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L’OCCUPATION ET LA COLONISATION RÉCOMPENSÉES
A première vue, le gouvernement israélien est actuellement dans le collimateur des dirigeants occidentaux. La preuve : les responsables américains se bousculent en ce moment à Jérusalem (Ouest) : le sous-secrétaire d’État, le Conseiller à la sécurité nationale, le Secrétaire à la défense et Hillary Clinton en personne s’y sont succédé en l’espace de trois semaines ! Malheureusement, ce n’est pas le sort des Palestiniens qui est au menu de leurs entretiens. Il s’agit pour eux d’empêcher les aventuriers actuellement au pouvoir en Israël de déclencher un cataclysme aux conséquences incalculables en bombardant l’Iran. En tout cas, les émissaires de Washington veulent à tout prix éviter le pire… d’ici l’élection présidentielle aux États-Unis. Sans rien exclure pour la suite ,a précisé le chef du Pentagone,Monsieur Panetta, afin de « rassurer » ses interlocuteurs obsédés par « l’option militaire » tous azimuts.
Qu’en est-il à présent du côté des croisés des droits de l’homme européens ? « Le processus de paix au Proche-Orient ne peut pas devenir un orphelin du printemps arabe » ! a osé lancer l’un d’eux à l’adresse de Monsieur Netanyahou, par ailleurs fermement appelé à créer les conditions de la « reprise » des négociations avec les Palestiniens. Ces mâles admonestations sont celles du président de la Commission européenne himself ! C’était le 9 juillet dernier à Bruxelles. Le Premier Ministre israélien venait tout juste de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie visant à rendre irréversible l’occupation, voire l’annexion, des territoires palestiniens en confiant à trois « juristes » le soin de légaliser la colonisation de la Cisjordanie (voir HD de la semaine dernière). Alors, assisterions-nous enfin à un sursaut salutaire des dirigeants européens ? Hélas, il n’en est rien. Car,au même moment,ceux-ci étaient en train de finaliser ni plus ni moins qu’un accord invraisemblable avec le même Nétanyahou, conduisant à…approfondir la coopération privilégiée avec Israël ! Et ce dans soixante secteurs, qui vont du Marché intérieur aux mouvements de personnes, de l’agriculture au tourisme, de la justice à la police, du transport à l’énergie, de la santé publique à l’environnement, des communications, de la science à la technologie… Mais, rassurez-vous : » ce n’est en aucun cas le « rehaussement » annoncé (mais provisoirement gelé) des relations bilatérales…
Précisons que cette décision insolente intervient après plusieurs rapports très explicites des Chefs de mission diplomatique européens dans les territoires palestiniens alertant sur la destruction des bases d’un futur État palestinien par la colonisation systématique de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est. Elle intervient aussi après l’adoption, le 14 mai dernier, d’une résolution très ferme du Parlement européen qui insistait « pour que l’engagement pris par Israël de respecter ses obligations au titre du droit international en matière de droits de l’homme et du droit humanitaire international à l’égard de la population palestinienne soit pris pleinement en considération dans les relations bilatérales de l’UE avec ce pays. »
On attend les explications des autorités françaises. On espère aussi que Paris, qui exerce pour deux mois la présidence du Conseil de sécurité des Nations Unies, saura prendre ses responsabilités sur ce conflit central du monde actuel.
« SORTIR DE L’EURO? » POUSSONS LE DEBAT!
Dans une récente chronique, j’ai amorcé le dialogue sur une interrogation compréhensible mais, à mes yeux, piègeante : faut-il « sortir de l’euro » pour nous libérer des politiques dévastatrices menées en son nom? Poussons le débat, sans prétendre faire le tour de la question en quelques lignes.
Tout d’abord, une donnée doit être claire: le statu quo est incompatible avec une ambition sociale. La conception actuelle de la monnaie européenne a ses fondements dans le traité de Maastricht. La logique de ce traité est, en particulier, traduite par une Banque centrale européenne (BCE) conçue pour ignorer l’emploi et le social. Elle ne doit s’intéresser qu’à la « stabilité » des coûts, c’est à dire à la pression sur les salaires et les dépenses sociales afin de séduire les « investisseurs » à la recherche de rendements élevés. Cette logique a produit le pacte de …stabilité, véritable machine de guerre contre les dépenses publiques, et favorisé la politique de « l’euro fort », mortelle pour l’emploi. Depuis la crise financière de 2008, elle a conduit les principaux dirigeants européens à sophistiquer encore substantiellement leur arsenal antisocial – et antidémocratique – avec la « pacte pour l’euro ». Celui-ci vise à instaurer un régime d’hyperaustérité durable et à imposer d’en haut des « réformes structurelles » visant à doper la « flexicurité », l’allongement de l’âge de départ à la retraite, les privatisations… La rupture avec cette logique est donc, plus que jamais, une exigence pour qui veut ouvrir la voie à un projet de gauche digne de ce nom.
