Posts filed under ‘Barcelone’
LES « RÉSULTATS IMPRESSIONNANTS » DES POLITIQUES D’AUSTERITE
Partout, les « efforts » consentis pour « assainir les finances publiques » produisent,paraît-il, des effets vertueux. Espèrent-ils, ces zélateurs de la « troïka », avec leurs gros sabots, contrecarrer la vague de rejet des politiques d’austérité qui déferle sur toute l’Europe? Tentative dérisoire, d’autant qu’aucun de leurs exemples de « réussite » ne résiste à l’examen des faits.
L’Irlande? Elle offre peut-être aux « investisseurs » la perspective d’un retour aux fameux « 3% » (du PIB ) de déficits publics d’ici 2015 , mais que pèse ce « succès » dans les consciences lorsqu’on en connaît le prix : un chômage de 13,5 % en général et de 28 % parmi les jeunes, à quoi s’ajoute une émigration massive privant le pays de 8% de sa population active, soit 200 000 personnes au travail -une proportion qui correspondrait en France à une perte de quelque 2,4 millions de travailleurs ! On est là face à une hémorragie d’autant plus dramatique pour l’avenir qu’il s’agit de personnes âgées de 20 à 44 ans,et, pour les deux-tiers d’entre eux, de diplômés de l’enseignement supérieur! En plus, le « retour sur les marchés » ne signifie pas la fin de l’austérité : la dette publique irlandaise atteint toujours le double du niveau maximal toléré en vertu des règles européennes… Il n’y a décidément rien à espérer de cette logique diabolique.Il faut rompre avec l’austérité .
La même conclusion s’impose en s’arrêtant sur le cas du Portugal. Lui aussi est loué d’être à la veille de pouvoir à nouveau se financer en faisant appel aux « marchés ». C’est oublier l’essentiel : l’état dans lequel ce peuple sort de l’épreuve que la « troîka » lui a fait subir (et qui,sauf rupture avec cette politique,se poursuivra sous d’autres formes). Là aussi, il y a , au nom de la « compétitivité »,un appauvrissement insupportable : une baisse absolue du coût unitaire du travail de l’ordre de 10 % en trois ans; un chômage de plus de 16% et une émigration massive. Quant à l’Espagne, « elle est devenue plus allemande » se félicite la banque d’investissement Citi : « de solides bénéfices pour les entreprises (tandis que) les coûts de la main d’œuvre s’effondrent. »Ajoutons que le chômage y est toujours de 26%, celui des jeunes approchant les …60% ! Et là encore, le gouvernement prévient: avec un déficit de 6,8%, « le chemin sera encore long et difficile ». La seule sortie par le haut passe par la rupture avec l’austérité.
Enfin, le cas de la Lettonie dépasse encore celui des autres pays cités en cruauté et en irresponsabilité. Car là, c’est le gouvernement qui a pris ,seul, l’initiative d’imposer une véritable guerre sociale à son peuple,uniquement pour remplir au plus vite les « critères de Maastricht » afin d’être admissible dans la zone euro ! Et ce malgré l’opposition de 58% de la population à cette perspective. C’est dans ce but que le pouvoir de Riga à coupé à la tronçonneuse dans les dépenses publiques à hauteur de…15% de la richesse nationale (l’équivalent de plus de 300 milliards € en France), dont 10% en une seule année; licencié un tiers de ses fonctionnaires dont 2400 enseignants et 44% des personnels de santé;diminué de 26% les salaires des agents publics;réduit le revenu minimum garanti de…64€ à 51€ par mois; fermé 35 hôpitaux sur 59 ainsi qu’une centaine d’écoles;augmenté la TVA de 21 à 22% et élevé de trois ans l’âge de départ à la retraite , à 65 ans ! (1) S’ensuivent une pauvreté extrême d’un tiers de la population , l’explosion des inégalités, et, là encore , une gigantesque fuite des cerveaux : 10% de la population totale du pays, d’un âge moyen de 35 ans ! C’est ce que Christine Lagarde a salué comme « les résultats impressionnants » obtenus par un pays qui a « décidé de prendre le taureau par les cornes », quitte à « y aller fort ». Une formule à retenir ,mais pour en finir avec ce modèle condamné et refonder l’Europe.
——- (1)Cf . Alex Korbel ( consultant en affaires publiques européennes) : « Austérité en Lettonie.La preuve par les faits » dans « Europe ».
EUROPE: VOIR AU-DELÀ DU « COUP DE BALAI »
La légitime exaspération que suscite la politique de l’Union européenne toutes ces dernières années nourrit ici ou là l’idée qu’il faudrait un « coup de balai » pour nous débarrasser de toute cette pseudo « élite » de Bruxelles, et par là-même de toutes les calamités qu’elle incarne aux yeux du plus grand nombre. Méfions-nous: ce type de slogan peut paraître radical, mais il est en réalité à courte vue. Il n’encourage pas les citoyennes et les citoyens à s’approprier les enjeux européens ( Par exemple, le choix de classe qui oppose ceux qui aspirent à faire de la promotion des capacités humaines la priorité de la future politique européenne aux obsédés de la course à la compétitivité par la baisse du « coût du travail » et des dépenses publiques) . Or, seuls celles et ceux qui voient clair sur ces choix sont en mesure d’agir sur eux . La gauche n’a rien à gagner à cantonner le peuple dans une posture purement protestataire, à privilégier le réflexe sur la réflexion et la surenchère verbale sur l’intervention de fond.
