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AUX CÔTÉS DU PEUPLE KURDE !
Kobanê : un nom à graver dans notre mémoire ! Jour après jour, des nouvelles de plus en plus alarmantes nous arrivent de cette ville kurde de Syrie, assiégée depuis deux semaines par les « djihâdistes » surarmés de l’ « État islamiste » (EI). À l’heure où ces lignes sont écrites, le pire est possible à tout moment dans cette ville, à l’instar des massacres perpétrés par ces monstres à Mossoul au mois de juin , puis à Sinjar, au Kurdistan irakien en août dernier.
Comme dans ces deux précédentes tragédies, la milice islamiste concentre aujourd’hui autour de Kobanê des milliers d’hommes et dispose dans la région d’une impressionnante artillerie lourde -y compris des tanks par dizaines!- récupérée sur l’arsenal (américain) abandonné par l’armée irakienne ,ou encore prise à l’armée syrienne, voire obtenue de ses parrains des pétromonarchies du Golfe ou du pouvoir d’Ankara , qui porte une lourde responsabilité dans le basculement du rapport de force en faveur des « djihadistes » syriens. Même les récents bombardements américains n’ont pas empêché l’EI de lancer des roquettes sur la ville à partir de collines avoisinantes.
Bravant cette flagrante disproportion des moyens militaires , les combattants et les combattantes du Parti de l’Union démocratique de Syrie (1) et de ses « Unités de protection du peuple de Rojava »( YPG ) mènent une résistance qui force l’admiration. Rien ne semble pouvoir les faire plier, pas même l’extrême cruauté de leurs assaillants . Selon la presse turque, 300 de ces combattants viennent d’être sauvagement humiliés en public avant d’être exécutés. 133 élèves et étudiants ont été enlevés en rentrant d’un examen sans que l’on sache ce qui leur est advenu. Des enfants ont été massacrés, des sympathisants du parti kurde crucifiés ! Des témoignages évoquent des décapitations : c’est le sort que l’EI a promis à tous les Kurdes qu’il capturerait !
C’est dans ce contexte que, répondant à l’appel lancé à tous les Kurdes , depuis sa prison, par le leader du PKK Öcalan , les combattants aguerris du ce parti affluent par centaines de Turquie, quitte à forcer le passage à la frontière entre les deux pays, pour prêter main forte à leurs frères du Rojava (Kurdistan de Syrie). Les combattants kurdes sont incontestablement le principal rempart contre le « djihadisme » : pour autant, PKK et YPG ne bénéficient à ce jour d’aucune aide occidentale, notamment en matière d’armements . Bien au contraire, le PKK figure toujours sur la liste des « organisations terroristes » aux États-Unis , et par mimétisme dans l’Union européenne ! Ajoutons à cela que les villes de la région de Turquie limitrophe de la Syrie dirigées par cette même famille politique (BDP-HDP) accueillent, pour leur part, des dizaines de milliers de réfugiés -kurdes, yésidis, arabes, assyriens, arméniens…- qui ont dû quitter le Kurdistan syrien pour échapper aux exactions de l’EI.
C’est dire qu’il est temps d’exiger de nos autorités qu’elles acceptent de regarder en face les réalités de terrain ! Et en particulier qu’elles traitent dorénavant les principales organisations du mouvement kurde , en Turquie comme en Syrie,sinon en alliés , du moins en partenaires indispensables à la construction d’une issue politique durable à l’actuelle déstabilisation dramatique du Proche Orient.(2)
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(1)Le PYD (Parti de l’Union Démocratique) , proche du PKK d’Öcalan, est le principal artisan de l’autonomie de Rojava (Kurdistan syrien constitué de trois cantons dont celui de Kobanê) proclamée en 2013.
(2) Pour en savoir plus sur le peuple kurde -35 millions de citoyens dans quatre États différents- , lire « La réponse kurde » de Sylvie Jan et Pascal Torre (Édition France-Kurdistan, 2014 : 8€ ).
