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N’OUBLIONS PAS LES DOSSIERS CHAUDS DE L’EUROPE !
Dans l’actualité médiatique, un événement chasse l’autre. Mais dans la réalité, il n’en va pas de même. Les élections départementales ou le drame du crash de l’Airbus ont relégué au second plan les dossiers chauds de l’Europe dans les grands moyens d’information. Et pourtant, ce n’est pas le moment de baisser la garde sur des problèmes comme l’impitoyable bras de fer engagé par les institutions européennes contre le gouvernement grec; ou encore les négociations cruciales qui se poursuivent entre l’Europe et les États-Unis sur l’établissement d’un « Grand marché transatlantique »; ou bien la crise ukrainienne et les tensions qu’elle envenime entre l’ Union européenne et la Russie; ou le positionnement de l’UE dans la lutte contre le réchauffement climatique à la veille de la Conférence mondiale de Paris !
Aussi est-il heureux que tous ces enjeux -et d’autres encore comme la politique industrielle ou la politique agricole européennes- puissent faire l’objet d’une journée de débats qui promet d’être passionnante, le samedi 11 avril prochain à Paris (1). L’ actualité des sujets abordés lors de ce colloque, tout comme la qualité et la diversité des intervenants, méritent, en effet, d’être soulignées. Qu’on en juge !
Premier thème: « L’Europe après la victoire de Syrisa ». Après les témoignages de Rosa Moussaoui, envoyée spéciale de l’ « Humanité » à Athènes, et de Giorgos Katsioubanis, membre du Département de politique européenne de Syrisa, c’est le Directeur de l’Institut Jacques Delors, M. Yves Bertoncini , qui exposera sa vision de la situation et des enseignements à en tirer pour l’avenir de la construction européenne. Le point de vue de ce spécialiste reconnu des enjeux européens sera intéressant à observer. D’un côté, la fondation qu’il dirige est proche des institutions européennes; de l’autre, il a récemment reconnu que « l’événement démocratique » que représentait « la nette victoire de Syrisa » marquait « un clair rejet des politiques conduites à Athènes sous l’égide de l’UE et du FMI » . Il a également souligné « la nécessité d’un dialogue constructif entre Athènes et l’UE ». En tout état de cause , ces interventions seront suivies d’un débat avec le public. Un grand moment, assurément.
Sur une vision alternative de la politique industrielle européenne, c’est une responsable syndicale de la CGT dans le domaine de l’énergie , Marie-Claire Cailletaud, qui lancera le débat; tandis que sur ce que pourrait être une bonne politique agricole commune, la parole sera laissée tour à tour à un journaliste de l’ « Humanité », Gérard Le Puill, et à une agro-économiste issue du mouvement associatif, Aurélie Trouvé.
Enfin, sur le plan de la relation de l’UE au reste du monde, ce sont trois acteurs hautement qualifiés dans leur domaine respectif qui ouvriront la discussion . M. Loïc Hennekinne, Ambassadeur de France et ancien Secrétaire Général du Quai d’Orsay traitera des relations de l’Union européenne avec la Russie à propos de la crise ukrainienne; M. Jean Poitou, climatologue et Secrétaire de « Sauvons le climat » évoquera ce qui est attendu de l’action européenne dans ce domaine dans la perspective de la Conférence de Paris-2015; enfin M. Pierre Defraigne, Directeur de la Fondation Madariaga de Bruxelles et grand spécialiste des relations commerciales internationales, livrera son analyse du « TAFTA » ( traité de libre-échange UE-USA ) , qu’il estime incompatible avec un projet européen. Là encore, une grande « plume » de « l’Humanité », Dominique Bari, apportera sa contribution au débat en animant cette table ronde . Cette journée exceptionnelle était initialement prévue courant janvier mais avait due être reportée . Dans le contexte d’aujourd’hui, elle n’en revêt que plus d’intérêt. A recommander sans modération . Rendez-vous le 11 avril !