Ironie du sort, cette année, c’est ,du reste, l’Union européenne elle-même qui va, en quelque sorte, en raison d’échéances qui se télescopent, donner un « coup de balai » dans les hautes sphères du pouvoir « bruxellois »!Qu’on en juge: le Président de la Commission européenne, M. Barroso? Il quitte définitivement son poste le 1er novembre prochain. Le Président du Conseil européen, M. Van Rompuy? Il se retire impérativement un mois plus tard. La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires Étrangères et la politique de sécurité, la Baronne Catherine Ashton? Elle va retrouver la Chambre des Lords cet automne. Si on ajoute à la liste le Président du Parlement européen, M.Schulz, qui rend son tablier en mai, on le constate: bien des ténors de l’actuelle « nomenklatura » européenne vont devoir céder la place en 2014. Et pourtant, ce seul fait ne conduira évidemment pas aux changements attendus par la majorité de nos concitoyens !
Pour que puisse s’ouvrir avec succès un processus de « refondation » de la construction européenne , il faut qu’un ou , si possible, plusieurs pays prennent l’initiative de rompre avec les dogmes libéraux actuels, mais il faut aussi que cette rupture soit massivement comprise et soutenue par les citoyens du plus grand nombre de pays possible. Pour créer les conditions de ces convergences, les slogans gauchistes ne sont d’aucun secours. C’est l’aiguisement de la bataille des idées alternatives à celles des libéraux de tous genres qui est décisive. Et c’est le rassemblement le plus large autour de ces idées de changements qui est déterminant. L’élection européenne est un moment-clé pour concrétiser ces nouveaux rapports de force grâce à une bonne représentation au Parlement de Strasbourg.
Saisissons à pleines mains, dans cet esprit, le levier du scrutin du 25 mai prochain! En France-même , nous savons comment faire appel à l’intelligence de nos concitoyens : l’expérience de la bataille contre le traité constitutionnel de 2005 est gravée dans la mémoire collective. Quant à notre campagne à l’échelle européenne , le soutien massif de la gauche critique européenne (celle du Parti de la Gauche Européenne que préside Pierre Laurent) à la candidature de notre ami Alexis Tsipras -le leader de Syrisa, aujourd’hui première force politique de Grèce!- à la présidence de la Commission va nous offrir une opportunité sans précédent de défendre ,ensemble, nos idées jusque sur la scène européenne . C’est tout cela, le défi à relever aujourd’hui.
DU RIFIFI AU SOMMET DE « L’EUROPE » ?
A en croire certaines fuites, il y aurait eu du rififi au dernier Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement, le 19 décembre dernier! En cause, un projet-phare de Madame Merkel , mal accueilli par ses pairs à cinq mois des élections européennes,…et dont l’adoption définitive a finalement été reportée à l’automne! Le seul écho officiel de ces débats exceptionnellement vifs fut, en France, une interview du Président du Conseil européen, Herman van Rompuy (1). Mais il y a fort à parier que seule une poignée d’experts aura compris de quoi il retournait en lisant sous sa plume qu’ « avec l’idée de partenariats économiques pour la croissance, l’emploi et la compétitivité, nous mettons en place un outil supplémentaire à la disposition des gouvernements nationaux pour assumer leurs responsabilités européennes dans un esprit de solidarité. »(!) Cette effroyable langue de bois avait, en l’occurrence, une fonction précise:acter publiquement un projet politique d’envergure (ainsi, l’on ne pourra pas reprocher aux dirigeants européens d’avoir caché leurs intentions), mais le faire de telle manière que personne n’en mesure la portée avant le scrutin européen du25 mai prochain. Explications.
Depuis quelques temps déjà,la Chancelière insiste sur l’idée qu’il est temps de faire franchir à la zone euro une nouvelle étape dans le sens de « l’intégration », autrement dit de la centralisation des pouvoirs, quitte à devoir modifier les traités. Arracher par tous les moyens les « réformes » attendues par les marchés financiers constitue, selon elle, le seul moyen de parer au risque d’éclatement de l’Union monétaire.
Bien des pressions s’exercent en ce sens en Allemagne. La dernière en date émane d’un groupe de personnalités de renom (2). Celles-ci estiment « inévitable que les citoyens endossent le fardeau des crises et doivent accepter de douloureuses réformes », mais s’inquiètent dans le même temps des « dommages collatéraux » de ces mesures dans les pays en crise , dont « le spectre politique se radicalise ». Elles préconisent donc un donnant-donnant: les Etats en grande difficulté conjoncturelle pourraient bénéficier d’une aide financière, par exemple sous la forme d’une « assurance chômage commune ». Celle-ci devrait être « utilisée pour aborder des réformes du monde du travail depuis longtemps retardées. »
C’est une idée de ce type que Madame Merkel tenta de faire adopter par le Conseil européen à la veille de Noël. Dans sa bouche, cela devient : la signature entre chaque gouvernement et la Commission européenne de contrats contraignants prévoyant un calendrier des fameuses « réformes » en échange d’éventuelles compensations financières.
Et -ô surprise- la « toute puissante » Chancelière essuya tout d’abord un refus général, même de la part de ses plus proches alliés comme le Président du Conseil espagnol, le très réactionnaire Rajoy! En cause : la démocratie? Le social? La solidarité? On pourrait le penser en entendant -signe des temps- tout cet aréopage libéral et docile évoquer subitement qui « la souveraineté », qui « la légitimité », qui des « lignes rouges »! Pourtant, quand,face au courroux de la dame de fer, le Président français propose une synthèse toute « hollandaise » , tout le monde se serait rallié à sa « solution » : s’entendre de suite sur « les principes » et reporter l’accord « sur les détails »…après les élections européennes ! Banco! La décision finale sera prise en octobre…Il nous reste 136 jours pour convaincre de l’utilité d’un fort vote pour les listes du Parti de la Gauche européenne le 25 mai prochain!




Commentaires récents