Dès lors se pose la question: la meilleure rupture avec cette politique ne serait-elle pas la sortie pure et simple de l’euro? Une fausse évidence, dramatiquement trompeuse! Même un économiste comme Jacques Sapir, qui penche pourtant plus ou moins en faveur d’une telle issue, ne cache pas qu’ « il est évident qu’une sortie de l’euro est un basculement dans l’incertain », que le risque est que « la souveraineté monétaire soit captée par les marchés » et que la « nouvelle monnaie (soit menacée d’être) prise dans le tourbillon des spéculations financières ». Les économistes communistes – non suspects de complaisance pour Maastricht ou la BCE! – estiment même pareille aventure bien plus dangereuse encore, avec, en particulier, les effets désastreux d’une forte dévaluation sur le niveau de vie des travailleurs et le poids de la dette, ainsi que l’explosion d’une mise en concurrence sans limite entre Européens. Et surtout, ils mettent l’accent sur le besoin vital d’une construction monétaire européenne – mais profondément transformée – pour agir contre la domination du dollar et en faveur d’une monnaie commune de coopération à l’échelle du monde, au côté de pays du Sud et de grandes économies dites « émergentes ».
Naturellement, pour créer les conditions de tels changements, il ne faut pas se situer exclusivement au niveau des institutions européennes actuelles ou des négociations entre Etats, tels qu’ils sont sous nos yeux. C’est précisément la responsabilité d’une gauche visant la transformation sociale d’offrir aux citoyens une grille de lecture plus dialectique des réalités et des potentialités. Ainsi, la crise sans précédent des structures européennes et la montée partout d’aspirations au changement, elles aussi d’une ampleur sans équivalent depuis qu’existe l’UE, ouvrent-elles une « fenêtre d’opportunité » historique. C’est le moment de faire valoir une vision alternative et d’avancer des propositions saisissables, crédibles et rassembleuses. C’est dans cet esprit qu’on attend la gauche française en 2012.
PASSER A L’OFFENSIVE SUR L’EUROPE
Dans ma toute première chronique de 2010, je posais la question : « 2010 sera-t-il l’année de l’éclatement de la zone euro? » On n’en est finalement pas (encore ?) arrivé à cette extrémité. Je dirai : fort heureusement, car les peuples concernés en seraient à coup sûr les premières victimes, tant les dominations des plus puissants s’exacerberaient au détriment des plus faibles tandis que les spéculateurs s’en donneraient à cœur joie sur ce champ de ruines… Mais on n’en est pas très loin si rien ne bouge sur le fond.
Les décisions prises par les Chefs d’Etat et de gouvernement lors du dernier Conseil européen de l’année (16-17 décembre derniers) ont-elles apporté le moindre début de solution à la crise ? Hélas nullement ! Certes, l’actuel « Fonds de stabilisation financière », prévu pour une durée de trois ans, va être pérennisé. Mais, à supposer que cela évite de pousser de futurs pays fragilisés à quitter la zone euro -ce qu’il reste à prouver- leur « sauvetage » se ferait au prix d’un véritable écrasement des populations, comme on le voit aujourd’hui en Grèce et en Irlande (et dans une certaine mesure dans tous les pays membres , à titre « préventif » !). C’est totalement inacceptable et il y a fort à parier que la généralisation de ce scandale se heurtera à une opposition de plus en plus forte.
Il faut rendre de plus en plus difficile aux dirigeants de cette « Union » en flagrant échec d’empêcher l’ouverture d’un grand débat public sur ce que pourrait être un autre type de construction : solidaire, démocratique, et capable de libérer les pays membres de l’étouffante dépendance aux marchés financiers. C’est possible. Ainsi une idée qui nous est chère depuis longtemps -la réorientation des missions de la Banque centrale européenne (BCE)- est en train de faire son chemin, notamment dans le mouvement syndical européen et y compris parmi les économistes de divers horizons. Les circonstances se prêtent à un aiguisement de ce débat. La BCE a, en effet, la possibilité de financer à des conditions très avantageuses les investissements publics pour le développement social dans les pays membres ! Et ce en créant de la monnaie, c’est à dire sans recours à l’emprunt sur les marchés de capitaux ! Voilà une exigence porteuse de ruptures salutaires autour de laquelle on peut et on doit rassembler des forces vives dans toute l’Union européenne. C’est le sens de l’initiative que vient de prendre le Parti de la Gauche européenne (PGE) : il va lancer en 2011 une collecte d’un million de signatures en faveur de la création, dans cet esprit, d’un « Fonds européen de développement social ».
Cela nécessiterait de changer les traités ? Et alors ? Les « 27 » ne veulent-ils pas modifier l’article 136 du traité de Lisbonne (qu’ils prétendaient jusqu’alors intouchable) sur le fonctionnement de la zone euro pour légaliser leur « mécanisme de stabilité » financière ? Banco, si je puis dire! Quitte à changer les traités, changeons les pour de bon. Il est temps, pour la gauche, de passer à l’offensive sur l’Europe.
Bonne année 2011 !
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NB : La semaine dernière, la chronique intitulée « réponse à un ami internaute » appelait une suite, tant sur les contours d’une alternative progressiste que sur le chemin à emprunter pour réussir à amorcer un tel changement. Ce que nous venons d’évoquer sur la maturation du débat d’idées et sur les perspectives d’action en France et à l’échelle européenne s’inscrit dans ce dialogue. Nous le poursuivrons dès notre prochain rendez-vous.




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