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Il faut relancer d’urgence le débat sur le climat
Durant cet été, des informations très préoccupantes concernant la lutte contre le réchauffement climatique sont passées largement inaperçues. Loin
d’avoir progressé depuis l’échec de la réunion préparatoire de Copenhague, les principaux États sont en passe de revenir sur les maigres acquis de 2009. Or, dans exactement trois mois (29 novembre), doit s’ouvrir à Cancun (Mexique) la conférence des Nations unies sur le climat, censée déboucher sur un accord global et contraignant. D’ici là, il ne reste qu’un rendez-vous intermédiaire, en octobre, en Chine. Les discussions sont pourtant bien mal engagées.
Ainsi apprenait-on, fin juillet, que le Sénat américain avait ajourné le vote du projet de loi sur l’énergie et le climat. Cela signifie que même l’engagement minimal du président Obama à Copenhague (la promesse de réduire de… 4 % d’ici à 2020 par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis) risque de ne pas être ratifié par le Congrès de Washington. Cette incurie est d’autant moins acceptable qu’elle est le fait du pays dont le système économique porte, et de loin, la responsabilité la plus lourde dans la brutale augmentation des émissions, notamment depuis la Seconde Guerre mondiale (de l’ordre
de 1 à 8). Les enjeux climatiques y sont au demeurant parfaitement connus : la NASA n’a-t-elle pas annoncé, durant ce même mois de juillet, que les six premiers mois de l’année ont été les plus chauds jamais enregistrés ?
Autre fait relevé cet été, qui a soulevé une
légitime colère parmi les pays du Sud, premières victimes des dérèglements climatiques qu’ils n’ont pas provoqués : le seul engagement chiffré pris à Copenhague par les pays industrialisés (verser 30 milliards de dollars aux pays en développement d’ici à 2012 dont 10 dès cette année pour les aider à « s’adapter » ) n’a pas connu, à ce jour, le moindre début d’application. Y compris de la part des États européens. Dans ce contexte, le nouvel échec de la dernière conférence sur le climat, qui s’est tenue presque en catimini à Bonn (Allemagne) début août, ne surprend guère mais inquiète beaucoup ! Sans une relance
sérieuse du débat public et de la mobilisation populaire à l’échelle nationale, européenne et internationale, il n’y a aucune chance
d’aboutir à des avancées réelles de la part des pays les plus puissants à même de débloquer les négociations globales.
« Il faudra une âpre bataille de classes pour que la logique de développement humain
durable supplante la logique capitaliste », souligne lucidement à ce propos Paul Sindic dans un ouvrage qui vient de paraître on ne peut plus opportunément (1). Ancien cadre d’une multinationale de l’énergie, l’auteur illustre, en expert rigoureux et pédagogue, l’affrontement entre ces deux logiques. Militant progressiste, il ouvre le débat, tant sur les « fausses solutions du marché » que sur les « limites de l’idéologie écologique dominante ». Réchauffement climatique ; crise environnementale ; crise énergétique… le champ couvert est vaste. On n’est naturellement pas obligé de partager toutes les analyses ou propositions de cet homme de convictions, mais il est difficile de ne pas le suivre dans son
vibrant appel à relever le défi de la « misère du Sud » ou dans sa conclusion que « nous sommes en quelque sorte obligés de dépasser le capitalisme si nous ne voulons pas que l’humanité sombre dans les guerres et la barbarie ». à lire sans attendre !
(1) « Urgences planétaires », Paul Sindic, Éditions Le Temps des cerises, 14 euros.
BON ANNIVERSAIRE ROBERT CHAMBEIRON !
