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LA LÉGION DU DÉSHONNEUR
« Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces »(1). Ce monument d’hypocrisie restera comme un marqueur du quinquennat de François Hollande .Prise au pied de la lettre, c’est une phrase de bon sens, mais appliquée à son destinataire -le gouvernement Nétanyahou- c’est une inimaginable caution et un encouragement aveugle accordés à des personnages dangereux, connus pour être des faucons prêts à tout pour perpétuer l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens. Le Président français rejoint ainsi la Chancelière allemande et le Premier Ministre britannique parmi les leaders occidentaux qui peuvent méditer jour après jour l’étendue de la tragédie que « toutes les mesures » en question ont engendrée.
Les uns et les autres auraient été dans leur rôle en condamnant les tir de roquettes sur Israël .A condition de mettre en perspective toute la chaîne des responsabilités qui a conduit à ce nouveau désastre et de faire clairement apparaître l’incommensurable disproportion des « menaces » évoquées ! La vérité, comme vient de le rappeler l’historien Ran Halévi, analyste reconnu de l’histoire politique d’Israël, c’est que : « Cela fait des mois que le gouvernement israélien est alerté sur la situation explosive dans les Territoires palestiniens : un processus de paix au point mort; une conjoncture économique précaire; l’accroissement spectaculaire des implantations; et pour finir, la multiplication des vexations et des exactions, souvent impunies, commises par des colons jusqu’au-boutistes » (2) . La vérité, c’est aussi que Nétanyahou a vu il y a peu sa stratégie de l’affrontement permanent contrecarrée par la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, la constitution d’un gouvernement de consensus , et surtout par la décision américano-européenne de reconnaître ce gouvernement et de travailler avec lui. Ouvertement révulsé par cette décision qui l’isolait sur la scène internationale , le chef de la droite israélienne était à la recherche d’un prétexte pour étouffer dans l’œuf cet espoir de normalisation. Aussi n’a-t-il pas hésité à instrumentaliser la tragédie de l’enlèvement et de l’assassinat des trois jeunes Israéliens pour justifier une nouvelle guerre, au risque de précipiter une implosion du Proche-Orient .
Voilà ce qu’ont délibérément passé sous silence les alliés européens du gouvernement le plus extrémiste de l’histoire de l’Etat d’Israël. Ce message de complaisance du Président français à l’un des pouvoirs les déstabilisateurs de notre époque se situe en quelque sorte aux antipodes du « discours de Pnom Penh » par lequel le Général De Gaulle signifia, en son temps, avec lucidité et courage, à son allié (américain) qu’il faisait fausse route en livrant à un autre peuple (viêtnamien) une guerre injuste et, quel que fût le déséquilibre des forces, perdue d’avance.
La France et l’Union européenne seraient bien inspirées d’écouter les voix qui s’élèvent en Israël même, à travers le fracas des bombes, contre les forfaits de leur gouvernement. Certaines d’entre elles sont des figures de toujours du camp de la paix ,comme Uri Avneri , pour qui « une extrême droite violente, dangereuse, a poussé à l’ombre d’un gouvernement qui est lui-même d’extrême droite ». D’autres sont plus surprenantes : ainsi Eli Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël à Paris… reconnaît aujourd’hui que « c’est notre incapacité à résoudre le problème palestinien qui constitue la principale menace pour notre sécurité », que « nous payons le prix de l’occupation, qui ronge notre ressort moral et obère notre avenir », et que « la paix sera imposée de l’extérieur ou ne sera pas » ! D’autres enfin , comme David Grossman , considéré comme l’écrivain le plus doué de sa génération, ne cachent pas leur meurtrissure face à ce que la politique de ses leaders a fait de leur pays, « une démocratie satisfaite d’elle-même, affichant des prétentions de libéralisme et d’humanisme, et qui occupe, humilie et écrase un autre peuple depuis des décennies » (2). Messieurs les dirigeants européens, réveillez-vous!
