risque de se propager à la Roumanie, à la Croatie, voire à l’Autriche, pour ne citer que les pays membres ou candidats à l’adhésion à l’Union européenne, comptant des minorités hongroises – qui représentent plus de trois millions de personnes, au total ! 

            Mais ce poison n’est pas l’apanage de cette région d’Europe!  On sait ce qu’il en est en France:  la stigmatisation des « étrangers » est encouragée en haut lieu, poussant à la banalisation d’un discours agressif et dangereux, prétendant offrir des moyens simples pour en finir avec le calvaire insupportable qu’est devenue la vie pour des millions de gens, mais aboutissant en fait  à dresser les unes contre les autres les victimes du système.  On se souvient également de la flambée de slogans antigrecs – « cueilleurs d’olives », fainéants, fraudeurs…- et anti méditerranéens en général – « club med », laxiste et dépensier – relancés par les milieux conservateurs d’outre-Rhin à l’occasion de la seconde étape de la crise financière. 

            L’évolution de la classe dirigeante allemande constitue, du reste, de manière générale, un problème qui, s’il ne relève pas du nationalisme traditionnel, commence à  en épouser certains traits.  Notamment cette propension à vouloir imposer son modèle à tous ses « partenaires », au nom de ce que Berlin considère comme ses intérêts de puissance dominante de « l’Union ».  La Chancelière Merkel ne vient-elle pas d’illustrer cette orientation stratégique tout au long  de ces derniers mois?  Et que dit-elle d’autre, en affirmant, la semaine dernière: « je veux être très claire: l’Allemagne, en tant que grande force exportatrice et première économie de l’Union européenne, a très largement profité de l’euro par le passé.  C’est pourquoi nous défendrons un euro fort de toutes nos forces »?  On sait, en effet, ce que, dans sa bouche, « euro fort » veut dire: discipline et « culture de la stabilité » pour tous; mise sous tutelle des plus fragiles; exclusion des récalcitrants. 

            Toutes ces dérives doivent, en temps de crise, être prises au sérieux.  Puissent ces alertes convaincre des hésitants à rejoindre les luttes solidaires pour un changement véritable et une autre Europe.  Souvenons-nous, il y a 5 ans: au plus fort de la mobilisation citoyenne contre le projet de traité constitutionnel et pour une alternative sociale, on n’entendait guère les aboiements nationalistes.  Les forces de progrès donnaient le ton.  Il est temps qu’elles reprennent la main.

3 juin 2010 at 6:59 Laisser un commentaire

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