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68 ANS APRES HIROSHIMA: « ARRETEZ LA BOMBE ! »

Quand des acteurs de la « société civile » du monde entier s’engage pour un enjeu de civilisation comme le désarmement nucléaire, ils méritent qu’on les salue! C’est le cas du réseau international des « Maires pour la paix » , présidé par le premier magistrat de la ville-martyr d’Hiroshima, Kazumi Matsui. Sa ville vient d’accueillir, à l’occasion du 68ème anniversaire de la tragédie des 6 et 9 août 1945 (1), la huitième Conférence organisée par l’association depuis sa création en 1985. Une initiative heureuse à plus d’un titre.

D’abord, il n’est pas indifférent qu’un événement de cette nature ait lieu au Japon en ce moment. Le nouveau Chef du gouvernement de Tokyo, le très conservateur , Shinzo Abe,  a, en effet, décidé de flatter les milieux les plus nationalistes de l’empire du soleil levant en annonçant sa volonté de réviser la Constitution du pays jugée trop pacifiste. De fait, la loi fondamentale d’après-guerre impose au Japon de « renoncer à jamais à la guerre ainsi qu’à la menace ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux ». On mesure la portée politique et symbolique de l’amendement de cet « article 9 » tant honni des milieux militaristes nippons ! Le vice-Premier ministre en a du reste illustré les dérives possibles en déclarant incidemment: « La Constitution de l’Allemagne de Weimar a été discrètement remplacée par celle de l’Allemagne nazie. Pourquoi ne pas s’inspirer de leur tactique ? « …Un grand rendez-vous international pour la paix à Hiroshima est, dans ce contexte, particulièrement bienvenu.

Ensuite, cette Conférence a pour mérite de rappeler solennellement l’incommensurable danger que représente,dans un monde aussi instable, la persistance de ces armes nucléaires dont la puissance cumulée représente aujourd’hui des centaines de milliers de fois celle qui suffit hier à anéantir Hiroshima ou Nagasaki, et dont la détention anachronique par une dizaine de pays favorise inévitablement la prolifération.

Aussi est-il hautement salutaire que des élus des cinq continents fassent leurs les cris d’alarme répétés au sujet de la terrifiante spécificité de ces armes « du fait de leur pouvoir de destruction, des souffrances humaines indicibles qu’elles causent,de l’impossibilité de maitriser leurs effets dans l’espace ou le temps, des risques d’escalade qu’elles comportent et de la menace qu’elles constituent pour l’environnement, les générations futures et de la survie même de l’humanité » (2) et relaient auprès des citoyennes et des citoyens cette exigence à faire grandir à tout prix auprès des dirigeants concernés: « arrêtez la bombe! » (3) C’est naturellement là l’intérêt direct de la récente rencontre d’Hiroshima:  encourager le développement de cette coopération inédite entre plus de 5600 villes et communes de 156 pays sur un sujet de dimension hautement politique, voire anthropologique. La France -puissance nucléaire, donc directement concernée- est présente dans ce réseau depuis 1997, avec une bonne centaine de collectivités. Nombre de villes d’autres pays européens -Allemagne, Belgique, Italie, Espagne, République tchèque…- y tiennent également leur place. Mais on peut mieux faire !

Dans le prolongement des « lanceurs d’alerte » lucides et courageux que furent les Einstein, Oppenheimer ou Joliot-Curie, et à l’instar d’un Albert Camus qui écrivit deux jours après le bombardement d’Hiroshima : « la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie », souhaitons que beaucoup d’autres maires viennent renforcer cette chaîne généreuse et responsable pour le désarmement nucléaire et pour la paix.

———–
(1) Les bombardements atomiques des villes d’Hiroshima et de Nagasaki par l’armée des Etats-Unis. Le site du réseau est:  http://www.afcdrp.com
(2) Déclaration du Comité International de la Croix-Rouge (Oslo-mars 2013)
(3) Titre d’un ouvrage de Paul Quilès, du Général Norlain et de Jean-Marie Collin sur le désarmement nucléaire. (Cherche-Midi éditeur 2013)

8 août 2013 at 5:43 3 commentaires

LA TRIPLE LEÇON D’ILAN HALEVI

wurtz-l-humanite-dimanche            Notre ami Ilan Halevi vient de nous quitter, lui, le décrypteur si éclairant de l’ « Orient compliqué », alors que la région est secouée par d’inextricables bouleversements qui risquent d’émousser des repères essentiels à la compréhension des enjeux. La tragédie syrienne, le fiasco irakien, le jeu pervers des monarchies du Golfe, les espoirs et les craintes liés à la révolution égyptienne, les interrogations sur une possible nouvelle donne en Iran…retiennent toute l’attention internationale. C’est compréhensible et légitime. Pour autant, il serait dangereux de laisser reléguer au second plan le problème palestinien et, par là même, dissiper la responsabilité centrale des dirigeants israéliens dans la déstabilisation du Moyen Orient. Il faut donc s’efforcer de remettre cet enjeu, structurant s’il en est, à la place qui lui revient sur l’agenda international. Les progressistes peuvent y contribuer dans le débat d’idées en cours.

C’est dans cet esprit que je crois pertinent de saluer la mémoire d’Ilan Halevi en rappelant une triple leçon très actuelle que j’ai personnellement retenue de mes rencontres avec ce militant infatigable, qui fut,en même temps, un intellectuel très raffiné.

D’abord, n’analysons jamais le conflit israélo-palestinien en termes religieux, mais politiques,  soulignait celui qui se disait à la fois « 100% juif et 100% arabe » ! Le problème à résoudre ne relève ni d’une confession ni d’une « ethnie », mais du droit international: mettre fin à l’occupation et à la colonisation. Tout le reste n’est qu’échappatoire.

