Posts filed under ‘Paix’

2005-2015 : LES ACQUIS ET LES DÉFIS DE LA GAUCHE

wurtz-l-humanite-dimancheC’est une sorte d’hommage du vice à la vertu : le dixième anniversaire de la victoire du NON au projet de traité constitutionnel européen a donné lieu à une multitude d’articles de presse, de sondages d’opinion, voire de savantes études. Manifestement, tous ces organes, hier engagés dans une virulente défense et illustration du OUI et jusqu’alors habitués à prendre de haut les minorités -fatalement incultes- qui osaient mettre en doute leurs certitudes , ne semblent toujours pas totalement remis du choc psychologique que représenta pour eux , le 29 mai 2005, cette sorte d’insurrection démocratique majoritaire faisant fi des conseils généreusement prodigués par les gourous de la pensée dominante.

Alors, cela donne par exemple ceci : « Parmi les électeurs du NON, 52% ont fait leur choix sur la base d’enjeux nationaux , notamment la position prise à l’époque par le président de la République, Jacques Chirac, et seulement 42% en fonction d’enjeux européens. A l’inverse, les électeurs du OUI ont été (…) 81% (à se déterminer) d’après les questions européennes  » (1) Comprenez :  » les « nonistes » sont primaires, l’Europe, ça les dépasse. Quand il y a un référendum, le peuple vote contre le pouvoir en place , sans s’occuper de la question posée ». Or, si l’on se reporte à l’étude qui a inspiré cette affirmation, on découvre que « la position à l’égard de Jacques Chirac » a motivé…10% des électeurs du NON contre 6% de ceux du OUI ! Ce que recouvre avant tout la catégorie « problèmes nationaux », c’est « la situation sociale en France » (55%), autrement dit un sujet étroitement corrélé à l’ « Europe libérale » que le NON entendait  précisément mettre en cause au profit d’une « Europe sociale ». (2)  Est-ce donc si dur, dix ans après, de reconnaître que la campagne de gauche en faveur d’une autre Europe fut une expérience de démocratie citoyenne sans pareille ? Et qu’en l’occurrence, les faits ont donné raison à ces citoyens , dûment informés des enjeux cachés dans les discours officiels ? Le problème serait-il que cette longue et riche campagne de débats ait démontré qu’on pouvait  être résolument « pour l’Europe » et radicalement opposé à celle que nous subissons ? C’est là , désormais, un acquis majeur que la gauche européenne a intérêt à faire vivre de façon très offensive.

La même question se pose aujourd’hui à l’échelle de toute une nation, gouvernement compris : la Grèce . Voilà un peuple et ses dirigeants qui, ensemble, font face à la ligue des puissants pour, tout à la fois, exiger la fin d’une politique insoutenable que « l’Europe » officielle leur impose et défendre leur droit de rester membres à part entière de l’Union européenne et de la zone euro, avec l’objectif d’agir pour les transformer . « C’est incompatible » leur répliquent  en substance ceux qui se voient comme les « patrons » . C’est « la capitulation ou la sortie! » menacent, à mots à peine couverts, les Schaüble et consorts. Faire échec à cet intolérable chantage est, aujourd’hui, un défi de premier ordre à relever par la gauche en Europe. Le week-end dernier, place de la République, à Paris, clôturant le magnifique « Forum européen pour les alternatives », Pierre Laurent l’a souligné en reprenant la formule chère à Alexis Tsipras, le Premier Ministre grec : « Dans l’Europe, il n’y a pas des propriétaires et des locataires . Nous sommes tous des copropriétaires « .

———
(1) Le Monde (29/5/2015)
(2) Il s’agit de l’étude de M. Yves Bertoncini -« Dix ans après le NON »- pour la Fondation Jean Jaurès, proche du Parti socialiste: une étude qui, par ailleurs , n’échappe pas à cette difficulté à reconnaître l’évidence concernant la signification et la portée du vote de 2005.