À 21 ans, il entrait au cabinet de Pierre Cot, alors ministre de l’Air du gouvernement du Front populaire. C’est là qu’il fit la connaissance de Jean Moulin qui, aux heures sombres de la guerre, de l’occupation nazie et de la collaboration, fera appel à lui pour le seconder dans son œuvre majeure : la création puis la direction du Conseil national de la Résistance (CNR). Secrétaire général adjoint du CNR, aux côtés de Pierre Meunier, jusqu’à la Libération, Robert Chambeiron est, aujourd’hui, l’un des trop rares acteurs de la Résistance à pouvoir faire vivre cette expérience exceptionnelle. Ce 22 mai, il fête ses… 95 ans, en pleine forme. Bon anniversaire, cher Robert ! Ce bref hommage public sera mon petit cadeau.![image_preview[1]](https://franciswurtz.net/wp-content/uploads/2010/05/image_preview1.jpg?w=455)
J’ai eu le bonheur et la fierté de faire sa connaissance lors des premières élections européennes, puis de le côtoyer au Parlement de Strasbourg pendant 10 ans. Bien que très impliqué dans ses nouvelles tâches, avec l’ardeur du néophyte, mon auguste collègue m’offrit de temps en temps le privilège d’une observation ou d’une anecdote puisée dans son inépuisable réserve de souvenirs. J’en ai fait mon miel et je lui en suis, aujourd’hui encore, reconnaissant.
Qu’en ai-je retenu qui mérite toujours d’être connu et médité ? D’abord les évocations du patient et complexe travail d’unification des forces de la Résistance. Pour que le CNR soit légitime et puisse s’exprimer et agir au nom de l’ensemble du peuple résistant, l’union était vitale. Pour garder le moindre espoir de finir par l’emporter sur des ennemis aussi puissants et impitoyables, il fallait savoir bannir toute étroitesse. On imagine que ce n’était pas toujours chose aisée dans une situation marquée par la trahison de nombre de notables en 1940. Il fallait y voir de près tout en se souvenant que « sous la grêle, fou qui fait le délicat ».
Une autre caractéristique du combat de cette période ne laisse pas de nous impressionner : c’est l’indicible courage dont ont su faire preuve tant d’anonymes dans l’accomplissement de gestes apparemment anodins, dès lors qu’ils avaient une vue claire de la cause pour laquelle ils ou elles s’engageaient. Ainsi, le « simple » fait de mettre à disposition son logement pour permettre au CNR, à son bureau ou à ses trois principaux dirigeants de se réunir était un acte héroïque qui n’a cessé de se renouveler au fil des semaines, puisque les réunions n’avaient jamais lieu deux fois dans le même local. Pourtant, chacun mesurait la réalité du danger, puisque Jean Moulin fut lui-même arrêté moins d’un mois après sa désignation comme président du CNR !
Enfin, quoi de plus saisissant que le contenu social et progressiste du programme d’unité nationale du CNR, issu de quatre mois d’échanges multiples et finalement adopté à l’unanimité ! Mis en œuvre à la Libération, il permit, en l’espace de deux ans – en fait, jusqu’à l’éviction des ministres communistes et les débuts de la guerre froide –, d’engager une véritable rénovation du pays : réforme de la fonction publique, Sécurité sociale, nationalisation des grands établissements du crédit, des compagnies d’assurance, du gaz et de l’électricité, lois sociales sur les prestations familiales, l’assurance vieillesse, le salaire minimum vital, les conventions collectives…
Il est vrai que les forces du capital de l’époque – ces grands patrons auxquels le général de Gaulle lança à la Libération : « Je n’en ai pas vu beaucoup d’entre vous à Londres ! » – étaient délégitimées, tandis que « seule en tant que classe la classe ouvrière est restée fidèle à la France profanée » (François Mauriac). Dans un contexte naturellement tout autre, il y a, aujourd’hui encore, plutôt matière à réflexion… Merci à Robert Chambeiron et à tous ses semblables.
