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UNE EUROPE « À LA CARTE » : NON ! « À GÉOMÉTRIE CHOISIE » : OUI !

wurtz-l-humanite-dimancheAprès avoir puissamment œuvré pour faire sortir la Grande-Bretagne de l’Union européenne, les principaux ténors du parti conservateur, l’hyper-démagogue Boris Johnson en tête, entendent conserver pour les forces du business un libre accès au marché unique européen de près de 450 millions de consommateurs , tout en étant dégagées de toute contribution , règlementation ou forme quelconque de solidarité en retour. C’est ce que certains appellent « l’Europe à la carte ».

Dans cette conception de l’  » Europe », chère aux ultra libéraux , en particulier ceux de tradition anglo-saxonne, seul compte le grand marché pour y faire de bonnes affaires. Même les droits sociaux minimaux édictés par l’actuelle UE leur sont insupportables ! Il faut, en outre, que le droit de profiter de la poule aux oeufs d’or qu’est le « grand marché » pour les milieux d’affaires britanniques leur coûte le moins possible, notamment s’il est question de fonds structurels bénéficiant prioritairement aux pays membres les moins développés. Il va de soi que des progressistes conséquents ne peuvent souscrire à une approche aussi mercantile et anti-solidaire de la construction européenne.

L’Europe à « géométrie choisie » , prônée par les communistes français, s’inscrit, à l’inverse, dans une vision résolument démocratique, coopérative et solidaire de la construction européenne. Elle part d’un constat d’évidence : l’UE est plurielle et le restera. Chaque peuple y a son histoire, sa culture, son génie propre qu’il entend légitimement voir respecter. Il fait des choix souverains et doit rester libre d’en changer à tout moment. C’est précisément la prétention de l’actuelle UE d’user de coercition à l’encontre de ces droits fondamentaux qui est au coeur de sa crise de légitimité et qui la menace de désintégration.

Démocratiser la construction européenne suppose que les traités européens ne contiennent aucun modèle économique ou politique prédéterminé. Allons plus loin : il faut garantir explicitement à chaque peuple qu’il ne sera jamais entraîné dans un engrenage aboutissant à un modèle de société violant ses choix essentiels. Toute orientation européenne déterminant l’avenir d’un pays membre doit procéder de décisions prises librement et en connaissance de cause par les citoyens concernés. Ces choix doivent donc pouvoir être différents d’un pays à l’autre. Non seulement l’un choisira l’euro ou optera pour une défense européenne , l’autre non. Mais, bien plus : s’il souhaite, par exemple, conserver des services publics adossés à des entreprises publiques non soumises à la concurrence afin de leur permettre de se consacrer exclusivement à leurs missions de service public, un pays doit pouvoir le faire.

Gageons qu’ainsi redevenus maîtres de leurs choix fondamentaux, les citoyens s’impliqueraient bien plus activement dans une véritable construction solidaire avec leurs voisins, devenus de concurrents obligés des partenaires volontaires. Il ne s’agit là que d’un aspect parmi d’autres d’une « refondation progressiste » de l’UE, encore faut-il le prendre sérieusement en considération (1).

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(1) Voir « Refonder l’Europe » – Contribution du PCF à un nouveau projet européen ( 15/11/2013)

7 juillet 2016 at 1:03 Laisser un commentaire

JÉRÉMY CORBYN, PORTEUR DU NON DE GAUCHE AU BREXIT

wurtz-l-humanite-dimancheLe nouveau leader travailliste, Jérémy Corbyn, déroute décidément les observateurs politiques français. Cet authentique homme de gauche se permet à la fois de s’opposer à la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE et de lutter pour une autre Europe . Il n’en faut pas plus pour que « Libération » s’interroge : « Est-il « in » ou « out » ? Telle est la question ». Certes, le journal de Laurent Joffrin l’admet : « il l’a clairement dit : il votera en faveur du maintien ». Mais comment croire à son engagement contre la sortie de l’UE alors qu’ il a voté contre tous les traités européens et qu’ « il ne s’est jamais privé de critiquer l’Union européenne ». (15/4/2016) . Autrement dit, pour paraphraser un ancien Président de la République : l’Europe, on l’aime telle qu’elle est ou on la quitte ! Cela nous rajeunit de onze ans : en 2005, ou bien l’on votait pour le traité constitutionnel ou l’on était qualifié d’europhobe !

Même son de cloche à « L’Express »: « Corbyn soutient le maintien dans l’UE du bout des lèvres » titrait l’hebdomadaire (14/4/2016). C’est que « l’éternel rebelle de l’aile gauche du parti » a rappelé que cette UE qu’il n’entend pas quitter a, en revanche, « besoin de changer (car elle) manque de représentation démocratique » et qu’elle poursuit de mauvaises politiques qu’il entend continuer de combattre, comme le Grand marché transatlantique (TAFTA) ou la privatisation des services publics. En effet, n’en déplaise aux esprits bornés, « il est parfaitement possible d’être critique et en même temps de rester convaincu de la nécessité de rester membre de l’Union européenne » comme l’avait précisé Corbyn dans ce même discours et comme il l’a maintes fois réitéré depuis.

Cette position est également celle des principaux syndicats britanniques : ils appellent leurs adhérents à voter pour le maintien dans l’UE tout en estimant que celle-ci « doit changer » en rompant avec les « politiques d’austérité ».(1) Il est, enfin, intéressant de noter que 70% des jeunes Britanniques âgés de 18 à 24 ans , interrogés dans le cadre des enquêtes d’opinions , sont , eux aussi, clairement opposés à une sortie de leur pays de l’UE , sans être nécessairement des béni-oui-oui de « l’Europe » telle qu’elle se fait. Manifestement, ni les uns ni les autres ne se font la moindre illusion sur les avantages à attendre d’un face à face isolé avec les forces du capital de leur pays ni d’une flambée populiste consécutive à une victoire du camp du « Brexit ». Sans être au garde à vous devant Bruxelles.

