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Un fédéralisme centralisateur et autoritaire

Wurtz-L-humanité-dimancheOn ne saurait trop mettre en garde contre les graves décisions à l’ordre du jour du Conseil européen de ces 13 et 14 décembre. La « feuille de route » sur laquelle se penchent les Chefs d’Etat et de gouvernement fixe les étapes d’une construction institutionnelle de nature clairement fédéraliste. Mais attention : pas au sens que donnent à ce mot certains courants progressistes favorables à une décentralisation poussée et à un allègement des contraintes étatiques ! Là, c’est d’un tout autre type de fédéralisme qu’il s’agit : non pas « horizontal », mais résolument « vertical », centralisateur et autoritaire. Ce sont « des changements qui vont loin » ont reconnu les inspirateurs de ce projet : Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne ; José-Manuel Barroso, président de la Commission ; Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe et Herman Van Rompuy, président du Conseil européen. Ce dernier avait, dès l’an dernier, « mangé le morceau » en affirmant tout de go : « La crise est une formidable opportunité pour faire faire un bond en avant à l’intégration économique européenne ». Nous y voilà. On devine aisément la raison d’être de cet engouement pour la concentration des pouvoirs financiers, budgétaires et économiques au sommet : pouvoir imposer des « réformes structurelles » à des peuples qui ne manqueraient pas de s’y opposer si l’on procédait par la voie démocratique.

La première étape (2013) serait celle de « l’engagement d’une gestion solide des finances publiques ». L’Union européenne organiserait dans cet esprit une « meilleure coordination des politiques nationales » préalablement aux décisions de chaque Etat. Elle exercerait « une surveillance accrue » sur les Etats qui affichent des difficultés financières. C’est l’application du traité budgétaire et des directives votées en catimini depuis un an par la majorité du Parlement européen. Par ailleurs doit être lancée la supervision des banques -ce qui est bien – mais sous l’égide de la Banque centrale européenne, institution libérale à tout crin, inaccessible et de plus en plus puissante, ce qui pose un gros problème démocratique et ne risque pas de changer les critères d’utilisation de l’argent en faveur de l’emploi…

La deuxième étape (2013-2014) doit être celle de la conclusion de « contrats obligatoires » entre la Commission et chaque Etat de la zone euro : Bruxelles accorderait des « incitations financières ciblées et temporaires » contre l’engagement à réaliser de « nouvelles réformes structurelles ».

La troisième étape commencerait après les élections européennes de 2014. La centralisation des décisions budgétaires et économiques serait encore accentuée, y compris en ce qui concerne la fiscalité et le marché du travail. La zone euro serait dotée d’un budget propre pour « faciliter l’ajustement aux chocs économiques » et comporterait l’obligation stricte de « réformes » dans la direction qu’on imagine.

Un semblant de « légitimation démocratique » de ce processus de confiscation de la souveraineté populaire couronnerait le tout : sont notamment prévus « des mécanismes …d’information vers les parlements nationaux et les États membres ». Informer mais pas soumettre. Décidément, la démocratie est en passe de devenir un enjeu explosif pour l’actuelle construction européenne.

13 décembre 2012 at 9:00 Laisser un commentaire

LES « OUBLIS » DU COMITE NOBEL

Les membres du Comité du Prix Nobel de la Paix,qui ont décerné leur prestigieuse distinction à l’Union européenne ont délibérément ignoré le bilan des « 27 » dans le domaine qui les concernait.Trois exemples significatifs suffiront à illustrer combien la politique extérieure et de sécurité de l’UE et de ses Etats membres  tourne le dos à un engagement en faveur d’une Europe et d’un monde de paix.

Premier exemple: la guerre d’Irak en mars 2003.La majorité du Conseil de sécurité des Nations-Unies;les inspecteurs de l’ONU sur le terrain;le Chef de l’Etat français et le Chancelier allemand ; ainsi que 10 millions de manifestants dans les rues le 15 février, s’opposent à la guerre.Huit autres Etats de l’UE se rangent derrière Washington en feignant de croire au mensonge d’Etat de Colin Powell à l’ONU. Ce sont eux qui donneront le ton ,par la suite,à l’UE.Ainsi,dès le mois de juin suivant ,l’UE dans sa totalité adoptera un texte fixant la « stratégie européenne de sécurité » (toujours en vigueur!) qui sera présentée à George W. Bush avant même son adoption définitive et qui empruntera au chef de guerre américain nombre de ses concepts dangereux,allant jusqu’à qualifier la coopération militaire USA-UE de « formidable force au service du bien dans le monde » ! On en aura une illustration en Afghanistan…

Deuxième exemple:le Proche-Orient où l’impunité accordée aux dirigeants israéliens et l’abandon politique du peuple palestinien constituent l’une des sources essentielles de l’insécurité du monde .En décembre 2005,les chefs des missions diplomatiques des Etats de l’UE à Jérusalem-Est adressent au Conseil européen un rapport circonstancié et alarmant sur toutes les pratiques illégales des autorités israéliennes visant à rendre impossible l’établissement futur d’un Etat palestinien.Ils recommandent toute une série d’initiatives politiques aux dirigeants européens,conformément aux résolutions pertinentes de l’ONU. Ce rapport ne sera ni publié ni suivi du moindre effet,tout comme les autres rapports qui suivront au fil des ans.Bien au contraire,l’UE vient de récompenser les fauteurs de guerre en renforçant spectaculairement les relations bilatérales UE-Israël dans 60 domaines,allant de l’énergie aux communications electroniques en passant par la coopération policière.La  dimension symbolique,donc politique, de ces « gestes » n’échappe à personne. Elle ne sert pas la paix mais banalise l’occupation,la colonisation,l’humiliation,et la guerre.

