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APRÈS LA FAUTE DE MOSCOU, GARE À LA SURENCHÈRE !

On savait le Kremlin capable de brutalité, y compris dans ses relations internationales, mais on l’avait également vue habile stratège quand cela servait ses intérêts. Cette fois-ci, son manque de discernement à l’égard de Josep Borrell, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, surprend par sa dimension clairement contre-productive, tant pour nos pays que pour la Russie. C’est une faute très dommageable. Elle risque, hélas, de renforcer, dans l’UE, le camp des partisans d’une tension durable entre les deux grands acteurs du continent, au moment précis où l’on pouvait espérer voir enfin s’amorcer un processus de dialogue constructif entre eux. Rappel des faits.
Le 5 février dernier, contre l’avis de plusieurs gouvernements ainsi que de nombre de parlementaires européens -qui ne se limitaient pas, en l’occurrence, aux traditionnels adeptes d’ une néo-guerre froide avec Moscou- , Josep Borrell, en homme avisé, a voulu relancer les rencontres diplomatiques UE-Russie, pratiquement gelées par Bruxelles depuis 2014 (1) . Il était de ceux qui estimaient, avec raison, que l’ « Affaire Navalny », aussi condamnable soit-elle, ne devait pas faire obstacle à la reprise d’un « dialogue franc » avec son homologue russe, comme à la relance des coopérations dans des domaines cruciaux, telles la lutte contre le réchauffement climatique ou la revitalisation de l’accord sur le nucléaire iranien. Il souligna également, avec pertinence, que le vaccin « Spoutnik V » était « une bonne nouvelle pour l’humanité ». La Russie a dit avoir apprécié cette rencontre…mais l’a conclue en expulsant le même jour trois diplomates d’Allemagne, de Pologne et de Suède ! Du pain bénit pour tous ceux qui attendaient Josep Borrell au tournant ! « Humiliation ! » « Fiasco ! » « Borrell démission ! » « Nouvelles sanctions contre Moscou ! » : l’hystérie est repartie de plus belle. Comme pour s’excuser de l’échec de Borrell, le Président du Conseil européen, le pâle Charles Michel, annonça qu’il se rendrait …en Ukraine et en Géorgie , deux pays en conflit avec la Russie, « pour souligner le soutien de l’UE à leur souveraineté et à leur intégrité territoriale ».
C’est dans ce contexte électrique que Josep Borrell doit rendre compte et « tirer les leçons » de son voyage devant les 27 ministres des Affaires étrangères, ce 22 février, avant que les Chefs d’Etat ou de gouvernement n’en débattent à leur tour, fin février, puis, lors d’un Sommet consacré à la relation avec la Russie, fin mars. Qui aura la lucidité et le courage de rompre le cycle infernal des provocations et contre-provocations ? Qui osera mettre en garde contre la surenchère ? Combien d’années de plus risquons-nous de perdre avant de réamorcer l’indispensable processus de normalisation de notre relation ? Quel gâchis !
———(1) La raison de ce gel fut l’annexion de la Crimée par la Russie, en violation du droit international . Celle-ci fut qualifiée par l’UE de « fait sans précédent en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale », ce que conteste Moscou, en rappelant -non sans raison- la reconnaissance, en 2008, par l’UE, de l’indépendance du Kosovo, acquise unilatéralement et illégalement, au détriment de la Serbie.
FRONTEX , DÉSHONORANTE POLICE ANTI-MIGRANTS DE L’UE

