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Cet été, le meilleur aura côtoyé le pire en matière de gestion des affaires du monde. L’événement positif et prometteur est naturellement l’aboutissement des négociations avec l’Iran. L’accord de Vienne ne fait certes pas de l’Iran une démocratie, pas plus qu’il ne règle à lui seul les problèmes d’un Moyen Orient devenu incandescent . Mais il crédibilise une méthode -la négociation- et engage un processus -la coopération pour une paix durable- dont le monde manque cruellement depuis le début de ce siècle ! Depuis quand, en effet, a-t-on vu s’accorder sur un sujet aussi crucial et aussi sensible les Etats-Unis, la Russie, la Chine et l’Union européenne , et s’exprimer la satisfaction et le soulagement de la quasi-totalité de la communauté internationale, à la notable exception du gouvernement israélien, qu’indispose toute baisse de tension dans la région ? Ce type de règlement politique d’un conflit est si évidemment favorable à la paix qu’il devient très difficile à tout acteur de la scène internationale qui se veut respectable de le bouder. A preuve : même l’Arabie Saoudite, pourtant grand rival de Téhéran, l’a accueilli positivement. On ne peut que s’en réjouir. Puisse ce succès historique connaître à présent des prolongements dans tous les foyers de tensions et de guerre -de la Syrie à l’Ukraine- où s’opposent , par « partenaire » interposé , les puissances qui ont su coopérer efficacement sur le dossier iranien !
À contrario de cette démarche positive à encourager, cet été nous aura, malheureusement, aussi (re)donné à voir le terrible fiasco de la gestion d’un autre enjeu vital des relations entre les peuples du monde : les migrations ! « Les pays d’arrivée des migrants ne peuvent se transformer en entrepôts d’âmes humaines et la Méditerranée en cimetière » a alerté Alexis Tsipras , en fustigeant les pays européens « qui refusent le principe de solidarité »sur la question des migrants . Son pays en crise profonde n’est pas en mesure de gérer seul l’accueil des 124 000 (!) réfugiés arrivés sur les îles grecques durant le premier semestre 2015 ( sept fois plus qu’en 2014 !) . Tant que régneront de par le monde la misère, l’oppression et la guerre, ce phénomène ne fera que s’accentuer . Il faut donc à la fois agir sur les causes , et, sans attendre, en assumer les conséquences . Or, les drames de Calais , tout comme la multiplication des naufrages en Méditerranée ont beau apporter pour la énième fois la preuve -évidente pour tout être censé- que rien n’empêchera ces personnes , mues par l’énergie du désespoir, de tenter le tout pour le tout pour atteindre les rivages d’une région plus enviable que la leur, les « solutions » avancées par nombre de responsables politiques s’enfoncent dans une impasse, aux conséquences de plus en plus effroyables. Pour François Hollande, « nous devons tout faire pour qu’ils évitent de venir jusqu’à nous »! L’ ex-ministre sarkozyste Xavier Bertrand préconise, lui, un « blocus maritime tout près des côtes libyennes pour empêcher jusqu’à un million de personnes qui veulent quitter l’Afrique de se rendre en Europe » !! Toute cette pédagogie irresponsable , glissant du discours sécuritaire au racisme et à la xénophobie , sape toute culture de l’accueil des réfugiés et banalise toujours plus la surenchère FN (« Des frontières et des charters ! » éructe Philippot) . On a froid dans le dos en imaginant l’avenir que nous préparerait le maintien durable de cet aveuglement, tant sur les causes de cet exil forcé -auxquelles ces mêmes dirigeants ne sont pas étrangers !- que sur les perspectives monstrueuses qu’ouvrirait à l’humanité cette mentalité de la « forteresse assiégée ». Le choix est désormais entre le sursaut et la barbarie.
20 août 2015 at 6:38
Le Président turc est engagé depuis deux semaines dans une aventure criminelle de très grande envergure. Et il bénéficie pour accomplir son forfait du soutien explicite des Etats-Unis et de l’OTAN , comme de l’incroyable « laisser-faire » des Etats européens, dont la France. Un cri d’alarme s’impose de toute urgence !