Troisième exemple:la sécurité du continent européen lui-même. En juin 2008,le tout nouveau président russe Medvedev cherche à imprimer sa marque. Il propose aux Etats de l’UE et à l’Occident en général l’ouverture d’une négociation pour l’élaboration collective d’un « Traité paneuropéen de sécurité ».Celui-ci devait intégrer toutes les questions de sécurité du continent,le contrôle des armements et le désarmement.Seule condition:que l’OTAN arrête son élargissement vers l’Est . »La préoccupation de base qui anime M. Medvedev,celle d’une Europe coupée en deux (…) apparait pertinente » juge alors Fabio Liberti, de l’Institut des Relations internationales (IRIS), dans le « Monde Diplomatique ».L’Union européenne,elle,ne daignera même pas entamer des discussions exploratoires sur ce projet.Elle préfèrera donner le feu vert à l’installation du « bouclier antimissiles » sur le sol européen,quitte à accroitre les tensions,voire à relancer la course aux armements.

Voilà qui donne une idée des changements à opérer dans l’UE et ses Etats membres pour qu’ils puissent vraiment mériter un jour le Prix Nobel de la Paix.

20 octobre 2012 at 5:16 Laisser un commentaire

LES LOURDES CONTRADICTIONS DU CAMP DU « OUI »

Pour le Président de la République,son gouvernement et la direction du Parti socialiste,le vote de ratification du traité budgétaire européen ouvre une période marquée par de lourdes contradictions.

D’abord,avoir été élus sur la base du « changement,c’est maintenant! »,pour se retrouver,cinq mois plus tard,au côté de la droite sur un sujet aussi structurant constitue une faute qui,tôt ou tard,aura un prix politique.A plus forte raison sera-t-il sévèrement  reproché aux dirigeants du pays la méthode -indigne de la gauche- qu’ils ont choisie pour atteindre leur objectif: à savoir la stratégie d’évitement de tout débat national sur les enjeux de civilisation que recellent ce traité et l’offensive de longue haleine des plus hautes autorités européennes dans  laquelle ce texte s’inscrit.(« Le traité budgétaire ,c’est le début » avait prévenu dès février dernier Mario Draghi,le président de la Banque centrale européenne,avant d’illustrer sa vision de l’avenir en reprenant à son compte les caricatures éculées sur ces « Européens (qui) pouvaient se permettre de payer tout le monde pour ne pas travailler »! « Ce temps-là est révolu » avait-il lancé,ajoutant,pour être bien clair: »Le modèle social européen est mort. »)

Imposer dans ces conditions une ratification du traité par la voie parlementaire en ayant pris soin d’étouffer préalablement toute campagne d’information et de sensibilisation du pays ,en particulier toute confrontation d’idées à même d’éclairer les enjeux de ce vote de nos représentants revient à infantiliser les citoyens pour mieux instrumentaliser leurs élus.C’est une mauvaise action contre la démocratie.Les députés et les sénateurs qui se seront pliés sans coup férir à cette manipulation auront contribué à nourrir la grave défiance populaire à l’égard de l’institution parlementaire.Attention,danger!

Par ailleurs,viendra (très rapidement),pour nombre de Françaises et de Français qui ont sincèrement crû à l’ambition annoncée par le candidat Hollande de « renégocier le traité »,puis à la satisfaction affichée par le Président élu d’avoir réussi à « engager la réorientation de l’Europe »,l’heure du bilan concret. Dès 2013,les conséquences du budget d’austérité -conforme en tous points aux injonctions du traité budgétaire- révèleront à qui en douterait encore que cette politique conduit la France,comme les autres pays européens,dans une impasse dont on ne peut sortir qu’en changeant de cap. »Il est temps de se rendre à l’évidence:la rigueur ne marche pas » reconnaissait l’autre jour un éditorialiste ,pourtant libéral,tant les expériences tentées ailleurs sont dramatiques.(1)L’objectif de 3% de déficit public l’an prochain est « intenable » reconnaissait ,pour sa part,la semaine dernière,le…président de l’Assemblée nationale,Claude Bartolone,en personne,contredisant son Premier Ministre…quelques jours avant d’inscrire solennellement dans la législation française un texte visant à contraindre le pays à s’inscrire durablement dans cette logique mortifère!

C’est dire si les contradictions à venir s’annoncent explosives!Aussi ce vote ne marque-t-il pas la fin de l’Histoire.Poursuivons,amplifions,élargissons,dans les luttes sociales et sociétales comme sur le terrain des idées,les efforts visant à unir le « peuple de gauche », à partir de chaque expérience du quotidien ,autour d’objectifs s’inscrivant dans la perspective de vrais changements.En France et en Europe.Les propositions du Fronr de gauche se révèlent à cet égard d’une brûlante actualité!

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(1) Jean-Marc Vittori.  Les Echos  20/9/2012

4 octobre 2012 at 8:31 Laisser un commentaire

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