4 juin 2015 at 12:35 1 commentaire

UE-UKRAINE : LA VERITE SE FRAYE UN CHEMIN

wurtz-l-humanite-dimancheLa vérité se frayerait-elle son chemin à propos des responsabilités européennes dans la désastreuse crise ukrainienne ? Il y a un an et demi, nous étions souvent rangés du côté des « inconditionnels de Poutine » quand nous fustigions la politique de guerre froide menée par l’Union européenne ainsi que les illusions mensongères semées par certains de ses dirigeants en direction notamment du peuple ukrainien dans le cadre du « Partenariat oriental »!

Rappelons la question que nous posions alors : « Quel objectif stratégique motive-t-il les dirigeants européens dans leur empressement à attirer l’Ukraine dans l’orbite de l’UE, alors même qu’ils n’envisagent nullement de consentir aux investissements lourds qui seraient nécessaires pour répondre aux attentes, et encore moins d’intégrer dans l’Union un Etat de 45 millions d’habitants au bord du défaut de paiement ? Réponse: créer une « zone tampon » face à Moscou et réduire sensiblement l’influence de la Russie dans l’ancien espace soviétique et, par là même, en Europe et sur la scène internationale. Quitte à diviser l’Ukraine, voire à la déstabiliser; et au risque de provoquer sur le continent des tensions d’une autre époque. Cela ressemble fort à une grande manipulation . C’est tout le sens du « Partenariat oriental » – lancé en 2009 sur l’insistance des dirigeants polonais-  dont l’accord avec l’Ukraine devait être la pièce maîtresse » (1) .

Plusieurs milliers de morts plus tard, la stratégie aventureuse des dirigeants européens vient d’apparaître au grand jour à l’occasion du dernier Sommet du « Partenariat oriental » qui s’est tenu à Riga (Lettonie) les 21 et 22 mai 2015 avec pas moins de 25 Chefs d’Etat ou de gouvernement de l’UE ainsi que les représentants des pays « partenaires » de l’Est, au premier rang desquels l’Ukraine. « L’Union se retrouve sur la défensive », reconnaît « Le Figaro » , qui insiste sur le « coup d’arrêt » donné par les « 28 » aux « illusions » qu’ils avaient semées auprès des pays de l’ex-URSS (2).  En clair, ils viennent de doucher leurs « partenaires » de l’Est en leur annonçant que , contrairement à un mirage qu’ils ont laissé se répandre pour amadouer ces peuples désorientés, il n’est pas question qu’ils adhèrent à l’UE. « Le Sommet oriental de l’Union européenne a mis fin à une pratique qui, en diplomatie, peut avoir  ses mérites mais qui a aussi ses limites: l’ambiguïté constructive » note , pour sa part, et dans le style qui lui est propre, « Le Monde » .Celui-ci convient aujourd’hui, à propos de la stratégie européenne à l’égard des Ukrainiens, que « la catastrophe a été de leur suggérer (sic) qu’ils devaient choisir entre l’Union et la Russie ». Problème, selon notre fin analyste: l’idée du Partenariat oriental « s’est fracassée sur deux pénibles réalités auxquelles ses auteurs, dans leur naïveté, n’avaient visiblement pas pensé. (Re-sic !) La première a été l’opposition immédiate de Moscou. (…) L’autre a tenu à la manière qu’a pu avoir l’UE de laisser entendre aux impétrants qu’ils étaient des candidats potentiels à l’adhésion ». (3) Non seulement ces fausses promesses viennent-t-elles d’être très tardivement -et brutalement- démenties, notamment par Angela Merkel à Riga, mais les Ukrainiens découvrent qu « avec une récession qui frôle les 18%, l’économie ukrainienne est dans un tel état de délabrement qu’elle fait plutôt figure de repoussoir à l’égard de l’UE » estime un observateur bien au fait de la « vision » orientale des dirigeants européens (4) . Même la libéralisation des visas d’entrée dans l' »Union », qui paraissait acquise à l’Ukraine comme à la Géorgie à partir de 2016, restera finalement lettre morte.
Une tout autre « partenariat » avec nos voisins de l’Est est à construire de toute urgence ! Et d’abord avec l’Ukraine, vue comme une passerelle entre les deux grands acteurs du continent et non comme l’otage d’une bataille d’influence entre « l’Occident » et la Russie.
 ———-
(1) Voir Humanité Dimanche (23/12/2013)
(2) Voir Le Figaro (22/5/2015)
(3) Voir Le Monde (Editorial du 24/5/2015)
(4) Pierre Avril (Le Figaro du 22/5/2015)

