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BON ANNIVERSAIRE ROBERT CHAMBEIRON !

À 21 ans, il entrait au cabinet de Pierre Cot, alors ministre de l’Air du gouvernement du Front populaire. C’est là qu’il fit la connaissance de Jean Moulin qui, aux heures sombres de la guerre, de l’occupation nazie et de la collaboration, fera appel à lui pour le seconder dans son œuvre majeure : la création puis la direction du Conseil national de la Résistance (CNR). Secrétaire général adjoint du CNR, aux côtés de Pierre Meunier, jusqu’à la Libération, Robert Chambeiron est, aujourd’hui, l’un des trop rares acteurs de la Résistance à pouvoir faire vivre cette expérience exceptionnelle. Ce 22 mai, il fête ses… 95 ans, en pleine forme. Bon anniversaire, cher Robert ! Ce bref hommage public sera mon petit cadeau.

J’ai eu le bonheur et la fierté de faire sa connaissance lors des premières élections européennes, puis de le côtoyer au Parlement de Strasbourg pendant 10 ans. Bien que très impliqué dans ses nouvelles tâches, avec l’ardeur du néophyte, mon auguste collègue m’offrit de temps en temps le privilège d’une observation ou d’une anecdote puisée dans son inépuisable réserve de souvenirs. J’en ai fait mon miel et je lui en suis, aujourd’hui encore, reconnaissant.

Qu’en ai-je retenu qui mérite toujours d’être connu et médité ? D’abord les évocations du patient et complexe travail d’unification des forces de la Résistance. Pour que le CNR soit légitime et puisse s’exprimer et agir au nom de l’ensemble du peuple résistant, l’union était vitale. Pour garder le moindre espoir de finir par l’emporter sur des ennemis aussi puissants et impitoyables, il fallait savoir bannir toute étroitesse. On imagine que ce n’était pas toujours chose aisée dans une situation marquée par la trahison de nombre de notables en 1940. Il fallait y voir de près tout en se souvenant que « sous la grêle, fou qui fait le délicat ».

Une autre caractéristique du combat de cette période ne laisse pas de nous impressionner : c’est l’indicible courage dont ont su faire preuve tant d’anonymes dans l’accomplissement de gestes apparemment anodins, dès lors qu’ils avaient une vue claire de la cause pour laquelle ils ou elles s’engageaient. Ainsi, le « simple » fait de mettre à disposition son logement pour permettre au CNR, à son bureau ou à ses trois principaux dirigeants de se réunir était un acte héroïque qui n’a cessé de se renouveler au fil des semaines, puisque les réunions n’avaient jamais lieu deux fois dans le même local. Pourtant, chacun mesurait la réalité du danger, puisque Jean Moulin fut lui-même arrêté moins d’un mois après sa désignation comme président du CNR !

Enfin, quoi de plus saisissant que le contenu social et progressiste du programme d’unité nationale du CNR, issu de quatre mois d’échanges multiples et finalement adopté à l’unanimité ! Mis en œuvre à la Libération, il permit, en l’espace de deux ans – en fait, jusqu’à l’éviction des ministres communistes et les débuts de la guerre froide –, d’engager une véritable rénovation du pays : réforme de la fonction publique, Sécurité sociale, nationalisation des grands établissements du crédit, des compagnies d’assurance, du gaz et de l’électricité, lois sociales sur les prestations familiales, l’assurance vieillesse, le salaire minimum vital, les conventions collectives…

Il est vrai que les forces du capital de l’époque – ces grands patrons auxquels le général de Gaulle lança à la Libération : « Je n’en ai pas vu beaucoup d’entre vous à Londres ! » – étaient délégitimées, tandis que « seule en tant que classe la classe ouvrière est restée fidèle à la France profanée » (François Mauriac). Dans un contexte naturellement tout autre, il y a, aujourd’hui encore, plutôt matière à réflexion… Merci à Robert Chambeiron et à tous ses semblables.