GRECE: CE QUE « SOLIDARITE » VEUT DIRE
Un mouvement de solidarité s’amorce enfin envers le peuple grec. Je ne parle pas des paroles de commisération qui ne coûtent pas cher et ne rapportent rien à personne. Ni des postures apparemment plus radicales, mais isolées et sans lendemain. À ma connaissance, la pétition de l’ « Humanité » a été, en France, le premier acte réunissant les trois ambitions d’une campagne de soutien du type de celle dont nous avons besoin: s’adresser à un large public et viser une dimension européenne; être articulée à une argumentation politique allant au fond des choses; enfin envisager une action dans la durée.
Son premier atout est naturellement de permettre de faire s’exprimer et s’engager un très grand nombre de personnes, du simple citoyen à la personnalité la plus marquante, sans se limiter à la sphère des « militants » ou autres convaincus, et en dépassant résolument nos frontières. Quel démocrate peut-il rester indifférent à cette descente aux enfers que les coalisés de Bruxelles, de Francfort et de Washington veulent imposer à ce peuple meurtri! « Economiser »10% des richesses produites dans un pays en l’espace de deux ans, c’est du jamais vu Europe occidentale en temps de paix! Et derrière le cas de la Grèce se profile celui de toute l’Europe méditerranéenne, et donc celui de la zone Euro elle-même, France comprise. Ne dit-on pas déjà que le gouvernement voit dans le recul de l’âge de départ à la retraite un signe nécessaire à envoyer aux agences de notation! Il faut le souligner: l’issue de cette terrible confrontation de classe du capitalisme financier n’est pas écrite, tant les contradictions à l’œuvre sont appelées à s’exacerber. L’exigence première est de ne pas laisser le peuple grec, ni aucun autre, seul dans ce bras de fer. L’existence, dans ce contexte, d’une chaîne humaine reflétant un large courant d’opinion solidaire confortera et l’esprit de résistance et les exigences alternatives. Cette pétition peut y contribuer.
La deuxième qualité de l’appel de l' »Humanité » me paraît être qu’il s’accompagne d’un effort permanent d’argumentation politique. Car les pièges ne manquent pas, pour tenter de détourner l’exaspération populaire de la remise en cause des règles perverses de l’actuelle construction européenne et du système capitaliste mondialisé en général. Voyez le dangereux national – populisme que nourrit sans vergogne la droite allemande sur le thème: « ce n’est pas aux pays « vertueux » de payer pour les peuples insouciants »! Ou encore la démagogie hypocrite d’un Sarkozy: il endosse volontiers l’habit flatteur de « l’ami de la Grèce », alors qu’il n’est, plus prosaïquement, que l’ami des banques françaises détentrices de 40% des dettes de la Grèce, et qui entendent se faire payer rubis sur l’ongle sur le dos de la population de ce pays sinistré. Et puis il y a le piège du discours technocratique cher à Dominique Strauss-Kahn ou à Jean-Claude Trichet, pour qui les « marchés » peuvent se tromper mais sont, en tout état de cause, incontournables. Nul n’aurait donc d’autre choix que de se soumettre à leurs humeurs volatiles et à leurs appétits insatiables. Etc… Bref, la solidarité vraie est inséparable d’une bataille d’idées de tous les instants pour permettre aux citoyens de conserver leur libre arbitre et au débat démocratique de s’émanciper des dogmes dominants. C’est le parti-pris de l' »Humanité ».
Enfin, cette initiative du journal de Jean Jaurès n’en est qu’à ses débuts. Mais, sous la forme actuelle ou sous une autre, elle peut s’inscrire dans la durée. C’est primordial, car la crise financière du système ne fera que s’exacerber dans ce qui est encore la zone euro, et au-delà, dans les mois, voire les années à venir, jusqu’à ce que pourront intervenir des ruptures essentielles avec l’ordre actuel. En appelant à « se mobiliser pour préserver les chances d’une Europe des peuples », la pétition de l' »Humanité » fait le lien entre l’action immédiate et ce combat de longue haleine qui, seul, peut laisser espérer une sortie par le haut de la dramatique impasse dont la « crise grecque » est, aujourd’hui, le symptôme.




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