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Quand la vérité sort de la bouche d’une ministre…

Il ne me semble pas superflu de revenir brièvement sur le discours que notre ministre aux Affaires européennes, Madame Catherine Colonna, a tenu devant tous les ambassadeurs réunis, comme chaque année, dans les derniers jours du mois d’août pour un tour d’horizon de la situation. Le message délivré aux représentants de la France dans le monde comportait, en effet, quelques accents de vérité, malheureusement en contradiction totale avec la politique suivie par le gouvernement De Villepin -comme l’illustre en ce moment même l’affaire de la privatisation de GDF et de la fusion avec Suez. Qu’on en juge:

« Pour dire d’emblée les choses, a souligné Madame Colonna, (…) l’état de l’Union (européenne) me semble préoccupant ». Elle est atteinte d’une sorte de « fatigue généralisée, qui n’augure rien de bon de sa capacité future à répondre aux attentes des peuples, si nous ne trouvons pas rapidement les moyens de lui donner une nouvelle impulsion ». Dans le même esprit, la ministre a évoqué « l’épuisement du modèle habituel » et la « nécessité du passage à des temps nouveaux ». Rappelant « le choc des référendums négatifs », elle a estimé que l’Union européenne « peine à tirer les conséquences de ce qui s’est passé et ne parvient pas facilement à réorienter son action », et même qu’«un sursaut beaucoup plus fondamental est nécessaire ». Diable! Madame Colonna veut-elle prendre ma place comme chroniqueuse « alter-européenne » dans l’Humanité Dimanche? On attend en tout cas avec impatience le début du début d’une action gouvernementale en rupture avec les orientations libérales de l’actuelle construction européenne…

Malgré cette contradiction évidente entre le discours et sa concrétisation, il n’est pas indifférent de retrouver dans la bouche de nos adversaires politiques eux-mêmes un tel « diagnostic (…) que nous sommes nombreux -reconnaît la ministre-, ici comme dans l’Union, à partager sans toujours le dire ». Madame Colonna et ses pairs tirent à l’évidence de toutes autres conclusions que nous-mêmes de ce constat. Cela étant, le constat est là, et il conforte indiscutablement nos appels répétés à changer l’Europe. Après tout, si on partage le sentiment de la « nécessité du passage à des temps nouveaux », l’attitude la plus logique n’est-elle pas de commencer par dire NON à un traité constitutionnel visant à pérenniser des temps anciens?

Un autre élément de l’actualité européenne mérite lui aussi de ne pas être banalisé: c’est la rapidité foudroyante avec laquelle dégringole de son piédestal le champion toutes catégories du libéralisme pur sucre et de la soumission servile au « leadership » américain, Tony Blair! Et dire que cela fait à peine un an qu’il paradait avec arrogance au Parlement européen, sous les vivats de ses nombreux admirateurs de gauche et de droite, fascinés qu’ils étaient par le brio du grand timonier de la « modernisation du modèle social », comme par la « vision planétaire » du « seul dirigeant européen capable d’influencer le Président Bush »! Retour sur terre… Quand la séduction ne résiste plus aux faits, le choc peut être brutal.

Dernier exemple de « bouger » intéressant, même si une hirondelle ne fait pas le printemps: en l’espace de quelques jours, en cette rentrée, plusieurs réseaux de militants syndicaux et d’intellectuels d’Europe centrale, notamment de Hongrie et de Pologne, ont pris contact avec notre groupe de la « gauche unitaire européenne » (GUE-NGL) au Parlement européen, en vue d’établir entre nous un partenariat pour la réflexion et l’action sur les grands enjeux européens. Voilà encore pour nous tous une belle opportunité à saisir pour élargir le champ du dialogue et de l’intervention politique et contribuer à faire émerger cette « autre Europe » qui se cherche d’un bout à l’autre du continent

8 septembre 2006 at 1:07 Laisser un commentaire

Appel du pole européen du Réseau Parlementaire International

Nous, parlementaires d’Europe, appelons les gouvernements et les institutions de l’Union Européenne à répondre aux aspirations des citoyens et des mouvements sociaux rassemblés à l’occasion du 2è Forum Social Européen de Paris Saint-Denis. L’Europe ne se fera pas sans l’adhésion et l’engagement des citoyens, des peuples et de forces sociales actives et mobilisées. Elle ne répondra pas aux attentes sans s’appuyer sur la volonté, les espérances et les luttes de celles et ceux qui souhaitent bâtir ensemble un continent de paix, de démocratie, de solidarité et de responsabilité : responsabilité vis à vis du monde ravagé par les injustices, la pauvreté et trop souvent la guerre ; responsabilité vis à vis des générations futures face aux risques d’un modèle de développement destructeur de l’environnement et de la planète. 