Tout d’abord, Erdogan vient de prendre la décision totalement irresponsable de mettre fin aux pourparlers de paix entamés depuis 2013 entre Ankara et le leader historique du PKK , Abdullah Öcalan . Celui-ci ,emprisonné et isolé depuis plus de quinze ans, avait appelé les combattants de son organisation à cesser le feu et à quitter la Turquie avec leurs armes. Fort de son autorité, il avait obtenu gain de cause auprès de la majorité de ses partisans. La contrepartie devait être l’arrêt de la répression et la reconnaissance progressive des droits du peuple kurde. La poursuite des violences policières et militaires et l’absence de résultats significatifs -toujours reportés dans la perspective de l’élection présidentielle de 2014, puis de celle du scrutin législatif de 2015- ont alimenté d’évidentes frustrations parmi la jeunesse kurde. La paix ne tenait que grâce aux appels répétés d’Öcalan à « rester patients » et à « garder espoir » dans les négociations en cours . C’est dans ce contexte qu’est intervenu le grave revers électoral d’Erdogan, le 7 Juin dernier : pour la première fois, un parti « pro-kurde » entrait comme tel (et en force ! ) au Parlement , privant l’aspirant-dictateur de sa majorité absolue, à plus forte raison de la majorité renforcée qu’il espérait pour établir un régime présidentiel. Le « sultan » mégalomane a donc dû partir à la recherche d’un partenaire de coalition. Sans succès à ce jour. Dès lors, se préparant à des élections anticipées, et prêt à tout pour les gagner, Erdogan s’est lancé dans une campagne ultra-nationaliste . Dès lors, plus question de laisser planer le moindre espoir d’une reconnaissance des droits des Kurdes !
Ce crime contre la démocratie se double d’un crime contre la paix. Car, cette politique du pire porte en elle l’immense danger d’une reprise de la guerre civile qui a déjà coûté 45 000 vies humaines et trente années de malheur ! Or, Erdogan s’engouffre dans cette sanglante impasse. Sa cible privilégiée n’est autre que le principal partisan d’une solution politique (et non militaire) du problème kurde : Selahattin Demirtas, le jeune et brillant co-président du nouveau parti progressiste HDP qui a réussi, lors du scrutin du 7 Juin dernier, à rassembler non seulement la majorité des Kurdes mais nombre de démocrates turcs sur un programme résolument anti-nationaliste et pacifique. En tentant d’écarter Demirtas -celui-là même qui s’évertue à réduire les tensions en soulignant à l’adresse des militants kurdes exaspérés que « le sang ne peut être lavé par le sang »- et en redoublant de violence contre le peuple kurde, le tyran d’Ankara apporte la preuve qu’il préfère un conflit meurtrier qui lui assure les pleins-pouvoirs à une démocratie apaisée qui l’obligerait à respecter les droits de chacune et de chacun.
Enfin, en plus de mettre gravement en péril la démocratie et la paix en Turquie même, Erdogan torpille la lutte , unanimement saluée, des Kurdes dans la Syrie voisine contre le terrorisme de l’ « Etat islamique ». Après avoir refusé tout soutien aux combattants et combattantes kurdes de Kobané dans leur résistance héroïque -et efficace !- à Daech , puis pactisant notoirement avec les djihadistes, Erdogan cherche ouvertement à empêcher les Kurdes de Syrie de libérer leur région, allant jusqu’à faire bombarder l’un de leurs villages ! Il faut d’urgence arrêter le bras de cet incendiaire. On ne peut , pour cela , compter sur Washington , qui lui a donné , au contraire, son scandaleux et absurde feu vert. Quand Bruxelles, Berlin et Paris se décideront-ils à réagir ?