Le Portugal, qui préside l’Union européenne durant le premier semestre de 2021, vient d’annoncer qu’il allait provoquer sous peu une rencontre officielle avec les dirigeants de l’Agence Frontex, chargée de la « protection des frontières de l’Europe ». Il était temps, en effet, de procéder à une « évaluation de la situation » de cette déshonorante police anti-migrants de l’UE, tant les griefs s’accumulent à son encontre !
Le dernier en date remonte au 5 février dernier : ce jour-là, la chaîne de TV allemande ZDF a révélé que l’agence de « sécurité » en question reçoit abondamment et en toute opacité des lobbyistes de l’industrie d’armement, voire sert d’interface entre des marchants d’armes et certains Etats membres ! C’est que Frontex est devenue en 2016 -après la dramatique crise de l’accueil des réfugiés en Europe- « l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes ». Au titre de cette « promotion », elle a vu son budget exploser ( 5,6 milliards d’euros de 2021 à 2027, soit, annuellement, plus de 130 fois le montant alloué à l’agence à sa création, il y a 15 ans !) et dispose, en propre ou de part des Etats membres, d’un arsenal en pleine expansion composé d’avions, d’hélicoptères, de drones, de bateaux, de véhicules de patrouille, de radars mobiles, de caméras thermiques, de sondes…de nature à exciter les convoitises du marché des matériels militaires .
Mais telle n’est pas, et de loin, la seule ombre au tableau du « bras armé de l’Europe-forteresse », comme l’appellent certains, non sans pertinence. Ainsi, pas plus tard qu’en octobre dernier, c’est le magazine allemand Der Spiegel, ainsi que le New York Times, qui révélaient l’implication d’agents de Frontex dans des « refoulements illégaux » de migrants en mer Egée. De même, un groupe d’ONG a publié un document hallucinant de 1500 pages d’enquêtes et de témoignages sur des centaines de cas de refoulements de demandeurs d’asile, accompagnés des violences qu’on imagine, le long de la route des Balkans, en mettant en cause Frontex . Un an plus tôt, c’est encore une chaîne allemande, ARD, ainsi que le quotidien britannique The Guardian qui ont mis au jour des faits de maltraitance de la part de garde-frontières en Hongrie, en Grèce et en Bulgarie, auxquels auraient, a minima, assisté sans intervenir des agents de Frontex, par ailleurs également accusés d’avoir expulsé des mineurs isolés, placés sous sédatifs pendant leur vol d’expulsion.
Longtemps, les critiques des graves violations des droits fondamentaux dont se rend coupable Frontex restaient essentiellement le fait d’ONG, de quelques média et de députés européens -notamment celles et ceux du groupe de la Gauche unitaire européenne. Il faut espérer que « l’évaluation » de l’Agence, promise par la présidence portugaise de l’Union européenne, permettra de mettre un terme aux pratiques les plus scandaleuses de Frontex. Mais au-delà, un débat de fond s’impose enfin sur les conditions d’un accueil digne des femmes et des hommes que le désespoir pousse à rechercher, au péril de leur vie, un havre de paix sur les côtes européennes.
QUEL « PARTENARIAT » EUROPE-USA SUR LE PROCHE-ORIENT ?

Huit jours à peine après l’élection de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis, l’ Union européenne lui proposait un « nouveau partenariat transatlantique ». La Présidente de la Commission de Bruxelles, Ursula von der Leyen, précisait même que celui-ci devait couvrir « tous les domaines ». Arrêtons-nous sur l’un d’entre eux : le Proche-Orient.
Durant l’ère Trump, Bruxelles avait -heureusement- marqué son désaccord avec la stratégie révoltante et provocatrice du locataire de la Maison-Blanche à l’égard des Palestiniens. Lorsque, fin janvier 2020, fut publié le pseudo-« Plan de paix » de Washington, calqué sur les exigences coloniales de Netanyahu, le Chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, précisa aussitôt que « l’initiative américaine s’écarte des paramètres internationalement reconnus », rappelant « l’attachement de l’UE à une solution négociée fondée sur la coexistence de deux Etats et sur le tracé de 1967 ». Il précisa : « un État palestinien indépendant, démocratique, d’un seul tenant, souverain et viable ». Il souligna expressément que « l’UE ne reconnaît pas la souveraineté d’Israël sur les territoires occupés depuis 1967 » , évoquant, sans les préciser des « réactions » en cas de « mise en œuvre des étapes vers l’annexion » alors crânement annoncée par Tel Aviv. Mais, à l’époque, la totale complicité de Trump avec Netanyahu paraissait laisser à l’Europe un faible marge de manœuvre. Il n’en va plus de même aujourd’hui.
Certes, l’arrivée au pouvoir de Biden ne révolutionnera pas la stratégie américaine vis-à-vis de la question palestinienne. Néanmoins, elle créé une occasion de relancer des initiatives internationales pour changer les rapports de force dans la région. Ainsi, si l’on ne peut que regretter que le nouveau Président américain ait annoncé qu’il ne re-déplacerait pas l’ambassade US de Jérusalem, on notera avec intérêt qu’il rouvrira le Consulat général des Etats-Unis à Jérusalem-Est (à destination des Palestiniens) ainsi que la mission palestinienne à Washington; qu’il reprendra le versement de la contribution financière américaine à l’agence des Nations-Unies pour les réfugiés palestiniens (l’UNRWA) et fournira à nouveau une aide économique et humanitaire à l’Autorité palestinienne. Kamila Harris, la Vice-Présidente, avait déjà souligné l’engagement de la nouvelle administration en faveur de la solution à deux Etats et assuré que celle-ci « s’opposera aux actions unilatérales israéliennes qui sapent la solution à deux Etats » et notamment « à l’annexion et à l’expansion des colonies ».
De quoi ouvrir un sérieux espace de discussions !
« Attendons pour voir : nous jugerons la nouvelle équipe sur ses actes », diront certains. Non, n’attendons pas ! Faisons au contraire monter l’exigence d’un engagement immédiat des dirigeants européens -à commencer par le Chef d’Etat français- : celui de profiter d’une « fenêtre d’opportunité » (avant qu’elle ne risque de se refermer) en mettant sur la table de leur « nouveau partenariat transatlantique » un projet concret visant la restauration effective du droit international au Proche-Orient.



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