Est-ce à dire que les « euro-critiques » de gauche devraient pour autant faire cause commune avec ce politicien foncièrement réactionnaire et ultra-libéral qu’est David Cameron, sous prétexte qu’il est, lui aussi, contre la sortie de l’UE, évidemment pour de tout autres raisons ? Qui peut l’imaginer un seul instant ! Qui ? « Le Monde » apparemment, qui vient de consacrer une demi-page et une manchette sur six colonnes à une critique en règle de Corbyn, coupable de faire « le service minimum » pour le « in » ( le maintien dans l’UE ). La preuve ? « Il refuse d’apparaître aux côtés de M. Cameron ». Pire : au Parlement de Londres, « il s’en est pris vivement à ce dernier alors qu’il est du même côté que lui dans la bataille référendaire ». Pourtant, note , dépité, le quotidien du soir, « le Premier Ministre ne ménage pas sa peine ». N’a-t-il pas « renoncé à son projet de loi destiné à asphyxier les syndicats et le Labour »? Certes, pas pour longtemps, puisque, reconnaît le correspondant du journal parisien, « les hostilités pourraient reprendre dès le lendemain du référendum »! (10/6/2016). Drôle de compromis ! « On attendait mieux d’un homme de la gauche » insiste pourtant « Le Monde »(12/6/2016) dans un éditorial au vitriol où l’on peut lire, en se frottant les yeux, que « par sa passivité, M. Corbyn s’associe à l’ultradroite nationaliste anglaise pour faire perdre l’Europe »! Pour notre part, nous disons merci à notre ami de ne pas renier ses valeurs progressistes dans cette campagne si complexe, en affirmant en quelque sorte un « NON de gauche » au Brexit.

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(1) Lettre des dirigeants des dix principaux syndicats au quotidien « The Guardian » le 6/6/2016. A noter que « Le Monde » a publié l’information…en en ignorant le second volet.

16 juin 2016 at 4:17 Laisser un commentaire

LES TROIS PILIERS DE LA « REFONDATION DE L’ EUROPE »

wurtz-l-humanite-dimancheLes développements des mouvements sociaux dans tout le pays et le large soutien que leur témoignent nos concitoyens font renaître l’espoir d’une possible nouvelle donne à gauche en 2017. Cette situation en pleine évolution renforce la pertinence du débat autour de la question de l’Europe que nous voulons. La dimension européenne de nos luttes pèsera lourd, en effet, pour réussir à imposer de vrais changements. C’est là une vaste question sur laquelle nous reviendrons abondamment dans la prochaine période.

Mais tout d’abord, qu’entendons-nous par « refondation de l’Europe ». Il convient d’autant plus de clarifier ce point que l’expression est aujourd’hui galvaudée tous azimuts : Sarkozy lui-même se l’est attribuée ! Il me semble qu’il est possible de résumer l’essentiel des transformations que cette notion représente à nos yeux en nous concentrant sur trois piliers : la question sociale; la question démocratique; la question éthique. C’est, en effet, avant tout sur ce triple terrain qu’a pris racine la défiance de masse des Européens -tous pays confondus- vis à vis du modèle européen actuel. Chacun de ces enjeux a été évoqué ces dernières semaines dans le cadre de cette « chronique ». Rappelons-en schématiquement l’esprit :

La question sociale : la priorité des politiques communes doit radicalement changer. Elle est aujourd’hui centrée sur « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée » dont on constate les effets ravageurs. Il s’agit d’engager -en solidarité avec le plus de forces possibles d’autres pays européens- des batailles en rupture avec cette orientation et en faveur d’un nouveau modèle social et environnemental répondant aux attentes populaires. Cela pose , à l’échelle européenne, la question cruciale du pouvoir sur l’argent et son utilisation. Pour se libérer de la toute-puissance des marchés financiers et de leurs diktats anti-sociaux, le changement des missions de la Banque centrale européenne est décisif. Sa capacité à créer de l’argent gratuitement (80 milliards d’euros par mois actuellement !) doit servir aux dépenses publiques utiles à la société au lieu d’alimenter les opérations financières des banques. (1)

La question démocratique. On assiste , notamment depuis la crise de la zone euro en 2010, à une hyper-centralisation du pouvoir européen qui remet gravement en cause la souveraineté populaire ( mais à laquelle nos gouvernements participent activement ! ). « Refonder l’Europe » passe par l’inversion de cette verticalité de plus en plus insupportable. Les citoyens doivent être dûment impliqués dans les grands choix qui déterminent leur avenir. Le droit de chaque peuple de choisir son destin est imprescriptible. Nous voulons que les nations s’associent en choisissant ce qu’elles veulent faire ensemble pour gérer leur interdépendance de façon libre et solidaire. (2)

La question éthique. A l’opposé du naufrage moral de l’UE qu’illustre son rejet des réfugiés, une « Europe refondée » doit se fixer de grands desseins mobilisateurs : porter un modèle social avancé dans la mondialisation; rebâtir un système de sécurité collective sur le continent européen; user de son poids pour contribuer, avec des alliés des pays du Sud et des « émergents », à changer les règles dans les relations internationales…(3) . Autant de pistes qui devraient permettre de ranimer le débat démocratique européen. Et de faire renaître l’espoir.

(1) Voir notamment HD du 21/4/2016
(2) Voir notamment HD du 25/2/2016
(3) Voir notamment HD du 4/5/2016

2 juin 2016 at 6:20 Laisser un commentaire

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