Nous appelons toutes celles et tous ceux qui sont convaincus de la nécessité de construire l’Europe d’abord comme un projet politique et non comme un espace marchand, à travailler ensemble aux réponses à apporter aux exigences et aux attentes des citoyens et des mouvements sociaux. 

Nous appelons à un profond changement des politiques et du fonctionnement de l’Union Européenne. Nous voulons une Europe qui s’organise autour des choix des citoyens et non de règles de concurrence intangibles, une Europe qui agisse pour la croissance, l’emploi, le progrès social, la culture, l’environnement, une Europe actrice de la paix et d’une autre mondialisation. 

L’élargissement de l’Union européenne à dix nouveaux Etats aujourd’hui, et à d’autres demain, ne rend ces enjeux que plus cruciaux. Il constitue une occasion historique de favoriser la stabilité et la paix ainsi que promouvoir la démocratie, la solidarité et les droits humains sur le continent. Nous accueillons ce moment avec espoir. Mais si elle ne s’émancipe pas du modèle libéral qui la structure aujourd’hui, si elle ne se libère pas de la tutelle des Etats-Unis, si elle ne répond pas aux exigences démocratiques des citoyens et des citoyennes, l’Union européenne risque alors de n’être qu’un grand marché, livrée au moins disant social et soumise à d’autres pour sa politique internationale. C’est aussi l’enjeu de la future Constitution européenne. 

Membres du Réseau Parlementaire International (RPI) créé lors des Forums Parlementaires Mondiaux de Porto Alegre/Brésil, nous nous sommes engagés avec des élus d’autres continents à défendre l’idée qu’un autre modèle économique et une autre gouvernance mondiale sont possibles. Nous croyons que l’Europe est au cœur de cette vision et qu’en changeant l’Europe nous aidons à construire un monde plus juste pour tous les peuples. 

  1. 1.      Face à l’unilatéralisme américain et à la banalisation de la guerre:

quelles responsabilités pour l’Union européenne sur la scène mondiale?

Dans un monde déchiré par les guerres, les massacres de civils et le terrorisme, dans un monde où l’unilatéralisme n’est pas une réponse, mais aggrave au contraire l’insécurité et les risques, nous voulons une Europe qui parle d’une voix unie et forte pour le respect du droit international et des principes de la Charte des  Nations Unies, qui mette son poids et ses moyens au service de la prévention et de la résolution politique des conflits, qui déploie dans le même esprit ses efforts pour les missions internationales de maintien de la paix.

L’Union européenne doit agir pour enrayer la militarisation des relations internationales. Elle doit en particulier exiger le respect des engagements internationaux de réduction des armements, du traité ABM, la mise en œuvre des convention sur les armes biologiques, et l’élimination des mines terrestres, et soutenir le lancement d’un nouveau cycle de négociation pour le désarmement. Elle doit, sans attendre, user de son influence pour aider le peuple irakien à recouvrer sa souveraineté et favoriser un règlement juste et durable du problème palestinien. 

  1. 2.      Face au rejet croissant de la mondialisation libérale:

quelles contributions alternatives de l’UE? 

L’échec de Cancun souligne l’urgence de nouvelles relations commerciales internationales, d’une réforme profonde de l’OMC ainsi que de la politique commerciale extérieure de l’Europe. Nous appelons l’Union européenne à réorienter en profondeur sa contribution effective à la gouvernance mondiale en donnant la priorité à la mobilisation contre les inégalités de développement. 

La politique commerciale extérieure de l’Union européenne, l’action de ses représentants au sein de l’OMC et des autres organisations économiques internationales (FMI, Banque Mondiale), doivent refléter les valeurs de l’Union et de ses citoyens ainsi que ses engagements internationaux à soutenir les «objectifs du millénaire», l’éradication de la pauvreté, l’accès aux médicaments, à l’eau, à l’éducation, partout sur la planète.  L’Union et les Etats membres doivent prendre à cet égard des décisions significatives telle l’annulation de la dette, une revalorisation conséquente de l’aide aux programmes de développement, l’engagement à tout faire pour assurer l’accès de toutes et de tous aux biens publics mondiaux.

L’Union doit rompre au sein des organismes économiques mondiaux avec les politiques néolibérales poussant aux privatisations, à la déréglementation, à la spéculation effrénée sur les monnaies, plongeant des pays en développement dans des crises financières, monétaires et d’endettement insurmontables. Les Etats membres de l’Union européenne pèsent globalement davantage que les Etats-Unis au sein du FMI. Chacun d’eux aura donc une lourde responsabilité dans les décisions prises à la Banque mondiale et au FMI. Nous devons les placer devant leurs responsabilités en toute transparence, tout en agissant pour une réforme profonde du fonctionnement inique de ces institutions.

Les mandats des représentants de l’Union, en leur sein comme à l’OMC, doivent être débattus publiquement et adoptés par le Parlement européen et les Parlements nationaux.  

