Posts filed under ‘Europe’

RUSSIE-UKRAINE : QUELLE ISSUE ?

Cela va faire cinq ans que dure et s’enkyste le conflit entre la Russie et l’Ukraine. Après la crise de la place Maïdan, les affrontements meurtriers du Dombass, l’annexion de la Crimée, voici l’incident naval dit « de la mer d’Azov ». À chaque fois, Kiev et Moscou se rejettent mutuellement la responsabilité de la brusque dégradation de la situation. Et à chaque fois, les dirigeants de l’UE , parallèlement à leurs homologues des Etats-Unis et de l’OTAN, désignent les bons et les méchants, prodiguent des leçons de morale, voire infligent des sanctions. Mais, évidemment, cela n’a aucune incidence sur le conflit lui-même. Celui-ci poursuit son pourrissement , jusqu’au jour où le dérapage de trop fera basculer les tensions répétées dans un embrasement aux conséquences incalculables. Cette menace est si évidente qu’il est difficile de comprendre l’obstination des dirigeants européens, et occidentaux en général, à ne pas le reconnaître : le conflit entre la Russie et l’Ukraine n’a aucune chance d’être surmonté tant qu’on ne comptera, pour y parvenir, que sur ses deux protagonistes directs , voire qu’on soufflera sur les braises de l’extérieur.

Certes, il y a eu la bonne initiative diplomatique franco-allemande de 2015 qui avait conduit aux Accords de Minsk, censés aboutir -outre le cessez-le-feu immédiat- à un retrait des armes lourdes, à une amnistie totale, à la création d’un statut spécial pour les régions de l’Est de l’Ukraine et à la restauration du contrôle par l’Ukraine de ses frontières extérieures. Mais, quoiqu’on pense de la part de responsabilité des uns et des autres en la matière, force est de constater que ces engagements n’ont pas été tenus, tandis que les risques pour la sécurité internationale -très au-delà de la région concernée- ne cessent de croître. Aussi, au risque de nous répéter, soulignons l’urgence, désormais reconnue par de nombreux experts en relations internationales, de tenir une Conférence réunissant tous les Etats du continent et se fixant pour double objectif l’examen de l’ensemble des contentieux existant ou couvant entre nos pays et l’établissement -sous l’égide des Nations-Unies- de règles communes de sécurité et de coopération à l’échelle des 51 Etats européens, sans distinction de régime.

Une référence vient à l’esprit à cet égard. Elle a marqué tout un pan de notre histoire contemporaine : c’est la Conférence d’Helsinki, qui a réuni de 1973 à 1975, donc en pleine guerre froide, les Etats d’un continent pourtant coupé en deux camps antagoniques. Comment ce qui était possible dans ces conditions ne le serait-il pas aujourd’hui ! L’idée d’une « Conférence paneuropéenne de sécurité et de coopération » a d’ailleurs été émise , il y a dix ans, par le Président russe de l’époque, Dmitri Medvedev. Il mettait en particulier l’accent sur un principe qui mérite effectivement d’être discuté -ce que les dirigeants de l’UE ont refusé de faire pour ne pas gêner l’élargissement de l’OTAN vers l’Est ou l’installation du « bouclier anti-missile » en Pologne et en République tchèque, cher à Washington. Ce principe est celui de « l’indivisibilité de la sécurité » : chaque État signataire d’un tel traité s’engage à ne prendre aucune mesure pour sa propre sécurité si elle contrevient à la sécurité d’un autre État signataire du traité. Voilà un débat qu’ il serait plus qu’urgent d’ouvrir ! Non seulement pour trouver une issue au conflit russo-ukrainien, mais parce qu’une paix durable sur notre continent est à ce prix.

6 décembre 2018 at 7:23 Laisser un commentaire

1918-2018 : TIRONS LES BONNES LEÇONS DE L’HISTOIRE.

A la veille de la commémoration du centenaire de l’Armistice de 1918, il n’est pas vain de rappeler quelques vérités élémentaires qui ne semblent toujours pas évidentes pour tous.

Ainsi entend-on certains vouloir « célébrer », y compris par un défilé militaire, la « Victoire » de 1918. Peut-on encore s’en glorifier, un siècle après cette barbarie, qui a fait près de 10 millions de morts et 21 millions de blessés, et fut « essentiellement l’oeuvre des hauts industriels des différents Etats de l’Europe, qui la voulurent, la rendirent nécessaire, la firent, la prolongèrent (et dans laquelle) on croit mourir pour la patrie; (mais) on meurt pour les industriels » (Anatole France dans « l’Humanité » du 18/7/1922) ?! A l’heure où s’émoussent nombre de repères et se rompent des digues vitales pour assurer une paix durable, il faut réagir contre ce type de re-formatage réactionnaire des esprits .

Cette nécessaire vigilance ne concerne pas seulement l’analyse du premier conflit mondial lui-même mais aussi la gestion irresponsable des suites de la « victoire » en question. Cela nous renvoie au traité de Versailles, dont le centenaire, en 1919, sera à surveiller de près. N’a-t-il pas servi de levier à Hitler pour créer les conditions de son accession au pouvoir en 1933 ? « La guerre 39-45 trouve son origine dans les dispositions du traité de Versailles » reconnait un ancien diplomate français , pourtant grand défenseur de Georges Clemenceau qui fut le négociateur le plus intransigeant de ce traité (1). Le thème de l’humiliation infligée à la nation allemande par le « Diktat » de Versailles a imprégné des générations d’Allemands.