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(1) François Hollande à Benyamin Nétanyahou : entretien téléphonique du 9/7/2014.
(2) Ran Halévi (Le Figaro 10/7/2014); Uri Avneri (L’Humanité 10/7/2014); Eli Barnavi (Le Figaro 9/7/2014); David Grossman (Libération 9/7/2014).
QUELQUES LUEURS D’ESPOIR,QUAND MÊME …
La situation internationale n’incite guère à l’optimisme . Raison de plus pour ne pas bouder les timides contre-tendances,qui se sont manifestées dans la toute dernière période dans des domaines aussi divers que celui de la guerre ou de la paix; de la lutte contre le réchauffement climatique; ou des négociations sur le projet de « grand marché transatlantique ».
Concernant le premier de ces enjeux, trois événements récents au moins méritent de retenir notre attention. D’abord, l’accord conclu entre le Fatah et le Hamas qui a abouti à la constitution d’un gouvernement d’unité nationale est un succès majeur pour le mouvement palestinien. L’intelligence politique – et le sens des réalités – des dirigeants de toutes les parties en présence ont, en outre, permis de satisfaire aux conditions (reconnaissance d’Israël; renonciation à la violence; acceptation des accords d’Oslo…) d’un soutien international au nouvel exécutif : les ministres ne sont membres d’aucun parti; la politique suivie sera celle du Président Abbas; la mission du gouvernement est de préparer des élections en Cisjordanie et à Gaza. La « profonde déception » manifestée par Tel Aviv à l’encontre de Washington suite à l’ engagement des USA à travailler avec le « cabinet de consensus » palestinien, confirme la portée de l’étape franchie. Quelles que soient les lourdes interrogations qui demeurent, c’est une lueur d’espoir qui doit stimuler notre solidarité. Le sort de la paix se joue également ces jours-ci à Vienne, où ont repris les négociations entre l’Iran et les États membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne. Là non plus, rien n’est joué, mais les chances d’un accord sur le dossier nucléaire sont sérieuses. Enfin, la tonalité résolument anti-guerre du récent discours de politique étrangère tenu par le Président américain devant les cadets de l’école militaire de West Point a ceci de prometteur qu’il traduit (nous sommes à quelques mois des élections de mi-mandat…) l’aversion du peuple américain pour les aventures militaires après les fiasco retentissants qu’elles ont provoqués en Afghanistan,en Irak,en Libye et ailleurs.
Par ailleurs, à l’approche de la Conférence internationale de Paris (décembre 2015) qui doit aboutir à un accord mondial sur les réductions des émissions de gaz à effet de serre, on ne peut être indifférent au projet de directive que vient d’annoncer le Président Obama, visant à réduire de 30% par rapport à 2005 (c’est à dire de 12% par rapport à 1990, qui est l’année de référence internationale) les émissions de CO2 des centrales américaines au charbon d’ici 2030. Certes, on est loin du compte, mais cette décision -fût-elle tardive et modeste- fixe enfin une limite aux émissions polluantes, ce qu’a toujours vigoureusement refusé la majorité du Congrès américain .
Enfin, une contradiction de taille vient inopinément de s’ajouter à celles que l’on connaissait dans les négociations euro-américaines sur le « grand marché transatlantique »: c’est la menace du procureur général de Washington… d’imposer une amende-record de 10 milliards de dollars à BNP Paribas (pour avoir effectué des transactions en dollars vers des pays sous embargo américain !). La levée de boucliers est telle à Paris -cette fois parmi les habituels champions du libre-échange- que la France a évoqué la possibilité d’user de son droit de véto pour bloquer le traité transatlantique en raison de ce que « Le Figaro » appelle « La nouvelle hégémonie américaine » et « Les Échos »: « Cette Amérique d’Obama qui n’aime plus l’Europe »! Autant d’évolutions à suivre de près…





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