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2013: L’ANNEE DES REVOLTES POPULAIRES ?
« L’euro est sauvé! » Tel est le dernier cri de victoire des dirigeants européens.On souhaiterait pouvoir se réjouir de ce type d’annonce et de l’espoir qu’il véhicule.Nous n’avons,en effet,jamais sous-estimé les risques immenses que ferait courir aux peuples un éclatement de la zone euro: déchainement des spéculateurs; hyper-concurrence entre les travailleurs des pays de l’ex-zone; « dévaluations compétitives » en séries; sans oublier la flambée des nationalismes et des populismes de tout poil…
Pour autant,le message officiel sur la « fin de la crise » est à la fois cynique et inquiétant.
Il est cynique en ce qu’il banalise les souffrances inouïes que ces mêmes dirigeants sont décidés à continuer d’imposer aux Européens au nom de ce « sauvetage » qu’ils prétendent réussi. Les Grecs?La cure d’austérité délirante qui vient encore de faire plonger leurs revenus de 22,6% en un an (!) et prive 40% de la population d’assurance-maladie (!) se poursuit en 2013.Les Portugais?Eux aussi à bout ,à force d’ « économies » et de « réformes » ,vont,en 2013,voir alourdir encore leurs impôts tandis que les sociétés espèrent voir le leur s’alléger de 25% aujourd’hui à 10% demain -un record!Les Irlandais ?Bruxelles les félicite vivement pour la sévérité du « choc de compétitivité » enduré depuis plus de quatre ans…mais les enjoint fermement à poursuivre ce plongeon social cette année.Les Chypriotes?Ils payent au prix fort l’exposition des banques du pays à la dette de la Grèce si proche et subissent à leur tour le coup de massue exigé par la « troïka »,tout en attendant dans la douleur depuis juillet dernier le premier euro d’ « aide »européenne.Plus près de nous,les Espagnols et les Italiens voient-ils s’éloigner le spectre de la crise? Les premiers viennent de qualifier leur loi de finances 2013 de « budget le plus austère depuis le retour de la démocratie ». Les seconds font le bilan de l’action du « sauveur de l’Italie »(Mario Monti) qui a placé son pays « à l’épreuve de la survie » (titre d’un rapport qui fait grand bruit à Rome) .Or le voeu le plus cher de ses pairs européens est qu’il puisse continuer son œuvre cette année.Quant aux Français,le Président les a lui-même prévenus que,du fait de ses « choix pas faciles pour la compétitivité », « ça va être très dur » en 2013.
L’OCCUPATION ET LA COLONISATION RÉCOMPENSÉES
A première vue, le gouvernement israélien est actuellement dans le collimateur des dirigeants occidentaux. La preuve : les responsables américains se bousculent en ce moment à Jérusalem (Ouest) : le sous-secrétaire d’État, le Conseiller à la sécurité nationale, le Secrétaire à la défense et Hillary Clinton en personne s’y sont succédé en l’espace de trois semaines ! Malheureusement, ce n’est pas le sort des Palestiniens qui est au menu de leurs entretiens. Il s’agit pour eux d’empêcher les aventuriers actuellement au pouvoir en Israël de déclencher un cataclysme aux conséquences incalculables en bombardant l’Iran. En tout cas, les émissaires de Washington veulent à tout prix éviter le pire… d’ici l’élection présidentielle aux États-Unis. Sans rien exclure pour la suite ,a précisé le chef du Pentagone,Monsieur Panetta, afin de « rassurer » ses interlocuteurs obsédés par « l’option militaire » tous azimuts.
Qu’en est-il à présent du côté des croisés des droits de l’homme européens ? « Le processus de paix au Proche-Orient ne peut pas devenir un orphelin du printemps arabe » ! a osé lancer l’un d’eux à l’adresse de Monsieur Netanyahou, par ailleurs fermement appelé à créer les conditions de la « reprise » des négociations avec les Palestiniens. Ces mâles admonestations sont celles du président de la Commission européenne himself ! C’était le 9 juillet dernier à Bruxelles. Le Premier Ministre israélien venait tout juste de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie visant à rendre irréversible l’occupation, voire l’annexion, des territoires palestiniens en confiant à trois « juristes » le soin de légaliser la colonisation de la Cisjordanie (voir HD de la semaine dernière). Alors, assisterions-nous enfin à un sursaut salutaire des dirigeants européens ? Hélas, il n’en est rien. Car,au même moment,ceux-ci étaient en train de finaliser ni plus ni moins qu’un accord invraisemblable avec le même Nétanyahou, conduisant à…approfondir la coopération privilégiée avec Israël ! Et ce dans soixante secteurs, qui vont du Marché intérieur aux mouvements de personnes, de l’agriculture au tourisme, de la justice à la police, du transport à l’énergie, de la santé publique à l’environnement, des communications, de la science à la technologie… Mais, rassurez-vous : » ce n’est en aucun cas le « rehaussement » annoncé (mais provisoirement gelé) des relations bilatérales…
Précisons que cette décision insolente intervient après plusieurs rapports très explicites des Chefs de mission diplomatique européens dans les territoires palestiniens alertant sur la destruction des bases d’un futur État palestinien par la colonisation systématique de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est. Elle intervient aussi après l’adoption, le 14 mai dernier, d’une résolution très ferme du Parlement européen qui insistait « pour que l’engagement pris par Israël de respecter ses obligations au titre du droit international en matière de droits de l’homme et du droit humanitaire international à l’égard de la population palestinienne soit pris pleinement en considération dans les relations bilatérales de l’UE avec ce pays. »
On attend les explications des autorités françaises. On espère aussi que Paris, qui exerce pour deux mois la présidence du Conseil de sécurité des Nations Unies, saura prendre ses responsabilités sur ce conflit central du monde actuel.