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(1) « Europe, une crise existentielle. Et maintenant ? » Colloque organisé par la Fondation Gabriel Péri le samedi 11 avril 2015 , de 9h à 17h15 à la « Maison de l’Europe », 35, rue des Francs-Bourgeois, Paris 4. Inscription obligatoire à : fondation@gabrielperi.fr
LES NOSTALGIQUES DE LA POLITIQUE DE LA CANONNIÈRE
Ainsi donc, Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne, appelle-t-il à la création -sans remettre en cause le rôle de l’OTAN- d’une « armée européenne » capable de faire face aux « nouvelles menaces » aux frontières de l’Union européenne et de défendre les « valeurs » de l’UE ! (1) Un vif soutien a aussitôt été apporté à ce ballon-sonde par la ministre allemande de la défense, ce qui laisse à penser que cette sortie délibérément provocatrice était concertée entre Bruxelles et Berlin pour relancer le débat sur la militarisation de l’Union européenne.
Il s’agit là d’une vieille obsession de certains cercles dirigeants européens, qui a connu plusieurs étapes au cours des dernières années. Annoncée dans le traité de Maastricht (1992), la « Politique de sécurité et de défense commune » a pris forme au début du Millénaire : des structures dédiées à la gestion militaire des crises sont alors créées; un accord de partenariat stratégique est signé avec l’OTAN; des opérations militaires mobilisant des troupes de divers pays européens sont menées, notamment en Afrique ; une « Agence européenne de défense » , destinée à stimuler le développement des capacités militaires des États membres est mise sur pied; d’ ambitieux engagements chiffrés sont pris par les États sur leur contribution à cette force européenne; une « Stratégie européenne de sécurité » est adoptée.
Pourtant, pour les plus zélés des militaristes européens, le compte n’y est pas . Ainsi, dès 2003, Javier Solana, ancien Secrétaire général de l’OTAN devenu responsable de la diplomatie et de la défense de l’UE, pointe-t-il les lacunes de cette défense : « Ces faiblesses ne sont plus acceptables face aux défis du monde moderne » tonne-t-il en appelant les Européens à dépasser « la crise de l’Irak qui a perturbé les relations à l’intérieur de l’Europe ( allusion au refus de la France et de l’Allemagne de suivre George W Bush dans la guerre – FW) et entre les États-Unis et l’Europe » (2)
Les jusqu’au boutistes de la politique de la canonnière tireront, à partir de 2004, un avantage substantiel de l’élargissement de l’UE aux pays d’Europe centrale et orientale : la Pologne , en particulier, s’avère ,en effet, par russophobie exacerbée, la championne de la militarisation de l’Europe. Problème : une contradiction de taille a fait irruption dans le débat sur les choix budgétaires: la crise de la zone euro et la chasse aux « déficits excessifs » ont calmé les ardeurs de maints gouvernements en matière de dépenses militaires . Mis à part la Pologne , l’Estonie, et (à peu de choses près) la France, aucun pays de l’UE ne consacre aujourd’hui à ce budget les 2% du PIB ( richesses produites ) réputés nécessaires ( selon l’OTAN ).
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(1) Entretien dans « Welt am Sonntag » (8/3/2015)
(2) « Vision for Europe Award » (25/11/2003)
RETOUR SUR LA « BATAILLE » GAGNÉE PAR SYRISA
« Nous avons gagné une bataille mais pas la guerre (…) Les difficultés réelles sont devant nous » : Alexis Tsipras, le Premier Ministre grec n’a rien caché à son peuple des obstacles que les institutions européennes et leurs maîtres actuels dressent sur le chemin de la réalisation du programme de Syrisa. De fait, les négociateurs grecs ont dû faire des concessions majeures à l’ « Eurogroupe » pour arracher un accord dont Athènes avait un besoin littéralement vital avant la date fatidique du 28 février -jour où prenait fin « l’assistance financière » accordée au pays depuis 2012 (avec, jusqu’ici, les « contreparties » dévastatrices que l’on sait). Et surtout, de lourdes incertitudes planent sur l’issue des négociations entre les autorités grecques et Bruxelles, qui vont marquer les quatre prochains mois. Et pourtant, oui : le peuple grec a gagné une bataille ! Contrairement à une idée répandue, cet accord n’était nullement garanti ! Le fait de l’avoir imposé -si on connaît le contexte réel de ce bras de fer- est bel et bien un succès.




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