Posts filed under ‘Humanité Dimanche’
L’autre événement majeur de Katyn
Ce n’est pas manquer de respect à la mémoire de l’ancien président polonais et des 95 autres victimes de la tragique catastrophe aérienne de Smolensk que de revenir aujourd’hui sur quelques vérités que la plus légitime des émotions ne doit pas faire oublier.
Et d’abord, pourquoi avoir organisé cette cérémonie à Katyn le 10 avril alors qu’un hommage extraordinaire venait d’être rendu dans ce même lieu, trois jours plus tôt, aux 22 000 officiers polonais massacrés par la police secrète de Staline en 1940 ? C’est que Lech Kaczynski avait en horreur non seulement les deux protagonistes de l’initiative historique du 7 avril – le premier ministre russe et son homologue polonais –, mais la conception même de leur acte hautement symbolique : « Régler les blessures du passé » et normaliser les relations entre les deux pays en tournant spectaculairement la page d’un énorme mensonge d’État – côté russe – et d’un profond traumatisme national – côté polonais. L’intégrisme réactionnaire de l’ancien président s’accommodait mieux du souvenir des douleurs passées que de l’espoir d’un avenir plus serein et trouvait plus d’attrait à un immuable « ennemi héréditaire » qu’à une réconciliation inattendue. Voilà pourquoi il projetait une contre-cérémonie, quitte à désavouer de fait le chef de son propre gouvernement. Lire la suite
Chronique d’un scandale européen
Décembre 2009 : les «agences de notation» livrent la Grèce aux vautours des marchés financiers en dégradant sa « note ». Les grands argentiers européens accablent aussitôt le faible pour rassurer les puissants : un super-plan d’austérité est imposé à la Grèce. Athènes se plie aux injonctions et présente un plan d’économies drastique. Pourtant, « l’aide » n’arrive pas. Nouvel espoir le 11 février : Nicolas Sarkozy annonce qu’Angela Merkel et lui-même allaient « soutenir la Grèce et son plan». Sans suite. 3 mars : pressé par Bruxelles de décider des « mesures additionnelles » pour répondre aux doutes persistants des «investisseurs», le gouvernement Papandréou s’exécute. Mais d’aide, point.
25 mars : le Conseil européen finit par adopter un « plan de sauvetage » de la Grèce. En fait, il espère que sa seule déclaration suffira à rendre confiance aux « investisseurs ». L’accord ne prévoit des financements qu’« en dernier ressort », si les États membres de la zone euro le décident à l’unanimité, et seulement après évaluation de la situation par la Commission européenne et la Banque centrale. En tout état de cause, il s’agirait de « prêts bilatéraux » de chaque État et à un taux supérieur à la moyenne de la zone euro pour ne pas encourager le laxisme ! Enfin, le Fonds monétaire international, outre l’envoi d’« experts » sur le terrain, devra participer au « sauvetage » financier. On en a froid dans le dos. En attendant, l’Europe continue de laisser un pays meurtri se débattre contre les « investisseurs » qui lui imposent désormais des taux d’intérêt jusqu’à 150 % plus élevés que ceux offerts a l’Allemagne – pays à la fois le plus riche et le plus rétif à toute aide effective. La Grèce est dès lors enfermée dans un piège : plus elle a de difficultés, plus l’argent emprunté coûte cher, et plus l’argent coûte cher, plus elle a de difficultés ! Cela ne peut durer.
11 avril : les argentiers de la zone euro, par crainte d’un effet de contagion, sont acculés à bouger. Ils précisent enfin les conditions de leur « aide » à la Grèce. Comme prévu, les 30 milliards d’euros mis à disposition pour 2010 seront prêtés sur trois ans à un taux d’intérêt de l’ordre de 5 %. Ce taux, très au-dessus du taux moyen du marché dans la zone euro, permettra aux généreux prêteurs de gagner beaucoup d’argent dans l’opération ! Rappelons qu’une tout autre solution était possible en court-circuitant les marchés : ainsi la Banque centrale européenne prête-t-elle aux banques tout l’argent qu’elles désirent à… 1 % ! Mais les traités européens lui interdisent formellement d’accorder des prêts aux États membres !
Un comble : le prêt complémentaire concédé à la Grèce par le Fonds monétaire international sera accordé à un taux sensiblement plus avantageux que celui des « partenaires » de la Grèce dans la zone euro !
Tout un symbole… La sévérité européenne a, selon Jean-Claude Junker, président de l’Eurogroupe (les ministres des Finances de la zone euro), une sorte de vertu pédagogique. Elle vise à « encourager (la Grèce) à retourner le plus rapidement possible à un financement normal sur les marchés », autrement dit à mener une politique économique et sociale susceptible de regagner « la confiance des investisseurs ».