22 Mai 2010 at 6:16 1 commentaire

GRECE: CE QUE « SOLIDARITE » VEUT DIRE

Un mouvement de solidarité s’amorce enfin envers le peuple grec.  Je ne parle pas des paroles de commisération qui ne coûtent pas cher et ne rapportent rien à personne.  Ni des postures apparemment plus radicales, mais isolées et sans lendemain.  À ma connaissance, la pétition de l’ « Humanité » a été, en France, le premier acte réunissant les trois ambitions d’une campagne de soutien du type de celle dont nous avons besoin: s’adresser à un large public et viser une dimension européenne; être articulée à une argumentation politique allant au fond des choses; enfin envisager une action dans la durée. 

         Son premier atout est naturellement de permettre de faire s’exprimer et s’engager un très grand nombre de personnes, du simple citoyen à la personnalité la plus marquante, sans se limiter à la sphère des « militants » ou autres convaincus, et en dépassant résolument nos frontières.  Quel démocrate peut-il rester indifférent à cette descente aux enfers que les coalisés de Bruxelles, de Francfort et de Washington veulent imposer à ce peuple meurtri!  « Economiser »10% des richesses produites dans un pays en l’espace de deux ans, c’est du jamais vu Europe occidentale en temps de paix!  Et derrière le cas de la Grèce se profile celui de toute l’Europe méditerranéenne, et donc celui de la zone Euro elle-même, France comprise. Ne dit-on pas déjà que le gouvernement voit dans le recul de l’âge de départ à la retraite un signe nécessaire à envoyer aux agences de notation!  Il faut le souligner: l’issue de cette terrible confrontation de classe du capitalisme financier n’est pas écrite, tant les contradictions à l’œuvre sont appelées à s’exacerber.  L’exigence première est de ne pas laisser le peuple grec, ni aucun autre, seul dans ce bras de fer.  L’existence, dans ce contexte, d’une chaîne humaine reflétant un large courant d’opinion solidaire confortera et l’esprit de résistance et les exigences alternatives.  Cette pétition peut y contribuer. 

         La deuxième qualité de l’appel de l' »Humanité » me paraît être qu’il s’accompagne d’un effort permanent d’argumentation politique.  Car les pièges ne manquent pas, pour tenter de détourner l’exaspération populaire de la remise en cause des règles perverses de l’actuelle construction européenne et du système capitaliste mondialisé en général.  Voyez le dangereux national – populisme que nourrit sans vergogne la droite allemande sur le thème: « ce n’est pas aux pays « vertueux » de payer pour les peuples insouciants »!  Ou encore la démagogie hypocrite d’un Sarkozy: il endosse volontiers l’habit flatteur de « l’ami de la Grèce », alors qu’il n’est, plus prosaïquement, que l’ami des banques françaises détentrices de 40% des dettes de la Grèce, et qui entendent se faire payer rubis sur l’ongle sur le dos de la population de ce pays sinistré.  Et puis il y a le piège du discours technocratique cher à Dominique Strauss-Kahn ou à Jean-Claude Trichet, pour qui les « marchés » peuvent se tromper mais sont, en tout état de cause, incontournables.  Nul n’aurait donc d’autre choix que de se soumettre à leurs humeurs volatiles et à leurs appétits insatiables.  Etc… Bref, la solidarité vraie est inséparable d’une bataille d’idées de tous les instants pour permettre aux citoyens de conserver leur libre arbitre et au débat démocratique de s’émanciper des dogmes dominants.  C’est le parti-pris de l' »Humanité ». 

         Enfin, cette initiative du journal de Jean Jaurès n’en est qu’à ses débuts.  Mais, sous la forme actuelle ou sous une autre, elle peut s’inscrire dans la durée.  C’est primordial, car la crise financière du système ne fera que s’exacerber dans ce qui est encore la zone euro, et au-delà, dans les mois, voire les années à venir, jusqu’à ce que pourront intervenir des ruptures essentielles avec l’ordre actuel.  En appelant à « se mobiliser pour préserver les chances d’une Europe des peuples », la pétition de l' »Humanité » fait le lien entre l’action immédiate et ce combat de longue haleine qui, seul, peut laisser espérer une sortie par le haut de la dramatique impasse dont la « crise grecque » est, aujourd’hui, le symptôme.