Une autre idée sur laquelle insistait celui qui fut,trente ans durant, un conseiller de Yasser Arafat, est la nécessité de reconstituer une unité nationale palestinienne, afin d’organiser des élections légitimes, de « partager démocratiquement le pouvoir » et de constituer un interlocuteur international reconnu. Ce choix stratégique relève naturellement des Palestiniens eux-mêmes. Notons cependant que ce sont les dirigeants américains et européens qui, obéissant aux consignes de Tel Aviv, ont fait capoter en 2006 le seul gouvernement d’unité nationale qui ait pu voir le jour , en refusant de le reconnaitre malgré l’insistance du Président Abbas. Aussi faut-il mettre en garde contre toute reproduction d’une pareille faute si une nouvelle opportunité d’unité nationale palestinienne devait se présenter dans un avenir proche.

Cela nous conduit à une troisième idée chère à Ilan: que l’Union européenne (UE) « rompe avec sa complaisance » à l’égard des dirigeants israéliens tant qu’ils torpillent toute chance de solution juste et durable au conflit.O utre que c’est un devoir élémentaire de l’UE de défendre la stricte légalité internationale (des dizaines de résolutions des Nations Unies sont bafouées par Israël), sa pratique de l’impunité à l’égard de l’occupant des territoires palestiniens voue durablement à l’échec ses propres tentatives répétées de mettre sur pieds une « Union euro-méditerranéenne ».

Une bonne voie à suivre pour relancer le débat et le combat pour les droits du peuple palestinien est de mobiliser l’opinion en faveur de la libération des prisonniers palestiniens en Israël, et particulièrement du plus emblématique d’entre eux, Marwan Barghouti. Ilan Halevi comptait, il y a peu,  se rendre à Jérusalem dans ce but. La maladie l’en a empêché.  Continuons son engagement!

18 juillet 2013 at 5:29 Laisser un commentaire

UNE EUROPE AMERICAINE ?

wurtz-l-humanite-dimanche    Les révélations effarantes de l’ex-collaborateur de l’Agence américaine de sécurité nationale (NSA), Edward Snowden, au sujet du programme de surveillance d’internet,PRISM, des activités de surveillance de tous les moyens de communication à travers l’Europe et de la mise sur écoute de dirigeants et de diplomates de nombre de nations « amies » nous donnent l’occasion de nous rappeler la copieuse série de scandales de ce type -mais chaque fois plus graves- qui émaillent l’histoire récente des relations USA-Union européenne.

En 1999 (donc avant l’attentat du 11 septembre 2001, toujours invoqué pour justifier la paranoïa américaine en matière de « renseignement »), on découvre l’existence du réseau de surveillance planétaire Echelon sous l’égide , déjà, de la NSA. Plus exactement, on apprend alors que ce système, mis en place aux temps de la guerre froide pour espionner « l’ennemi commun de l’Occident », a été, par la suite, réaffecté à la surveillance …des Alliés! Le Parlement européen (PE) se saisit de l’affaire, enquête, consulte, mais les (timides) conclusions de son rapport publié en…mai 2001 disparaissent, quatre mois après, dans les ruines du World Trade Center.

En 2004, l’UE négocie avec Washington un accord au terme duquel les données personnelles des passagers (appelées PNR) à destination des Etats-Unis ou prévoyant de survoler leur territoire seront transmises aux autorités américaines. Le problème est qu’ outre -Atlantique, la législation est notoirement moins protectrice que dans l’UE pour les données personnelles. Qu’à cela ne tienne: la Commission assure que le niveau de protection obtenu des Américains est « adéquat ». Aussitôt saisie par le PE, la Cour européenne de Justice annulera cet accord -fait rare- en 2006 ! Un accord , un peu plus protecteur, sera conclu en 2007 pour sept ans.

En 2006, nouveau scandale: on apprend, stupéfaits, que les Etats-Unis disposent depuis cinq ans des données bancaires des citoyens européens, dans le cadre de leurs enquêtes internationales sur le financement du terrorisme. Là encore, le PE adopte , en 2007, une directive acceptant cette pratique mais visant à l’ « encadrer ». Il tente d’améliorer le texte en 2010, mais, de l’aveu même du Contrôleur européen des données, Peter Hustinx, « Cet accord permet de transmettre (au Trésor américain) beaucoup plus d’informations que nécessaire »!

Le double point commun à toutes ces affaires est l’affirmation sans scrupule de la suprématie américaine et la confirmation sans vergogne de la soumission européenne.  » Susan Rice, la conseillère à la sécurité du Président Obama, vient tout juste de rappeler au monde que son pays est « le plus puissant, le plus influent, le plus important, la plus grande économie, la plus grande puissance militaire » sans oublier ses « valeurs », of course ! Alors,pourquoi se gêner? D’autant que, en Europe, ne manquent ni les « chevaux de Troy » qui s’assument -Grande-Bretagne (ouvertement co-organisatrice du système d’espionnage!); Autriche;  pays d’Europe de l’Est…- ni les « indignés » d’un jour qui finissent toujours par s’aligner (suivez mon regard…) Même l’Allemagne ne s’est pas offusquée plus que cela d’être classée par la NSA « partenaire de troisième zone » ni d’apprendre que sa Chancelière était sur écoute ! Il est vrai que la Stratégie européenne de sécurité stipule depuis 2003 que : « En agissant ensemble, les Etats-Unis et l’Union européenne peuvent représenter une formidable force au service du bien dans le monde. « Ben voyons!

11 juillet 2013 at 7:19 Laisser un commentaire

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