En outre, avec les « traités annexes » (Saint-Germain-en-Laye, Trianon, Sèvres, Lausanne…) , Versailles et ses suites ont redessiné le continent européen dans un sens et dans des conditions qui se reflètent encore aujourd’hui -ou plutôt à nouveau- dans la montée des nationalismes , dans bien des pays européens . Dans la Hongrie d’Orban, par exemple, la référence au traité de Trianon , signé dans la foulée de celui de Versailles, est omniprésente pour entretenir la nostalgie revancharde des frontières de la Hongrie d’avant le « vol » , en particulier de la Transylvanie rattachée à la Roumanie en 2020 en guise de récompense pour son ralliement de dernière heure aux vainqueurs de la guerre de 14-18. D’ores et déjà, des manifestations commémoratives sont annoncées à Budapest pour le Centenaire de Trianon , qu’Orban souhaite « grandiose et tragique »…De l’autre côté de la frontière, les nationalistes s’apprêtent, au contraire, à célébrer le souvenir de la « Grande Roumanie » héritée de Trianon . C’est comme cela que se nourrissent mutuellement les nationalismes sans que l’on sache jusqu’où ils peuvent conduire des peuples désorientés.

Ces questions ont donc toute leur place dans le débat sur l’avenir de l’Europe, dans et au-delà de l’Union européenne. Répétons à ce propos , une fois encore, l’intérêt majeur que représenterait , dans ce contexte, le lancement d’un processus visant à réunir au plus vite une nouvelle « Conférence pan-européenne de sécurité et de coopération » associant tous les pays du continent et impliquant les sociétés civiles à sa préparation et à son déroulement.
————
(1) Jacques-Alain de Sédouy, dans un entretien accordé à la Mission du Centenaire .

8 novembre 2018 at 4:09 Laisser un commentaire

EUROPE : FAIRE APPEL À L’INTELLIGENCE DES CITOYENS

Comment conduire de façon efficace et responsable le débat sur les enjeux européens avec nos concitoyens et concitoyennes ? La question mérite d’autant plus d’être posée que nous sommes en pré-campagne électorale et que tendent à se banaliser, y compris à gauche, les propos outranciers sur « l’Europe » ne débouchant sur aucune action constructive. Bien que très critique, de longue date, sur l’actuelle UE, je ne me reconnais absolument pas dans tout ce qui caricature le débat politique sur les enjeux européens . Pour une raison simple : diaboliser l’UE, c’est s’interdire de réfléchir à ses contradictions; c’est s’empêcher de chercher à ouvrir des brèches positives dans cette construction en crise profonde; c’est fermer toute perspective de transformation.

Certes, en surfant sur l’exaspération (légitime) des gens vis-à-vis de « Bruxelles », on peut espérer, du moins à court terme, engranger quelques bénéfices électoraux. Mais on ne fait qu’enfoncer nos interlocuteurs dans l’impasse du ressentiment. A l’inverse, faire appel à l’intelligence de chacune et de chacun , sans concession sur les réalités de cette « Europe », mais sans en cacher les contradictions, afin d’agir sur elles, c’ est un exercice sans doute plus exigeant . Mais il est, pour nos interlocuteurs comme pour le climat démocratique, d’un tout autre apport !

La référence en la matière reste l’expérience exemplaire de démocratie citoyenne sur les enjeux européens que fut la campagne pour un « Non de gauche » au projet de traité constitutionnel de 2005 (« NON à l’Europe libérale; OUI à une Europe sociale »). Une campagne dont les communistes s’honorent d’avoir été les initiateurs et le fer de lance. Le fait que Sarkozy et ses pairs européens aient réussi, dans le rapport de force de l’époque, à voler sa victoire à notre peuple, n’enlève rien au caractère emblématique de cet affrontement politique de très haut niveau qui a, pour la première fois, ébranlé la « forteresse » européenne.

Quelles leçons peut-on en tirer pour le débat actuel sur les questions européennes ? D’abord, me semble-t-il, il n’est pas bon de ne miser que sur la seule « expression de la colère populaire », comme on l’entend souvent dire. Cette colère est totalement justifiée ; elle doit s’exprimer. Mais une gauche digne de ce nom a le devoir d’apporter une « valeur ajoutée » à cet état de fait. Sa responsabilité n’est-elle pas de permettre aux gens de dépasser cette réaction de défense ? De favoriser leur participation à des luttes collectives larges et inscrites dans la durée ? D’y susciter leur créativité politique, car c’est le seul moyen d’ arracher progressivement les changements et les ruptures nécessaires ? Par ailleurs, et dans le même esprit, prenons conscience que « tout ce qui est excessif est insignifiant » . Présenter les réalités européennes comme uniformément catastrophiques est foncièrement contre-productif . Non seulement, ce faisant, on est inaudible pour quiconque a vécu une expérience européenne ressentie comme positive (ex : les bourses Erasmus pour le étudiants), mais on dévalorise de fait les points marqués par les luttes ou sous la pression des opinions publiques (ex: les 13 milliards d’euros récemment exigés -et obtenus- d’ Apple pour avoir bénéficié de cadeaux fiscaux illégaux). Ouvrir un débat serein sur ces questions me paraîtrait particulièrement opportun dans la période qui vient.

1 novembre 2018 at 10:08 Laisser un commentaire

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