6 Mai 2010 at 10:48 Laisser un commentaire

Chronique d’un scandale européen

Décembre 2009 : les «agences de notation» livrent la Grèce aux vautours des marchés financiers en dégradant sa « note ». Les grands argentiers européens accablent aussitôt le faible pour rassurer les puissants : un super-plan d’austérité est imposé à la Grèce. Athènes se plie aux injonctions et présente un plan d’économies drastique. Pourtant, « l’aide » n’arrive pas. Nouvel espoir le 11 février : Nicolas Sarkozy annonce qu’Angela Merkel et lui-même allaient « soutenir la Grèce et son plan». Sans suite. 3 mars : pressé par Bruxelles de décider des « mesures additionnelles » pour répondre aux doutes persistants des «investisseurs», le gouvernement Papandréou s’exécute. Mais d’aide, point.

25 mars : le Conseil européen finit par adopter un « plan de sauvetage » de la Grèce. En fait, il espère que sa seule déclaration suffira à rendre confiance aux « investisseurs ». L’accord ne prévoit des financements qu’« en dernier ressort », si les États membres de la zone euro le décident à l’unanimité, et seulement après évaluation de la situation par la Commission européenne et la Banque centrale. En tout état de cause, il s’agirait de « prêts bilatéraux » de chaque État et à un taux supérieur à la moyenne de la zone euro pour ne pas encourager le laxisme ! Enfin, le Fonds monétaire international, outre l’envoi d’« experts » sur le terrain, devra participer au « sauvetage » financier. On en a froid dans le dos. En attendant, l’Europe continue de laisser un pays meurtri se débattre contre les « investisseurs » qui lui imposent désormais des taux d’intérêt jusqu’à 150 % plus élevés que ceux offerts a l’Allemagne – pays à la fois le plus riche et le plus rétif à toute aide effective. La Grèce est dès lors enfermée dans un piège : plus elle a de difficultés, plus l’argent emprunté coûte cher, et plus l’argent coûte cher, plus elle a de difficultés ! Cela ne peut durer.

11 avril : les argentiers de la zone euro, par crainte d’un effet de contagion, sont acculés à bouger. Ils précisent enfin les conditions de leur « aide » à la Grèce. Comme prévu, les 30 milliards d’euros mis à disposition pour 2010 seront prêtés sur trois ans à un taux d’intérêt de l’ordre de 5 %. Ce taux, très au-dessus du taux moyen du marché dans la zone euro, permettra aux généreux prêteurs de gagner beaucoup d’argent dans l’opération ! Rappelons qu’une tout autre solution était possible en court-circuitant les marchés : ainsi la Banque centrale européenne prête-t-elle aux banques tout l’argent qu’elles désirent à… 1 % ! Mais les traités européens lui interdisent formellement d’accorder des prêts aux États membres !

Un comble : le prêt complémentaire concédé à la Grèce par le Fonds monétaire international sera accordé à un taux sensiblement plus avantageux que celui des « partenaires » de la Grèce dans la zone euro !

Tout un symbole… La sévérité européenne a, selon Jean-Claude Junker, président de l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro), une sorte de vertu pédagogique. Elle vise à « encourager (la Grèce) à retourner le plus rapidement possible à un financement normal sur les marchés », autrement dit à mener une politique économique et sociale susceptible de regagner « la confiance des investisseurs ».

Il aura donc fallu quatre mois pour que les principaux décideurs de la zone euro mettent concrètement au point ce laborieux mécanisme, payé au prix fort par le peuple grec. Quand on pense à la rapidité avec laquelle ces mêmes États avaient secouru les banques et au volume des crédits alors mobilisés, on mesure la place respective des institutions financières et des peuples dans l’ordre des priorités des principaux dirigeants européens.

La Grèce est-elle au moins sauvée à présent ? Pour beaucoup d’économistes, notamment outre-Atlantique, les plus grands doutes sont de mise. Dans les jours qui viennent, les marchés scruteront de près le verdict des « agences de notation ». En l’espace de quatre mois, ce véritable scandale aura cruellement révélé jusqu’à quelles extrémités peut conduire le fait de toujours différer l’incontournable : changer l’Europe !

Chronique pour l’H.D.

15/04/2010

15 avril 2010 at 3:12 Laisser un commentaire

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