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« DANS QUEL MONDE VIVONS-NOUS ?… »
« Dans quel monde vivons-nous lorsque les gens ne peuvent pas se procurer de la nourriture et de l’eau ? » s’indignait il y a quelques jours le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à propos de la situation à Gaza, « devenue une zone de mort ». « Dans quel monde vivons-nous, a-t-il poursuivi, lorsque le personnel de santé risque d’être bombardé(…), que les hôpitaux doivent fermer parce qu’il n’y a plus d’électricité ou de médicaments (…) et qu’ils sont la cible des militaires »…Depuis ce cri d’alarme, le seuil des 30 000 victimes, très majoritairement civiles, a été franchi; une insupportable tragédie s’est ajoutée au bilan effroyable de cette guerre, lorsque, durant une distribution d’aide alimentaire, des soldats israéliens ont ouvert le feu car « ils se sentaient menacés »; et Netanyahou a annoncé le lancement prochain d’une offensive terrestre sur la ville de Rafah où sont massées 1,5 million de personnes…
Jusqu’à quelle extrémité le pouvoir et l’armée d’Israël devront-ils pousser leurs crimes de guerre pour que cessent à leur égard l’indulgence, la complaisance et la complicité des principaux dirigeants politiques occidentaux ? Que pèsent, en effet, quelques protestations verbales de la France après le dernier carnage, ou bien la demande, par l’Allemagne, « que l’armée (sic) israélienne mène une enquête complète » à son sujet, ou encore les bons sentiments de la présidente de la Commission européenne, qui se dit « profondément troublée par les images » du désastre, quand l’Union européenne continue de refuser ne serait-ce que la suspension de l’Accord d’association très avancé qui lie l’Europe à Israël et que tant Berlin que Paris continuent de livrer des armes à Tel-Aviv ! Le ministre français des armées, Sébastien Lecornu, s’est même permis de se référer à …la Charte des Nations unies pour justifier la vente « d’équipements militaires à Israël afin de lui permettre d’assurer sa défense » ! (Fin janvier 2024, dans une déclaration à Mediapart ) . Et que dire du « Chef du monde libre » qui, non content d’avoir, le 20 février dernier, usé, pour la troisième fois, de son veto pour repousser une résolution du Conseil de sécurité appelant à un cessez-le-feu immédiat à Gaza, fournit à son allié inconditionnel tous les armements et les renseignements dont il a besoin pour poursuivre la pire guerre de son règne sanglant ! Rappelons enfin que toutes ces livraisons d’armes contredisent frontalement l’obligation faite à tout État membre de l’ONU -suite à l’arrêt de la Cour internationale de justice, le 26 janvier dernier- d’agir pour prévenir le risque qu’un génocide se produise à Gaza.
« Dans quel monde vivons-nous ? » : l’interpellation du directeur général de l’OMS pourrait s’appliquer tout autant à l’abominable guerre russe en Ukraine comme aux menaces nucléaires que vient à nouveau de brandir Poutine. Comme en Palestine, la solidarité envers le peuple agressé s’impose et toute complicité avec l’agresseur est intolérable. Et, pas plus qu’en Palestine, il n’y a à rechercher de solution au conflit dans une « victoire » militaire d’un camp sur l’autre, et encore moins dans une fuite en avant militaire au risque d’un embrasement du continent. Il est consternant que le Président de la République -aveuglé par sa soif de « leadership » international ou prêt à instrumentaliser la tragédie ukrainienne à des fins de politique intérieure ?!- ait pu déclarer qu’il ne fallait « pas exclure » d’envoyer des troupes combattre les Russes en Ukraine ! Dans quel monde vivons-nous ? Un monde dangereux qui a un besoin vital d’esprit de responsabilité, de vision à long terme, et, dans l’immédiat, tant en Palestine qu’en Ukraine, de cessez-le-feu durables !
Israël-Palestine : pourquoi le droit international n’est-il pas appliqué ?
L’impunité et le « deux poids, deux mesures » s’explique par le poids de la culture coloniale dans la vision du monde dominante en Occident.
« Notre histoire, notre responsabilité découlant de la Shoah nous imposent le devoir permanent de défendre l’existence et la sécurité de l’État d’Israël », déclarait le chancelier Scholz, le 12 octobre. Mais, ce « devoir » n’impose ni à l’Allemagne, ni à l’Europe, ni aux États-Unis d’assurer aux dirigeants israéliens une impunité totale, quelle que soit la gravité de leurs violations du droit international, au demeurant reconnues par la plupart de ces mêmes puissances. Il faut donc chercher ailleurs la raison de leur inertie ou de leur complicité envers une politique contraire aux principes que ces mêmes États jugent incontournables partout ailleurs.
Il me semble qu’elle réside avant tout dans le poids que conserve la culture coloniale dans la vision du monde dominante en Occident. On peut parler à ce propos d’« occidentalisme », par opposition à l’« universalisme ». C’est la racine du « deux poids, deux mesures ». Ainsi, il a fallu attendre plus d’un quart de siècle après la création de l’État d’Israël pour que, à l’initiative de pays du Sud, apparaissent dans les résolutions de l’ONU les termes de « peuple de Palestine », les Palestiniens étant considérés jusqu’alors comme de simples « réfugiés » !
Ensuite, ces mêmes États se sont, à maintes reprises, abstenus de saisir des occasions d’exercer des pressions salutaires sur Israël, comme ce fut le cas lorsque la Cour internationale de justice confirma, en 2004, l’illégalité du mur édifié dans le territoire palestinien occupé et rendit un avis très sévère à l’encontre de Tel-Aviv. Les États-Unis n’ont pas réagi, eux dont le veto protège systématiquement Israël au Conseil de sécurité. Quant aux États européens – qui avaient pourtant approuvé l’avis en question –, ils ne lui ont réservé aucune suite.
En 2022, en revanche, ces mêmes États s’appuieront sur cette même Cour pour soutenir l’Ukraine contre la Russie « pour que le droit international soit respecté ». Enfin, dans la dernière période, estimant à tort que l’enjeu palestinien appartenait au passé, ils se sont ostensiblement désintéressés du sujet, se contentant de répéter, telle une formule rituelle, leur « attachement à la solution à deux États », à laquelle, de toute évidence, ils ne croyaient plus. Cette attitude fut perçue par les Palestiniens comme une forme de mépris, ce ferment de désespérance et de rage.
À l’inverse, durant toutes ces années, les mêmes ont illustré une compréhension et une proximité exceptionnelles envers les dirigeants israéliens, nonobstant leur politique prohibée par le droit international. Qui sait que, en 2000, Israël a obtenu, à l’ONU, de devenir membre à part entière… du Groupe des États d’Europe occidentale et autres États, dont les États-Unis sont, par ailleurs, observateurs !
Pour sa part, Javier Solana, alors chef de la diplomatie européenne, déclara en 2009 à Jérusalem : « Israël, permettez-moi de le dire, est un membre de l’Union européenne sans être membre de ses institutions (…) Aucun pays hors du continent n’a le type de relations qu’Israël entretient avec l’Union européenne ! »Pourquoi voudrait-on, dès lors, que l’Occident gêne autrement qu’en paroles le projet colonial de leur si proche allié ?
Francis Wurtz
Député honoraire PCF au Parlement européen




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