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La Banque centrale européenne ( BCE ) est l’une des institutions européennes les plus puissantes , puisqu’elle est maîtresse de la politique monétaire de toute la zone euro , soit 19 pays. C’est elle qui , en particulier, fixe les taux d’intérêt, autrement dit le loyer de l’argent , pour les quelque 6000 banques de la zone euro . Et surtout, elle dispose du pouvoir extraordinaire de créer de la monnaie à partir de rien et en quantité quasi illimitée ! Or, malgré ces prérogatives de portée considérable -ou plutôt à cause d’elles !- , les traités européens interdisent à tout pouvoir politique de lui donner des instructions . Et s’il en est ainsi, c’est que les dirigeants allemands l’ont exigé dès sa création il y a plus de vingt ans . Ils ont toujours justifié ce déni de démocratie et de souveraineté par leur crainte de voir les gouvernements exercer des pressions sur la BCE en fonction de leurs intérêts électoraux.
Or, voilà que l’ineffable Wolfgang Schäuble , grand argentier du gouvernement Merkel , brise lui-même le tabou de la sacro-sainte « indépendance » de la BCE en accusant publiquement son Président , Mario Draghi , de ruiner les épargnants allemands en pratiquant des taux d’intérêt trop bas, et, ainsi, de favoriser la montée du nouveau parti d’extrême droite outre-Rhin . En sortant ainsi du bois, le bouillant ministre allemand vient de faire un aveu de taille. Oui, la politique monétaire européenne, ça se discute ! Que chacun en prenne de la graine ! Le débat sur la BCE et sur le bon usage de l’argent qu’elle crée doit être ouvert au niveau des gouvernements et surtout parmi les citoyens eux-mêmes , dans chacune de nos sociétés !
Un seul exemple -mais quel enjeu !- : la BCE crée actuellement chaque mois…80 milliards d’euros et les prête aux banques GRATUITEMENT ! Et ce sans condition quant à l’utilisation de cette manne. Or, la preuve est largement faite : les banques n’utilisent l’essentiel de ces sommes pharaoniques ni pour soutenir la création d’emplois ni pour faciliter les investissements productifs. Elles privilégient avant tout les placements financiers, bien plus lucratifs. Si, comme le demandent notamment les communistes, cet argent allait directement aux Etats membres, mais à la condition expresse qu’il serve à financer des projets de nature à favoriser le développement social, la transition écologique, les services publics, bref : la création de richesses utiles à la société et à la coopération internationale, cela changerait profondément la donne .
On nous objectera que les traités européens interdisent à la BCE de financer les Etats. Cet argument ne tient pas . Il est possible -même dans le cadre institutionnel actuel- de créer un « Fonds européen de développement social et environnemental » ( une sorte de Banque publique a but non lucratif, gérée démocratiquement ). Même les traités actuels permettent à la BCE de refinancer un tel Fonds au même titre qu’elle le fait avec les banques traditionnelles. La mission de ce Fonds serait de sélectionner, parmi les projets qui lui seraient soumis par les pays membres, ceux répondant aux critères évoqués ci-dessus et d’orienter vers eux une partie de l’argent crée par la BCE. Aucun obstacle juridique ne s’oppose à cette réalisation : c’est une affaire de rapports de force politique. Or , l’on sait depuis Marx qu’ « une idée qui s’empare des masses devient une force matérielle ». Aussi, la seule question est : Peut-on faire de cette proposition , simple mais révolutionnaire, une revendication populaire ? Dans le contexte que nous connaissons, où tant de citoyens sont à la recherche de pistes alternatives, quel gâchis cela serait-il de ne pas essayer !
21 avril 2016 at 8:54
J’étais plongé dans le dernier ouvrage de Bertrand Badie -« Nous ne sommes plus seuls au monde »- lorsque j’appris que Bruxelles était à son tour frappée par un monstrueux carnage. Le choc et l’effroi provoqués par ces images de mort et de désolation dans cette ville si proche donnèrent après coup à certains passages du livre de cet éminent expert progressiste des relations internationales un relief particulier (1).
C’est naturellement le cas du chapitre intitulé «
Après le 13 novembre » . L’auteur y développe ce qu’il appelle « la double responsabilité » de la société française après cette tragédie. La première coule de source et a trait au comportement au quotidien : « Ne pas céder à la peur, aux stéréotypes, à la haine, à la simplification ». L’expérience montre qu’il est loin d’être superflu de rappeler ces principes de base. La seconde « responsabilité » évoquée est bien plus exigeante : elle vise à créer les conditions d’une « nouvelle politique étrangère de la France ». Pourquoi ? Badie juge que la politique française , depuis une bonne dizaine d’années au moins, est atteinte de « myopie » et de « conservatisme ». Il est grand temps, estime-t-il ( avec raison ), de « commencer à construire l’altérité ( la reconnaissance de l’autre dans sa différence ), ( de )vivre avec des flux de populations, d’idées, de croyances qui ne nous sont pas familières, ( de ) tenir compte de l’apport de l’autre, ( de ) savoir même en faire une part de notre héritage commun ». Et de plaider pour que soit stimulée la connaissance et favorisée la compréhension des autres cultures : « La seule façon d’affronter la mondialisation et d’abaisser le seuil de violence consiste précisément à créer du lien social à l’échelle du monde ». Dès lors, une réponse militaire aux attentats est inadaptée car « elle entretiendra des situations de violence croissante et de plus en plus intraitables ». Une thèse qui ne vaudra sans doute à Bertrand Badie ni les louanges de l’Elysée ni la mansuétude d’un Premier Ministre pour qui « expliquer, c’est excuser »… Gageons que l’indulgence des actuels -tout comme des précédents !- dirigeants du pays n’est pas, en l’occurrence, le but recherché.
