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SARKOZY DISQUALIFIE EN EUROPE!
Tout lecteur régulier de cette chronique en conviendra: je n’ai pas l’habitude de ménager mes critiques à l’encontre des actuelles institutions européennes. Je n’en suis que plus à l’aise pour dire le mépris que m’inspire la démagogie antieuropéenne de Nicolas Sarkozy et de sa garde rapprochée à propos des réactions suscitées par la campagne de stigmatisation des Roms.
Oui, c’est la vocation et le devoir du Parlement européen de fustiger la rhétorique ouvertement discriminatoire d’un Etat membre, quel qu’il soit, et d’exiger, en l’occurrence de la France, de « suspendre immédiatement » les pratiques qui la concrétisent. Parler à ce propos de « diktat, comme l’a fait M. Besson, est indigne d’un ministre d’une démocratie. Les dernières protestations de ce type ont émané du gouvernement de droite-extrême droite d’Autriche, menacé de sanction en 2000, ou encore de la coalition xénophobe de Berlusconi, toutes ces dernières années -sans oublier le courroux manifesté par la droite française après la légitime admonestation que l’Assemblée de Strasbourg adressa à Jacques Chirac lors de la reprise des essais nucléaires par Paris, en 1995. Des références peu glorieuses!
De la même manière, si l’on peut reprocher quelque chose à la commissaire européenne « à la Justice et aux droits des citoyens » -poste occupé jusqu’à très récemment par… un Français proche de M. Sarkozy, Jacques Barrot- ce n’est pas d’avoir mis en cause la politique « honteuse » du gouvernement français à l’endroit des Roms, mais de s’y être résolue très tardivement, bien après le Comité de l’ONU contre la discrimination raciale, par exemple, sans parler de la gauche européenne, de la Confédération européenne des syndicats ou des associations de défense des droits de l’homme. E, effet, si la fameuse circulaire du 5 août demandant l’évacuation « en priorité » des camps Roms n’était connue que depuis peu, la réunion convoquée par le Président de la République au sujet des « problèmes posés par les gens du voyage et le Roms » remonte, elle, au … 28 juillet et la chasse aux Roms qu’elle a lancée a été délibérément médiatisée tout l’été. La Commission savait tout cela. Cela n’a pas empêché sa représentante (membre du PPE, comme l’UMP) d’afficher jusqu’à la mi-septembre une grande complaisance à l’égard de la France – tout comme vis-à-vis des autres pays membres qui traitent eux aussi, mais sans s’en vanter (à la notable exception de l’Italie), les Roms comme des parias.
Dans ce contexte, la sortie de Pierre Lelouche, le « Monsieur Europe » du gouvernement, à l’adresse de Madame Reding – « Ce n’est pas comme cela que l’on s’adresse à un grand Etat! » – fut un parfait condensé de l’arrogance que tant de « petits » pays reprochent à juste titre à la classe dirigeante française. M. Sarkozy lui-même avait enfoncé le clou en renvoyant la Commissaire à son pays d’origine, le Luxembourg. Curieusement, Paris supporte mieux les pratiques de Bruxelles quand il s’agit des règles de concurrence que lorsqu’il est question de droits des citoyens. En tout cas, l’espoir – sans doute vain – de grappiller quelques voix en désignant comme bouc émissaire une communauté humaine sans moyen de défense et réputée mal aimée et en relançant à cette occasion le populisme antieuropéen, aura un coût: l’image de la France est sévèrement ternie. Et son Président disqualifié.
Le « 7 septembre » de M. Barroso
Le 7 septembre, pendant qu’une marée humaine battait le pavé dans toutes les villes de France pour la défense de la retraite à 60 ans, M. Barroso, le président de la Commission européenne, s’est essayé à un nouvel exercice prévu dans le traité de Lisbonne : tenir, à l’instar du président américain, un discours annuel sur « l’état de l’Union ». Sous les huées d’une partie de la gauche européenne, il a lancé, à cette occasion, dans l’Hémicycle de Strasbourg : « Il faut avoir le courage de dire que si l’Europe veut gagner la bataille de la compétitivité face à certains pays émergents, il faut travailler plus, il faut travailler plus longtemps », avant d’ajouter, en vrai homme de dialogue, que « ceux qui vous disent le contraire ne vous disent pas la vérité », pour la simple raison qu’il est « évident » qu’il faut « faire des réformes ». Fermez le ban.
Nicolas Sarkozy a les soutiens qu’il mérite ! Mais tandis qu’à Paris ses ministres nous expliquent laborieusement que c’est en raison de « l’évolution démographique » que nous serions obligés de reculer l’âge de départ, le président de l’exécutif européen évoque crûment la « compétitivité » face aux pays à bas salaires et aux acquis sociaux limités pour justifier les « réformes ». C’est ce qui s’appelle « manger le morceau »… Le problème, c’est que si on accepte cette logique, il n’y a aucune raison de s’arrêter à 62 ans ni même à 67 ! Ouvrez la vanne de la « compétitivité face à certains pays émergents » et c’est tout ce qui reste du modèle social européen qui va à vau-l’eau ! Les législations adoptées ou en cours de discussion chez nos voisins sont éloquentes à ce propos. Si rien ne venait contrecarrer les plans des gouvernements en place – souvent de droite… et parfois socialistes –, la situation après 2020 serait la suivante : l’âge légal de départ à la retraite passerait progressivement à 67 ans en Allemagne et en Espagne, à 68 ans en Grande-Bretagne, à 69 ans en Italie ! Qui dit mieux ? Lequel sera plus « compétitif » encore ?
