Posts filed under ‘Francis Wurtz’

VERS UNE « EUROPE DE LA SANTÉ » ?

Manifestement, la Commission européenne veut en finir avec l’image déplorable répandue, particulièrement au début de la pandémie, par une « Union » désemparée, fracturée par des frontières fermées, affichant une concurrence impitoyable entre pays membres pour l’approvisionnement en équipements essentiels, etc…, et qui peine, aujourd’hui encore, à harmoniser les mesures sanitaires entre Etats voisins. 
Dans cet esprit, elle vient de publier, le 11 novembre dernier, un document dressant un bilan de la gestion de la crise sanitaire -du moins au début- en forme de réquisitoire contre les actions unilatérales des gouvernements européens. On y lit qu’il y a eu : « des lacunes importantes » dans « la préparation et la réaction en matière de santé publique »; « des incohérences dans l’application des mesures sanitaires »; des « pénuries de capacités »; un « manque d’équipement »; des « défaillances en matière de dépistage et de recherche des contacts »; « l’incapacité à protéger les groupes les plus vulnérables »; « une absence de volonté et un manque de préparation »; « des faiblesses structurelles et un manque de ressources »; un « processus lent et inefficace » en matière de « coordination et de prise de décision en ce qui concerne les essais cliniques multinationaux »; un « système de protection civile » qui s’est révélé « inefficace lorsqu’un grand nombre d’Etats membres sinon tous sont touchés en même temps »; « le manque de données comparables et de compréhension de la situation » dans le domaine de « la surveillance épidémiologique »…
Toutes choses véridiques ! La conclusion que la Commission tire de ce constat est qu’il faut « construire une Union européenne de la santé », et ce « en étroite coordination avec l’Organisation mondiale de la santé ». 
Une belle idée –a priori  synonyme de mise en commun, de coopération, de solidarité-  dont la concrétisation mérite d’ être suivie de près : de la surveillance des menaces sanitaires à la constitution de stocks de matériel médical ou encore à la mutualisation des commandes de vaccins. Jusqu’ici, la santé est pour l’essentiel du ressort de chaque État, même s’il existe, à titre complémentaire, des organismes européens, tels que le « Centre européen de prévention et de contrôle des maladies » ou l’ « Agence européenne des médicaments ». Le nouveau projet consiste pour l’essentiel à renforcer substantiellement ces deux instruments -ainsi que les financements correspondants- voire d’en créer de nouveaux, afin d’ « être prêts pour la prochaine pandémie », comme l’a souligné la Commissaire européenne à la santé, Madame Stella Kyriakides.
Le soutien à l’idée d’une meilleure coopération européenne dans ce domaine-clé ne doit, cependant, pas endormir notre vigilance, notamment sur les « partenariats » avec l’industrie pharmaceutique, sachant que l’éthique et le marché font rarement bon ménage…Et, puisqu’il s’agit de « tirer les leçons de la crise actuelle », on aimerait avant tout voir consulter à propos de ce nouveau projet européen les représentants des médecins et du personnel soignant, tout comme ceux des usagers, autrement dit les citoyennes et les citoyens. 

19 novembre 2020 at 4:52 Laisser un commentaire

ET MAINTENANT : QUELLE RELATION EUROPE-USA ?

Qui ne se réjouirait pas, parmi nous, de la perspective de voir Donald Trump quitter la Maison Blanche !  Il a incarné durant quatre ans tout ce que des progressistes, en Europe ou ailleurs, ne peuvent qu’exécrer : le nationalisme, le racisme, la misogynie, la volonté de dominer à tout prix, le mépris total du droit des peuples et des droits humains, la provocation, l’agressivité, le chantage, le mensonge…Les femmes et les hommes de gauche sont, du reste, loin d’être les seuls à attendre avec impatience  d’en être débarrassés . Dans l’Union européenne, mis à part les courants d’extrême-droite, tout le monde ou presque souhaitait l’élection de Joe Biden. Et cela se comprend aisément.
Faut-il, pour autant, imaginer que tous les nuages se dissiperont et tous les orages cesseront entre l’ « Europe » et l’ « Amérique » après l’arrivée au pouvoir d’un Président du Parti démocrate ? Ce serait une grave illusion. Certes, nous applaudirons le retour de Washington dans l’Accord de Paris sur le climat; sans doute aussi -à certaines conditions- dans celui sur le nucléaire iranien; voire dans les négociations avec Moscou sur la prolongation des accords de désarmement que Trump avait quittées . Nous accueillerons aussi, et très favorablement, le retour des Etats-Unis dans des organisations internationales que Trump avait scandaleusement torpillées, telle l’Organisation mondiale de la santé . Autant de changements qui sont tout sauf négligeables.
Mais -tout comme l’arbre ne doit pas cacher la forêt- ces initiatives ne doivent pas nous faire oublier qu’elles s’inscriront dans le but stratégique numéro 1 de tout Président des Etats-Unis depuis la seconde guerre mondiale : assurer à tout prix la pérennité du leadership américain dans le monde. Sur le plan militaire, cela signifie, outre le poids de Washington dans le cadre de l’OTAN, une pression permanente sur les « alliés » européens en faveur de l’augmentation des dépenses d’armements au nom du « partage du fardeau ». Sur le plan diplomatique, cela veut dire un soutien quasi-systématique  au gouvernement israélien quitte à déstabiliser le Proche-Orient et une tension constante avec le rival stratégique russe, préjudiciable à la coopération des pays européens avec leur grand voisin, notamment pour l’organisation de la sécurité collective du continent. Sur le plan commercial, cela se traduit par une concurrence acharnée, émaillée de conflits récurrents . Sur le plan économique, cela passe par l’utilisation , tantôt des ressources pétrolières, tantôt de la puissance des géants de la Silicon Valley comme arme de domination, avec en prime, le soutien à  « l’optimisation fiscale » des GAFAM…Resister fermement à cette obsession dominatrice est et restera une exigence vitale. D’autant que celle-ci ne fait que s’accentuer outre-Atlantique depuis que se rapproche inéluctablement le moment où le « statut » de première puissance mondiale passera des USA à la Chine -une perspective vécue dans toute la classe dirigeante nord-américaine comme inacceptable. Se laisser enrôler dans cette dangereuse croisade -qu’elle soit conduite par Trump ou par Biden- serait, pour les Européens une faute historique. Notre horizon n’est pas « l’Occident », mais l’humanité  et la planète.