6 août 2015 at 6:32
Dans son allocution du 14 Juillet dernier, François Hollande a relancé l’idée d’un « gouvernement économique » de la zone euro et annoncé l’élaboration à ce propos d’un « document partagé avec nos amis allemands ». La première réaction de la plupart des commentateurs à cette déclaration -intervenue au lendemain du diktat scélérat imposé par le pouvoir de Berlin à la Grèce- fut d’ironiser sur la resucée d’une proposition déjà maintes fois évoquée sous différentes formes depuis François Mitterrand. Je suggèrerai, à l’inverse, de prêter une grande attention à cette annonce, d’exiger sans retard des éclaircissements précis sur la substance du projet en question, et d’engager , en tout état de cause, un débat public sur le fond des enjeux qui pourraient bien se cacher derrière cette réforme d’apparence anodine.
En effet, un premier « détail » devrait nous alerter. Longtemps, il s’agissait d’une idée spécifiquement française, dont le gouvernement allemand ne voulait pas entendre parler, car il y voyait la volonté, prêtée à Paris, d’instituer une instance politique permettant de faire contre-poids à la Banque centrale européenne. Puis, début 2010, à la surprise générale, la Chancelière reprît l’idée à son compte… mais en en précisant , quant à elle, sans ambiguïté le contenu qu’elle entendait lui donner . Un spécialiste du sujet le résume en ces termes : « un renforcement des règles de discipline budgétaire associé à la mise en place de mécanismes de contrôle plus automatiques » (1) . Une conception aussitôt agréée par la France et tous ses partenaires de la zone euro puisqu’elle a inspiré la mise en place d’une première étape de ce pseudo « gouvernement européen »: à savoir les dispositions obligeant chaque Etat membre à soumettre chaque année à Bruxelles son projet de budget avant son examen par le parlement national. On a quelques sueurs froides à imaginer les étapes suivantes d’un tel processus et leurs effets sur la souveraineté populaire dans chaque pays . Surtout après la traumatisante expérience que vient de subir le peuple grec !
L’affaire est à prendre d’autant plus au sérieux que le Président de la République a cru utile de compléter ses « propositions » par l’idée de créer au sein de la zone euro « une avant-garde », c’est-à-dire un petit groupe très intégré de pays -dont le noyau serait naturellement constitué par le « couple franco-allemand »- et qui s’arrogerait le statut de leader de l’Union européenne . Or, cette notion n’est pas sortie du cerveau du Chef de l’Etat. Elle est défendue depuis plus de vingt ans par…Wolfgang Schaüble , le tristement célèbre ministre ultra-autoritaire d’outre-Rhin (2). François Hollande avait sans doute anticipé les craintes légitimes que cette référence susciterait parmi les forces démocratiques puisqu’il s’est senti obligé de préciser un peu plus tard (de façon très défensive) qu’il s’agissait , à ses yeux, « non pas (de) brider des peuples » mais de « donner à l’Europe des moyens d’action plus forts pour endiguer les crises »…
C’est bien là que le bât blesse : le « plus d’Europe » préconisé par les tenants du modèle actuel n’est rien d’autre qu’une fuite en avant dans le sens d’un fédéralisme autoritaire . Il s’agit de centraliser toujours plus le pouvoir européen pour vaincre les résistances des peuples -et, le cas échéant, la volonté de changement de certains gouvernements…C’ est l’irruption de Syrisa et la grande peur de la contagion , notamment en Europe du Sud , qui ont poussé les principaux dirigeants européens à relancer ce débat : un rapport sur le sujet a d’ailleurs été rendu public avant l’été par les présidents de la Commission, du Conseil, du Parlement européen , de l’Eurogroupe et de la Banque Centrale Européenne -excusez du peu ! Leur seul problème est la quasi-impossibilité de faire passer le nouveau traité que nécessiterait leur projet funeste . Ne leur laissons aucune chance : relançons le grand débat progressiste et solidaire sur « une autre Europe », autrement dit sa refondation .
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(1) Jean-François Janet, porte-parole d’EuropaNova dans « Questions et Entretien d’Europe » – Fondation Robert Schuman (10/10/2011)
(2) « Réflexions sur une politique européenne » – 1/9/1994 : ce document avait alors déclenché de vifs débats. La France ne l’avait pas soutenu.
30 juillet 2015 at 7:37
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