Pour autant, ce livre n’a rien d’un pamphlet polémique. C’est d’abord une mine de références historiques destinées à rendre intelligibles la marche du monde , ses contradictions et ses ruptures à l’heure de la mondialisation. C’est ensuite, tel un fil rouge, un suivi de l’émergence des « exclus du système international », du Mouvement des Non-Alignés aux actuels BRICS ( Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud…) . C’est également une illustration magistrale de la place sans précédent prise par les citoyens, les acteurs non étatiques dans la vie internationale. La révolution de l’information et de la communication y a non seulement favorisé l’irruption des « sociétés civiles » mais développé de façon exponentielle les relations multiformes entre elles, bousculant par là-même « l’ordre international ». Enfin, tout ce livre est un vibrant plaidoyer en faveur d’une « ouverture au monde », avec un focus sur « les insécurités humaines » qui affectent les pays du sud.
Sans nécessairement partager toutes les positions qui y sont développées, on y trouve des professions de foi qui ne dépareraient pas notre journal . Qu’on en juge : »Si on ne réinstalle pas l’humain au centre de tout, au-dessus du profit, de la compétitivité , de la production, d’un identitarisme incontrôlé, de la promotion de telle idéologie ou de tel ou tel modèle, si on ne remet pas l’homme au centre de la vie, on risque d’être rongé par ces sursauts conservateurs , ignorants, obscurantistes, routiniers et conformistes « . Stimulant !
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(1) Bertand Badie : « Nous ne sommes plus seuls au monde » ( Édition La Découverte – 2016 )
31 mars 2016 at 8:59
Quel avenir nous réserve la « révolution numérique » en cours ? Le Parti communiste français vient de prendre l’heureuse initiative d’organiser, deux jours durant, pas moins de seize ateliers de discussion autour des principaux enjeux de société que pose cette formidable mutation du monde contemporain (1). Des sociologues, des philosophes, des économistes, des ingénieurs, des enseignants, des chercheurs, des lanceurs d’alerte, des journalistes, des syndicalistes, des activistes de réseaux sociaux , des élus y ont croisé leurs expériences et leurs réflexions avec un public où les « geeks », accros à l’informatique, se mêlaient aux « gens normaux », simplement désireux d’en savoir plus sur un phénomène qui ne fait rien moins que de bouleverser notre vie et de nous interroger sur l’humanité de demain…
A ne voir que les pouvoirs tentaculaires qu’ont acquis dans ce contexte les grandes sociétés capitalistes capables de placer ces nouveaux outils au service de leur stratégie de conquête du monde, on est pris de vertige et tenté par le fatalisme. L’initiative du PCF -« des débats de fond comme on en voit peu, de nos jours, dans les partis », souligna l’un des invités- visait précisément à aider à surmonter ce blocage. Les risques d’aliénation liés à l’explosion du numérique ne doivent pas nous cacher les chances d’émancipation que peuvent, à l’inverse, offrir ces outils d’informations désormais à la disposition des citoyens. « Chacun, là où il est, doit être en position d’initiative, d’exercice de ses responsabilités et pouvoir participer à la définition puis à la réalisation des projets communs et de son avenir » -expliqua Jean-Michel Treille, l’un des intervenants, ancien haut responsable au Commissariat général du Plan (2).
Créer les conditions de ce sursaut : voilà un grand défi démocratique de notre temps ! Pour le relever, des actions sont requises à tous les échelons du territoire : de celui de l’entreprise et de la commune jusqu’à celui de l’Etat et de l’Europe . A l’entreprise, la conquête de droits des salariés à l’information est essentiel pour stimuler la motivation et modifier les rapports de force. Dans la commune, l’objectif doit être d’obtenir « pour chaque foyer l’accès au très haut débit »; « pour chaque scolaire son ordinateur », « pour chaque patient sa clé USB contenant son dossier santé , avec un code d’accès pour la personne et un code pour le médecin afin de sécuriser les données » expliqua Isabelle Lorand, Maire-adjointe au numérique à Vitry-sur-Seine, en insistant sur l’exigence de « repenser les métiers pour y revaloriser la place de l’humain ». Au niveau national, il faut « un Etat-stratège -souligna encore JM Treille- capable d’introduire dans l’éducation ce que représentent les potentialités du numérique pour analyser un problème, réaliser une synthèse , simuler un choix…; capable aussi de promouvoir aux citoyens les informations leur permettant d’exprimer leurs capacités ». Sur le plan européen enfin, l’enjeu de civilisation que représente le développement exponentiel du numérique rend tout à la fois plus pertinent que jamais une construction commune à même de contrer l’hégémonie des géants du web, et la refondation du cadre existant, foncièrement dédié aux « marchés ». Sur ces nouveaux terrains, l’expérience récente montre d’ailleurs que des succès significatifs sont d’ores et déjà possibles suite à la prise de conscience citoyenne provoquée par les révélations de lanceurs d’alerte ( 3 ). Un chantier que nous serons amenés à explorer de plus en plus.
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(1) « Les Etats généraux de la révolution numérique : entre émancipation et aliénation » ( 18-19 mars 2016 )
(2) JM Treille, auteur de « La révolution numérique : réinventons l’avenir » ( Éditions Ovadia , 2015 )
(3) Voir notamment « Internet : l’Europe marque un point contre les Etats-Unis » ( Humanité-Dimanche ? 15-21/10/2015 )
26 mars 2016 at 10:05
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