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L’IMPUNITÉ DE NETANYAHOU : UN CRIME CONTRE LA PAIX !
Le 4 novembre prochain, cela fera vingt ans que Yitzhak Rabin, alors Premier Ministre d’Israël , a été assassiné par un ultra-nationaliste israélien . Cette tragédie eut lieu dans un contexte marqué par une campagne de haine quasi-hystérique de la droite et de l’extrême droite de ce pays contre un leader coupable de s’engager dans un processus de paix avec son homologue palestinien, Yasser Arafat. Depuis ce jour funeste, une génération entière de Palestiniens n’a plus connu le moindre espoir d’une paix juste, assurant la fin de l’occupation, de la colonisation, de l’humiliation sans limite. Aujourd’hui, nous sommes peut-être à l’aube d’un nouveau soulèvement populaire qui a démarré, cette fois, là où le pouvoir de Tel Aviv s’y attendait le moins : la partie palestinienne -annexée- de Jérusalem.
C’est le moment de revenir sur ce terrible tournant de 1995 . D’abord, pour rappeler qu’il a toujours existé -et qu’il existe aujourd’hui même- en Israël des hommes et des femmes en grand nombre qui combattent l’occupation avec courage et dignité, fût-ce au péril de leur vie. Ensuite, pour souligner la responsabilité écrasante de tous ceux qui, en Europe et en « Occident » en général, garantissent aux incendiaires au pouvoir en Israël une impunité absolue . Ce faisant, ils ne défendent pas Israël, ils protègent les héritiers des assassins de Rabin.
Qui était , en effet, durant les jours et les semaines précédant les coups de feu mortels contre le Premier Ministre de l’époque, à la tête des hordes d’extrémistes vociférant jusque sous les fenêtres de celui-ci et brandissant des pancartes prémonitoires, représentant Rabin dans le viseur d’un sniper ? Le chef du Likhoud -déjà !- un certain Benjamin Netanyahou !
L’homme à l’encontre duquel il alimenta la haine parmi ses supporters n’avait pourtant pas un profil de pacifiste. Ancien Chef d’Etat-Major de l’armée durant la « Guerre des six jours », en 1967, il fut ministre de la Défense au moment de la première « Intifada ». Mais, en véritable homme d’Etat, il sut , avec lucidité et courage, tirer les leçons de son expérience. Lors de l’impressionnant rassemblement en faveur du processus de paix à l’issue duquel il tomba sous les balles du tueur Ygal Amir, il a tenu un discours que les parrains honteux de l’actuel gouvernement d’Israël -le plus réactionnaire qu’ait connu ce pays-gagneraient à méditer . En voici quelques phrases qui en illustrent l’actualité : « La violence s’attaque à la base de la démocratie israélienne. Elle doit être condamnée et isolée (…) La paix a ses ennemis qui tentent de nous atteindre, pour torpiller le processus de paix (…) Pour Israël, il n’est pas de chemin qui soit sans douleur. Mais la voie de la paix est préférable à celle de la guerre. Je vous dit cela en tant qu’ancien soldat (…) Je veux que ce gouvernement exploite chaque ouverture, chaque occasion de promouvoir et de parvenir à une paix totale. » (1)
REAGIR !
Nous avons connu des périodes plus enthousiasmantes…Nous assistions déjà jour après jour au chantage ignoble exercé par les grands argentiers européens sur les nouveaux représentants élus du peuple grec. Et voilà qu’en plus, en moins d’une semaine, trois événements -certes de nature différente- nous ont, tour à tour, profondément affectés: le triomphe de Nétanyahou en Israël; le terrible attentat terroriste de Tunis; le score de l’extrême droite en France. Face à chacun de ces chocs, une même exigence s’impose : réagir !. Ces épreuves doivent être l’occasion, pour le « peuple de gauche » d’un examen de conscience lucide et de choix courageux : avons-nous fait tout ce qui dépendait de nous pour éviter qu’on en arrive là ? Et surtout, sommes-nous prêts à ne plus laisser passer les multiples lâchetés qui ont contribué à nous conduire là où nous sommes aujourd’hui ?
Nétanyahou tout d’abord. Rappelons les « arguments » qui lui ont permis d’arracher la victoire en mobilisant in extremis la frange la plus ultra de la société : l’engagement ferme de s’opposer à la création d’un État palestinien; la promesse de poursuivre la colonisation des territoires occupés; l’appel raciste à faire front face à la « menace » d’un vote massif des « Arabes » (israéliens) ! Autour de nous, des protestations s’expriment. Peut-on s’en contenter ? Certainement pas. Quiconque se réclame de la gauche devrait enfin -au nom du simple droit international- exiger que cesse l’indécente complaisance dont ce personnage, passible de la Cour pénale internationale, sait bénéficier de la part de tous les dirigeants occidentaux, français compris ! A quand l’ouverture d’un débat sur la révision stratégique qui s’impose ?
La Tunisie ensuite. Voilà une société d’un pays arabe qui pousse plus loin que tout autre l’expérience d’un processus démocratique et qui, pour cette raison même , est la cible des pires forces obscurantistes , intérieures et extérieures. Là aussi, tout le monde ou presque en convient. Mais, pour autant, le compte n’y est pas ! D’où viennent ces « djihâdistes »? Vraisemblablement de la Libye voisine. Or, l’effondrement de ce pays est le fruit de l’aventure militaire occidentale de 2011. C’est elle qui a fait de la Libye un pourvoyeur sans fin de combattants extrémistes pour toute la région. Ceux qui sont à l’origine de ce fiasco , ou l’ont cautionné cette initiative désastreuse, ont des comptes à rendre ! (1) Comment gérer le monde pour tarir les sources de violences au lieu de les alimenter : ce débat de fond doit avoir lieu. À la gauche tout entière de réclamer avec force, non les guerres sans fin, mais un effort exceptionnel , tant français qu’européen, de coopération au développement digne de ce nom entre les deux rives de la Méditerrannée.
Que dire enfin après le score effrayant de l’extrême droite dans un pays à la fière devise républicaine…Tout le monde le sait : le meilleur rempart contre le délitement de pans entiers d’une société, c’est l’éradication du chômage, de la pauvreté, des inégalités; c’est la promotion des capacités humaines; c’est une authentique démocratie citoyenne; c’est l’ouverture de perspectives d’avenir. Et c’est aussi une saine bataille d’idées sur les conditions du « vivre ensemble » dans le monde d’aujourd’hui, fait de mobilité, d’interdépendances et de mixité culturelle. Or, sur tous ces terrains , que de reculs à gauche ! Peuple de gauche, manifeste-toi et fais vivre tes valeurs !
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(1) Nous écrivions ici même il y a près de quatre ans, à propos du bilan, hélas provisoire, de cette guerre engagée quatre mois plus tôt par Nicolas Sarkozy (et soutenue par François Hollande) : »un pays dévasté; des plaies ancestrales rouvertes; un risque de partition sinon de chaos à la somalienne… » (HD 31/7/2011) Nous y sommes.




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