28 Mai 2015 at 7:27 Laisser un commentaire

TRAGEDIES EN MÉDITERRANÉE ET RAPPORTS NORD-SUD

wurtz-l-humanite-dimancheNoël 1996 : 283 migrants trouvent la mort au large de la Sicile. Ce fut « le désastre le plus meurtrier en Méditerranée depuis la Seconde Guerre mondiale » (1) . Entre cette tragédie et celles qui viennent de s’y succéder, faisant plus de 1000 victimes en l’espace d’une semaine, ce sont l’équivalent de dix « 11 septembre » qui ont eu lieu aux portes de l’Union européenne. Et l’Organisation Maritime Internationale, qui dépend de l’ONU, prévient solennellement : sans changement de politique, 2015 risque de se solder par un nouveau et terrifiant record de disparus au large de nos côtes! Face à un tel défi de civilisation, les échappatoires sont inacceptables.

Dans un témoignage d’une grande force, notre amie Aminata Traoré , grande figure progressiste malienne et africaine en général, et Nathalie M’Dela-Mounier, soulignent avec raison: « C’est la nature de l’Europe qui est en question. La question n’est pas seulement de savoir si elle a fait assez et comment elle s’y prend  pour sauver des vies humaines en Méditerranée. Mais qu’a-t-elle fait et que fera-t-elle en amont dans les pays d’origine des candidats au départ?  » (2) A cet égard, on est stupéfait de n’entendre aucun responsable évoquer la lourde part de responsabilité de ceux qui, en Europe, on participé à la désastreuse guerre d’Irak ou pris l’initiative de l’irresponsable aventure militaire en Libye !

De même, on cherchera vainement un début d’autocritique de l’Union Européenne sur son acharnement à faire passer ses anciens « partenaires privilégiés » du Sud sous les fourches caudines de l’Organisation Mondiale du Commerce et des « Accords de Partenariat Économique » qui les privent de ressources vitales (droits de douane) et les exposent au grand vent de la concurrence des multinationales . « Pouvons-nous vraiment prendre la responsabilité de conduire l’Afrique (…) vers davantage de chaos sous couvert de respect des règles de l’OMC? » avertissaient des observateurs lucides il y a près de dix ans ! (3) Or, que peut-on lire dans les conclusions du dernier Sommet Europe-Afrique, qui s’est tenu il y a juste un an pour définir les priorités d’ici 2017, et à l’issue duquel les dirigeants des deux régions se déclaraient « particulièrement fiers de l’étendue et de la profondeur de leur partenariat » ! Au-delà des habituelles pétitions de principe sans rapport avec les orientations réelles, on y retrouve des références éloquentes:  « partenariats public-privé »; « zone de libre-échange »; « adhésion à l’OMC »; « Accords de Partenariat Économique »…

Le mal est donc beaucoup plus profond que ne le laisse entendre le discours officiel. Il faut naturellement agir avec détermination pour arracher une vraie politique européenne de sauvetage des migrants en danger!  Il faut, bien sûr, obtenir une politique de droit d’asile digne de ce nom à l’échelle des « 28 »! C’est le plus urgent.  Mais, au-delà, c’est bien toute la politique européenne vis-à-vis des pays du Sud que les tragédies en Méditerranée appelle à remettre en cause : la paix, la dignité et l’espoir d’un avenir meilleur passent par une priorité absolue à la promotion des capacités humaines et au développement sain de ces pays-partenaires à partir des richesses locales; par le transfert de technologies adaptées et les crédits à long terme; par une coopération de grande envergure dans la lutte contre le réchauffement climatique..! La « refondation » de l’Europe, c’est aussi cela.

——–
(1) Ferruccio Pastore, Directeur du Forum international de recherche sur l’immigration
(2) voir Humanité (24/4/2015)
(3) Jean-Claude Lefort : Rapport d’information, Assemblée Nationale, Juillet 2006.

30 avril 2015 at 7:08 Laisser un commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

mars 2026
L M M J V S D
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Archives

Catégories

Pages

Pages