Il aura donc fallu quatre mois pour que les principaux décideurs de la zone euro mettent concrètement au point ce laborieux mécanisme, payé au prix fort par le peuple grec. Quand on pense à la rapidité avec laquelle ces mêmes États avaient secouru les banques et au volume des crédits alors mobilisés, on mesure la place respective des institutions financières et des peuples dans l’ordre des priorités des principaux dirigeants européens.
La Grèce est-elle au moins sauvée à présent ? Pour beaucoup d’économistes, notamment outre-Atlantique, les plus grands doutes sont de mise. Dans les jours qui viennent, les marchés scruteront de près le verdict des « agences de notation ». En l’espace de quatre mois, ce véritable scandale aura cruellement révélé jusqu’à quelles extrémités peut conduire le fait de toujours différer l’incontournable : changer l’Europe !
Chronique pour l’H.D.
15/04/2010
DESARMEMENT NUCLEAIRE : UNE RELANCE BIENVENUE
La signature, ce 8 avril, à Prague, du nouveau Traité START (Stategic Arms Reduction Treaty) par le Président des Etats-Unis et son homologue russe est un acte prometteur.
Quiconque milite pour la réduction et le contrôle des armes nucléaires en vue de leur abolition ne peut rester indifférent à la décision des deux principales puissances concernées – qui réunissent à elles seules plus de 90% des armes atomiques existantes -de réduire d’un tiers leur arsenal respectif, d’accepter des vérifications réciproques et d’engager des échanges de données stratégiques !
On est évidemment encore loin du « monde sans armes nucléaires » que Barak Obama appelait de ses vœux il y a un an dans son fameux discours…de Prague! Mais ce dégel ouvre une période nouvelle. Le dernier accord de ce type remonte à… 1991 ; or, le calendrier de réduction des armes stratégiques adopté par les USA et l’URSS de l’époque était arrivé à expiration en décembre dernier. Il est désormais prolongé et amélioré. Ce n’est pas rien.
Plus généralement, cette relance du désarmement nucléaire est bienvenue car elle laisse espérer une nouvelle donne dans un domaine-clé pour la sécurité de la planète. Le règne de George W. Bush tenait, à cet égard, du cauchemar : installation du « bouclier antimissile « rompant dangereusement les équilibres stratégiques, dénonciation unilatérale du très emblématique traité ABM sur la limitation des missiles balistiques, doctrine stratégique très agressive n’excluant pas le principe d’une utilisation de l’arme atomique contre des pays qui ne la détiennent pas, projet de mise au point de « mini-bombes » atomiques conçues pour être employées sur le terrain… Il n’est pas insignifiant de constater que la nouvelle Administration américaine affirme vouloir tourner cette page noire de l’Histoire contemporaine et commence à concrétiser ses nouvelles orientations.
Ce nouveau cours valide tous les efforts accomplis, des années durant, par les militants de la paix. Mieux : il appelle une relance du combat pour le désarmement nucléaire. C’est d’autant plus souhaitable que les obstacles à la réalisation effective des intentions affichées par le Président américain sont réels et les limites de l’étape actuelle de ce nouveau processus nombreuses. L’obstacle le plus évident est l’indispensable ratification de ce Traité par une majorité des deux-tiers du Sénat américain, soumis aux pressions de l’armement atomique. Il devra, en particulier, revenir sur son refus spectaculaire, en 1999, de valider le traité international d’interdiction complète des essais nucléaires. Quant aux limites du document de Prague, elles ne sont pas négligeables. Celui-ci laisse notamment dans le flou l’avenir de la défense antimissile des Etats-Unis : que viendra remplacer le « bouclier » maudit projeté par G.W. Bush ? Autre question de taille: quand va-t-on, parallèlement à la réduction des armes nucléaires « stratégiques » (de portée supérieure à 5000 km), s’attaquer aux armes « tactiques »(de portée inferieure) ?
Une gauche digne de ce nom a le devoir d’inscrire ces enjeux vitaux à son agenda. En particulier dans les pays détenteurs de l’arme nucléaire – France comprise. Une double occasion de le faire va se présenter sous peu. Dès le 12 avril prochain, le Sommet sur la sécurisation des armes nucléaires doit réunir 44 pays. Et surtout, en mai, aura lieu la Conférence d’examen du Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP). Cette Conférence – qui se tient tous les cinq ans pour permettre aux Etats signataires du TNP d’évaluer sa mise en œuvre – se présente à ce jour sous des auspices peu encourageants, tant la crédibilité de ce texte-phare signé il y a 40 ans par 189 pays est aujourd’hui en question. Dans ce contexte, MM Obama et Medvedev ont pris des initiatives. Que vont faire la France, la Grande-Bretagne et l’Union européenne elle-même ? Cela vaut la peine d’y revenir.
.
![B-61_bomb_rack[1]](https://franciswurtz.net/wp-content/uploads/2010/04/b-61_bomb_rack1.jpg?w=455&h=305)




Commentaires récents