GRECE: CE QUE « SOLIDARITE » VEUT DIRE

6 mai 2010 at 10:48 Laisser un commentaire

Un mouvement de solidarité s’amorce enfin envers le peuple grec.  Je ne parle pas des paroles de commisération qui ne coûtent pas cher et ne rapportent rien à personne.  Ni des postures apparemment plus radicales, mais isolées et sans lendemain.  À ma connaissance, la pétition de l’ « Humanité » a été, en France, le premier acte réunissant les trois ambitions d’une campagne de soutien du type de celle dont nous avons besoin: s’adresser à un large public et viser une dimension européenne; être articulée à une argumentation politique allant au fond des choses; enfin envisager une action dans la durée. 

         Son premier atout est naturellement de permettre de faire s’exprimer et s’engager un très grand nombre de personnes, du simple citoyen à la personnalité la plus marquante, sans se limiter à la sphère des « militants » ou autres convaincus, et en dépassant résolument nos frontières.  Quel démocrate peut-il rester indifférent à cette descente aux enfers que les coalisés de Bruxelles, de Francfort et de Washington veulent imposer à ce peuple meurtri!  « Economiser »10% des richesses produites dans un pays en l’espace de deux ans, c’est du jamais vu Europe occidentale en temps de paix!  Et derrière le cas de la Grèce se profile celui de toute l’Europe méditerranéenne, et donc celui de la zone Euro elle-même, France comprise. Ne dit-on pas déjà que le gouvernement voit dans le recul de l’âge de départ à la retraite un signe nécessaire à envoyer aux agences de notation!  Il faut le souligner: l’issue de cette terrible confrontation de classe du capitalisme financier n’est pas écrite, tant les contradictions à l’œuvre sont appelées à s’exacerber.  L’exigence première est de ne pas laisser le peuple grec, ni aucun autre, seul dans ce bras de fer.  L’existence, dans ce contexte, d’une chaîne humaine reflétant un large courant d’opinion solidaire confortera et l’esprit de résistance et les exigences alternatives.  Cette pétition peut y contribuer. 

         La deuxième qualité de l’appel de l' »Humanité » me paraît être qu’il s’accompagne d’un effort permanent d’argumentation politique.  Car les pièges ne manquent pas, pour tenter de détourner l’exaspération populaire de la remise en cause des règles perverses de l’actuelle construction européenne et du système capitaliste mondialisé en général.  Voyez le dangereux national – populisme que nourrit sans vergogne la droite allemande sur le thème: « ce n’est pas aux pays « vertueux » de payer pour les peuples insouciants »!  Ou encore la démagogie hypocrite d’un Sarkozy: il endosse volontiers l’habit flatteur de « l’ami de la Grèce », alors qu’il n’est, plus prosaïquement, que l’ami des banques françaises détentrices de 40% des dettes de la Grèce, et qui entendent se faire payer rubis sur l’ongle sur le dos de la population de ce pays sinistré.  Et puis il y a le piège du discours technocratique cher à Dominique Strauss-Kahn ou à Jean-Claude Trichet, pour qui les « marchés » peuvent se tromper mais sont, en tout état de cause, incontournables.  Nul n’aurait donc d’autre choix que de se soumettre à leurs humeurs volatiles et à leurs appétits insatiables.  Etc… Bref, la solidarité vraie est inséparable d’une bataille d’idées de tous les instants pour permettre aux citoyens de conserver leur libre arbitre et au débat démocratique de s’émanciper des dogmes dominants.  C’est le parti-pris de l' »Humanité ». 

         Enfin, cette initiative du journal de Jean Jaurès n’en est qu’à ses débuts.  Mais, sous la forme actuelle ou sous une autre, elle peut s’inscrire dans la durée.  C’est primordial, car la crise financière du système ne fera que s’exacerber dans ce qui est encore la zone euro, et au-delà, dans les mois, voire les années à venir, jusqu’à ce que pourront intervenir des ruptures essentielles avec l’ordre actuel.  En appelant à « se mobiliser pour préserver les chances d’une Europe des peuples », la pétition de l' »Humanité » fait le lien entre l’action immédiate et ce combat de longue haleine qui, seul, peut laisser espérer une sortie par le haut de la dramatique impasse dont la « crise grecque » est, aujourd’hui, le symptôme.

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