12 novembre 2020 at 4:38 Laisser un commentaire

AVEC LES FEMMES POLONAISES : SOLIDARNOSC !

« C’est une attaque qui vise à détruire la Pologne ! » Le chef de la réaction polonaise, Jaroslaw Kaczynski, n’en revient toujours pas : voilà deux semaines que les femmes de son pays tiennent la rue, bloquent les centre-villes, font grève ! Et surtout, elles réussissent à  mobiliser une claire majorité de leurs concitoyennes et concitoyens pour le droit à l’avortement et le respect de leurs droits en général. Voilà un face-à-face sidérant entre ce que ce pays produit aujourd’hui de pire et de meilleur. D’un côté, l’intégrisme obscurantiste et machiste des ultra-conservateurs qui tirent le pays le plus en arrière possible; de l’autre l’irruption de ce mouvement de femmes, souvent jeunes, qui forcent  le respect par leur détermination absolue à stopper cette spirale régressive. Et, à ce titre, par-delà même les droits des femmes, cette mobilisation, d’une ampleur et d’une radicalité exceptionnelles, est peut-être en train d’ouvrir une perspective de progrès à toute la société polonaise.
Il devenait tout simplement vital de créer ce type de rapport des forces -une « révolution » selon Marta Lempart, porte-parole du mouvement- , tant le rouleau compresseur réactionnaire du PiS balayait tout ce qui subsistait encore de droits essentiels, tels l’indépendance de la justice et des média , voire l’abrogation de la peine de mort ! Mais c’est le traitement de la question de l’avortement qui est, à cet égard, l’obsession la plus emblématique de la triste équipe qui dirige le pays. Bien que la législation polonaise en la matière fût, depuis le changement de régime de la fin des années 80, l’une des plus restrictives d’Europe, diverses officines liées au PiS ont tenté, à plusieurs reprises depuis le retour de ce parti au pouvoir en 2015, d’interdire l’avortement, même dans le cas d’un fœtus présentant des malformations irréversibles, sous peine de risquer cinq ans de prison ! Le gouvernement avait, chaque fois, dû y renoncer sous la pression de manifestations massives de femmes. Ajoutons à cet acharnement indigne la sortie ahurissante du ministre de la justice plaidant, en juillet dernier, pour que la Pologne se retire de la Convention d’Istambul sur les violences faites aux femmes  : un texte qui fait figure de « bête noire » aux yeux du gouvernement comme de l’Eglise polonaise, car il fixe des normes contraignantes contre la violence sexiste ! Mais là encore, le PiS a dû temporiser en attendant des jours meilleurs…
C’est dans ce contexte que le Tribunal constitutionnel polonais, désormais contrôlé par le PiS, décida, le 22 octobre, que la loi actuelle autorisant l’avortement de fœtus mal formés était « incompatible » avec la Constitution du pays ! Hier, patrie de Marie Curie et d’Helena Rubinstein, de la championne sportive Irena Swewinska et de la poétesse nobélisée Wislawa Szymborska, de la réalisatrice Agnieszka Holland et de l’artiste peintre Tamara de Lempicka, la Pologne ne pouvait poursuivre ainsi sa descente aux enfers ! 
Aujourd’hui, à toutes ces femmes polonaises qui relèvent courageusement le défi, nous disons un chaleureux : SOLIDARNOSC !

6 novembre 2020 at 7:03 Laisser un commentaire

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