LE CRÉPUSCULE DES « VALEURS » DE L’ OCCIDENT
« Nous avons le même rêve, celui (…) de créer un monde plus juste, plus sûr, plus humain » récitait , avec la conviction qu’on lui connaît , François Hollande devant Barack Obama , en février dernier à Washington. Cinq ans plus tôt, Angela Merkel avait, dans des termes voisins, entretenu le même rituel de la « gouvernance mondiale » sous l’égide de l’Occident, en glorifiant devant le Congrès des États-Unis la « base commune des valeurs (qui) rapproche et soude Européens et Américains : une vision commune de l’homme et de sa dignité inaliénable ». Il y a belle lurette que cette phraséologie convenue sonne creux. Mais l’état révulsant du monde en cette fin d’été la rend carrément insupportable . Retour sur quelques postures de dirigeants occidentaux dans la dernière période.
Face à l’effroyable agression israélienne contre Gaza, tout d’abord. Le soutien sans nuance à Nétanyahou du début devint rapidement intenable . »La situation ressemble un peu à ce que nous avons connu en Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale » rapporta le coordinateur général pour la Palestine de « Médecins du Monde », Owen Breuil ! (1) De son côté, la Haut-Commissaire des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme, Navy Pillay, alertait dès fin juillet sur la « forte possibilité » que les frappes aériennes israéliennes constituent des « crimes de guerre ». Quelle fut alors la réaction des puissances occidentales face à la décision du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU d’envoyer sur place une commission indépendante chargée d’enquêter sur « toutes les violations » du droit international commises ? Les États-Unis ont voté contre et les pays membres de l’Union européenne (France comprise) se sont abstenus ! On imagine l’avalanche de pressions exercées en sous-main sur le Président palestinien pour le dissuader de saisir la Cour pénale internationale au risque d’y faire condamner « la seule démocratie au Proche-Orient qui agit en toute légitimité pour protéger ses citoyens du terrorisme meurtrier » ( Benjamin Nétanyahou à propos de la Commission d’enquête de l’ONU )! Entretemps, le nombre des victimes civiles a quadruplé et 133 (!) écoles de l’ONU ont été endommagées par les bombes de la « démocratie » en question. Ce qui n’a empêché ni les États-Unis ni la Grande Bretagne de continuer à livrer des armes à Tel Aviv, comme l’a rappelé la Secrétaire d’Etat britannique démissionnaire, Sayeeda Warsi.
Plus généralement , ces mêmes puissances portent une terrible responsabilité dans la descente aux enfers de tout le Proche Orient . L’Irak connaît sa quatrième guerre en l’espace d’une génération. L’Occident a soutenu Saddam Hussein dans la première (contre l’Iran) avant de l’écraser puis de le supprimer dans les deux suivantes. Il a imposé au peuple irakien un embargo criminel avant de le « libérer » en 2003, jouant sur les communautarismes, détruisant l’Etat et plongeant le pays dans un épouvantable chaos dont nul ne connaît l’issue. Chez les « libérateurs », c’est le désarroi: le Premier Ministre , hier adoubé par Washington , est destitué; l’ Iran, naguère ennemi No 1 , est à présent sollicité pour prêter main forte aux combattants opposés aux « djihâdistes » qui prospèrent dans ce contexte. Quant à la Libye, trois ans après la « victoire de la démocratie » arrachée par la guerre franco-anglo-américaine , elle est livrée aux milices armées, tandis que les ex-champions de la « responsabilité de protéger les populations » (résolution du Conseil de sécurité d’ août 2011 autorisant la guerre ) déguerpissent en hâte, laissant le peuple sans défense face aux pilleurs et aux violeurs.
Heureusement pour l’image de tous ces apprentis-sorciers de l’ordre euro-atlantique , il y a l’Ukraine, où l’on retrouve à nouveau, comme au début de chaque conflit, les bons ( Ukrainiens loyalistes) et les méchants ( Russes et « pro-russes »)…Jusqu’où ? Un citoyen averti en vaut deux !
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(1) « Le pire conflit que j’aie vu » (Journal du Dimanche – 10/8/2014).




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