« L’EUROPE REORIENTEE » SELON FRANÇOIS HOLLANDE
« L’Europe a été réorientée comme il convient » a osé François Hollande à l’issue du Conseil européen des 28 et 29 juin dernier!Il a estimé que ce sommet avait permis d’aboutir à la « renégociation » du traité de discipline budgétaire qu’il souhaitait.Cette posture est un très mauvais service rendu à la gauche.Pour une raison simple,mais fondamentale:elle trompe les gens sur la réalité des mesures décidées et prépare de graves désillusions dont risquent de profiter les pêcheurs en eaux troubles de la droite et de l’extrême droite.Rétablir la vérité auprès des citoyens est un impératif catégorique pour éviter ce scénario-catastrophe.
A propos du traité « renégocié »,tout d’abord.Une seule ligne a-t-elle été modifiée au « traité Merkozy »,qui vise à graver dans le marbre la conception la plus rigide de l’austérité et du contrôle des politiques budgétaires et économiques nationales? Non.La doctrine allemande,ou,plus précisément,celle de la classe dirigeante du pays dominant la zone euro,a été validée à la virgule près.Le fait qu’ait été adopté et publié par ailleurs (…en annexe aux conclusions du Conseil européen) le fameux « pacte de croissance »ne change rien à la nature hyper restrictive et autoritaire du traité en question.Une majorité de gauche ne doit pas ratifier un tel texte!
Une deuxième question à l’ordre du jour de ce Conseil européen appelle clarification:la portée réelle de ce « pacte de croissance ». Les mesures prévues dans ce cadre (120 milliards d’investissements dans 27 pays ) constituent-elles une avancée?Tout dépend des critères d’utilisation de cet argent: création d’emplois et de richesses socialement utiles ou investissements financièrement les plus rentables ? Il faudra suivre de près ces opérations et intervenir sur les choix à opérer. Mais,en tout état de cause,ces mesures (dont le principe était d’ailleurs acquis depuis janvier 2012) laissent entier le problème numéro un de l’Europe en crise: le pouvoir exorbitant laissé aux marchés financiers. « Réorienter l’Europe » passe nécessairement par la transformation des missions de la Banque centrale européenne (BCE): son pouvoir de créer de la monnaie (donc de l’argent) sans recours aux marchés des capitaux ne doit plus bénéficier qu’aux seules banques privées,mais aux Etats membres eux-mêmes. Ceux-ci doivent pouvoir placer leurs titres de dette auprès de la BCE à un taux proche de zéro % et bénéficier également de sa part de prêts très favorables pour financer des projets de création d’emplois ,de développement social et environnemental,de services publics. Voilà le vrai tabou à faire sauter! Une France de gauche se grandirait à prendre la tête de cette bataille-là,pour changer vraiment l’Europe.
Il est enfin une troisième décision du Conseil européen de fin juin sur laquelle il est crucial d’attirer l’attention du « peuple de gauche »: c’est le lancement du processus devant aboutir, étape par étape,au « saut fédéral » de l’UE.Après la centralisation de la politique monétaire,puis budgétaire,puis économique,c’est l’idée d’une tutelle de la BCE sur l’ensemble des institutions bancaires de la zone euro qui vient d’être entérinée à Bruxelles.Madame Merkel pense déjà au stade ultime de cette vision:l’intégration politique. Les « marchés » applaudissent. François Hollande évacue le problème par une de ces pirouettes qu’il affectionne: » l’intégration autant qu’il est nécessaire;la solidarité autant qu’il est possible ».Un enjeu démocratique de cette importance mérite non une position évasive,mais une confrontation d’idées franche . Le débat européen à gauche ne fait que commencer.




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