Il n’y aura pas de mondialisation juste sans redistribution des richesses à l’échelle planétaire. L’Union doit mettre en œuvre sans attendre, en son sein, le prélèvement de taxes mondiales (taxe de type Tobin sur les transactions financières internationales, taxe sur les émissions de carbone, pourcentage de l’impôt sur les sociétés…) contribuant au financement de «fonds structurels mondiaux» des Nations Unies (fonds ONUSIDA, fonds mondial pour l’eau, etc). 

  1. 3.      Au regard de nos ambitions sociales, démocratiques, mondiales

pour l’Union européenne: quelle évaluation du projet de Constitution?

L’adoption d’une Constitution européenne est assurément une heure de vérité: en fonction des politiques qu’elle entérine, la « loi fondamentale » dessine pour une longue période l’identité de l’Union. Sa ratification doit, de ce fait, avoir lieu par référendum, partout où la loi le permet. La popularisation du projet de Constitution auprès de nos concitoyennes et concitoyens, et la confrontation d’opinions, libre et transparente, sur les enjeux sociaux et politiques qu’il recèle, constituent dès lors des exigences démocratiques incontournables.

Ce débat nécessaire est à peine annoncé. Le Forum Parlementaire Européen offre une occasion exceptionnelle de le stimuler. Nous souhaitons que ce débat porte sur toutes les dimensions du projet de Constitution:  les valeurs et les objectifs de l’Union; ses politiques et ses institutions, ainsi que sur leur articulation. Notre responsabilité, en l’occurrence, – et par delà nos opinions respectives sur le sujet – est de contribuer à permettre aux Européennes et aux Européens de se prononcer souverainement, en pleine connaissance de cause, sur le projet qui leur est soumis à un moment historique du développement de la grande aventure européenne.

20 octobre 2003 at 12:23 Laisser un commentaire

Conférence des Présidents ouverte au sujet des attentats terroristes aux Etats-Unis : ma déclaration

Madame la Présidente,

Monsieur le Président au Conseil

Monsieur le Président de la Commission, 

                 Les mots nous manquent à tous pour exprimer les sentiments que suscite l’agression terroriste d’une barbarie sans précédent, qui vient de frapper les Etats-Unis.  Le peuple américain va devoir surmonter un profond traumatisme, qui risque encore de s’exacerber à mesure qu’ apparaîtra l’étendue du désastre qu’il vient de subir.  Dans cette épreuve inimaginable, il doit pouvoir compter  sur notre solidarité sans réserve.  J’ajoute que, si ces monstres sans visage ont ciblé, hier, les Etats-Unis, ils peuvent, demain, semer la terreur et la mort dans n’importe quelle région du monde, y compris naturellement le continent européen.  Mon groupe se retrouve donc pleinement, Madame la Présidente, dans les  déclarations et les démarches que vous avez faites en notre nom. 

                 Ces attentats consternants constituent un défi à la communauté humaine tout entière.  Un défi que nous allons devoir à présent apprendre à relever.  Je dis « apprendre ». Car, si nous sommes tous d’accord pour dire qu’il faut en rechercher  les coupables et les châtier, force est de reconnaître que, pour tout le reste les interrogations nées de la tragédie de ce 11 septembre 2001 sont plus nombreuses que les certitudes. Or, rien ne serait plus inadéquat, voire plus dangereux, à mes yeux, que de réagir face à ce phénomène radicalement nouveau avec des conceptions anciennes qui viennent de montrer cruellement leurs limites. 

                 Ainsi, la tentation peut être grande après un pareil outrage, d’appeler de ses vœux une riposte foudroyante,  mais aux conséquences  incalculables.  Par ailleurs, le risque n’est pas négligeable, en ces circonstances tragiques, de voir renaître la thèse redoutable du « conflit de civilisation ».  Qui, M. Pottering, vous avez raison :ce ne serait pas rendre service à la paix que de  laisser amalgamer des criminels fanatisés avec des peuples entiers dont certains représentants viennent précisément, par fois avec beaucoup de dignité et d’esprit de responsabilité, d’exprimer une condamnation radicale des terroristes et leur solidarité avec le peuple américain.  Enfin, et plus généralement, personne ne doit plus jamais oublier que nous faisons tous partie du même monde. La plus puissante des nations n’est pas invulnérable.   La communauté internationale tout entière est condamnée à voir ensemble les grands problèmes de la planète en face à ces fossés qui se creusent, ces dialogues rompus, ces océans de frustrations et à coopérer de plus en plus étroitement pour les résoudre durablement. 

                 Telle est, sans doute, la contribution décisive que l’Europe peut apporter au monde pour relever ensemble de défi de civilisation qui nous est

12 septembre 2001 at 11:44 Laisser un commentaire

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