En tout cas, le message de M. Barroso est sans ambiguïté : il prône « l’accélération des réformes » (au nom de l’Agenda 2020, nouveau programme commun des dirigeants européens pour la décennie à venir) ; la « stimulation de la compétitivité des entreprises » (voir plus haut…) ; l’« approfondissement du marché unique » (comprenez : l’aiguisement de la concurrence entre les peuples européens) ; « l’assainissement des finances publiques » (autrement dit, l’austérité sociale pour payer les dégâts des orgies financières) ; la « gouvernance économique » (c’est-à-dire le renforcement du pacte de stabilité, le contrôle des budgets avant leur examen par les Parlements nationaux et l’aggravation des sanctions pour les contrevenants). Voilà le programme que le président de la Commission européenne appelle, sans rire, « la modernisation de notre économie sociale de marché » !
Quelles conclusions tirer de ce véritable défi qui nous est ainsi lancé ? D’abord, qu’il y a vraiment intérêt à bloquer cette offensive sans attendre en faisant front jusqu’au bout contre la « réforme » Sarkozy. Ensuite, que nous avons tout à gagner à travailler au maximum de convergences européennes comme la grande journée d’action internationale du 29 septembre nous en donnera l’occasion. Enfin, que l’initiative prise par le PCF d’ouvrir un vaste débat public sur le projet alternatif dont doit être porteuse la gauche est décidément bienvenue.
TOBIN OR NOT TOBIN…
Peut-être certains d’entre vous s’en souviendront-ils: au début des années 2000, le Parlement européen avait été amené à s’exprimer sur la proposition – avancée par notre Groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE – NGL) – de charger la Commission européenne de réaliser une étude de faisabilité d’une taxe sur les transactions financières (symboliquement appelée « Taxe Tobin », du nom de l’ancien Nobel d’économie qui avait lancé l’idée d’une telle mesure concernant le marché des devises).
A la « Conférence des Présidents » où se retrouvent les leaders des différents groupes politiques pour fixer l’ordre du jour des sessions du Parlement, j’avais pu, de justesse, obtenir l’inscription de ce sujet à l’agenda de nos travaux. Le jour venu, la droite se mobilisa en séance plénière pour tenter de retirer ce point de la liste des débats. On vota et – divine surprise! – nous gagnâmes encore une fois … d’une voix. Le débat pu donc recommencer au grand dam des conservateurs et des libéraux de tout poil. Mais quand vint l’heure du vote de la résolution enjoignant à la Commission de Bruxelles de préparer un rapport circonstancié sur le sujet, les voix de l’extrême gauche – LCR et LO – nous ont fait lamentablement défaut (la taxe Tobin n’étant pas assez « révolutionnaire » puisqu’elle ne vise pas à renverser le capitalisme…). Résultat: notre proposition fut rejetée à quelques voix près. La droite exulta. Et on ne reparla plus de taxation des transactions financières pendant une dizaine d’années. J’ai bien tenté ma chance, en interpellant un jour Jacques Chirac sur ce sujet à l’occasion d’une présidence française de l’Union européenne. Mais celui-ci balaya l’idée d’un revers de main sur le thème du » Hélas, cher Monsieur, c’est une belle utopie! ».
Or, qu’apprend-t-on cette semaine? La Commission européenne vient de soumettre aux ministres des Finances des « 27 » un document sur les différentes voies qui s’offrent à eux pour taxer les transactions financières! Il aura donc fallu le désastre de la crise de 2008-2009 et la montée de la colère des opinions publiques pour qu’une « belle utopie » devienne l’objet d’une étude officielle. On dira: mieux vaut tard que jamais! Tout à fait d’accord pour accepter cet hommage tardif involontaire à la lucidité de notre Groupe parlementaire. Cela dit, il y a encore loin de la coupe aux lèvres: plusieurs pays y sont opposés tandis que d’autres veulent exonérer les « produits dérivés », c’est à dire les instruments financiers les plus sophistiqués et les plus « juteux »! Cela ramènerait les recettes attendues de cette taxe de 372 milliards d’euros …à 18!
En tout état de cause, une sortie de crise effective et durable appelle de toutes autres transformations: celles, en particulier, touchant aux missions de la Banque centrale européenne tout comme aux critères de gestion des entreprises. Cela étant, nous ne laissons pas les dirigeants européens enterrer une seconde fois cette mesure, certes seconde et partielle, mais potentiellement significative. Rien de tel qu’un premier succès pour aller de l’avant. A suivre!




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