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LA GRECE, LES BRUTES ET LES TRUANDS

wurtz-l-humanite-dimancheDepuis quelques temps, la Grèce avait peu à peu disparu des radars. L’implacable purge imposée à son peuple meurtri et épuisé depuis plus de dix-huit mois par ses créanciers (UE et Fonds monétaire international) se poursuivait dans l’indifférence générale.

Le premier coup de gong est venu, le mois dernier, du peu reluisant mais très populaire quotidien allemand « Bild », qui a ressuscité le spectre du « Grexit », l’expulsion de la Grèce de la zone euro et sa livraison à la vindicte des marchés financiers. C’est que l’indigne Ministre des finances allemand, Wolfgang Schaüble, fort de la puissance financière de son pays, a ressorti depuis peu son arme favorite, le chantage au gel des prêts sans lesquels ce pays « sous assistance » ne peut, dans le contexte actuel, survivre : « Si la Grèce ne respecte pas ses engagements, le programme sera terminé ». La menace n’est pas qu’ignoble, elle est hypocrite. En effet, le gouvernement grec tient bel et bien les terribles « engagements » en question. Ce qu’il refuse, c’est une nouvelle surenchère austéritaire qu’on cherche à lui imposer, sur fond de divergences tactiques entre les créanciers. Récapitulons les données du problème.

D’une part, il y a les créanciers européens -avant tout les Etats membres de la zone euro, et en premier lieu l’Allemagne. Ils exigent d’Athènes de réaliser suffisamment d’ « économies » pour parvenir, dès l’an prochain, à dégager (hors charge de la dette) un excédent budgétaire équivalent à 3,5% des richesses produites. Pour donner une idée de l’énormité d’une telle exigence, précisons qu’appliquée à la France, cela voudrait dire réaliser…un surplus budgétaire de plus de 70 milliards d’euros par an !! Et comme presque tous les experts soulignent que pareil objectif est inatteignable par la Grèce, sauf à mettre la société et l’économie à genoux, Schäuble et ses disciples veulent à tout prix qu’Alexis Tsipras s’engage immédiatement à décider…en 2018 des restrictions supplémentaires s’il ne parvenait pas à satisfaire les demandes folles des créanciers européens ! C’est cela que refuse Alexis Tsipras.

D’autre part, il y a le Fonds monétaire international (FMI), l’autre grand créancier de la Grèce. A première vue, celui-ci exprime une évidence : sans un allègement substantiel de la dette grecque, celle-ci va exploser dans l’avenir, même si Athènes applique toutes les mesures drastiques qui lui étaient demandées jusqu’ici. Or, précise-t-il à ses partenaires européens, les statuts du FMI lui interdisent de financer un pays dont la dette est réputée insoutenable. Autrement dit : si vous ne réglez pas ce problème, nous nous retirons du programme . Apparemment donc, le FMI est un quasi-allié de Tsipras puisqu’il plaide pour l’annulation partielle de la dette grecque. Nouvelle hypocrisie monstrueuse ! Le FMI sait pertinemment que l’actuel gouvernement allemand refuse absolument une telle mesure, mais que celui-ci tient par-dessus tout à conserver le Fonds monétaire international dans le « pool » des créanciers de la Grèce -question de crédibilité vis-à-vis des marchés financiers. Réponse du FMI : faute d’un allègement de la dette, il faut imposer à Athènes un surcroît de restrictions budgétaires et de « réformes » pour atteindre les objectifs qui lui ont été assignés ! CQFD. D’où la réaction indignée de Tsipras et , en réplique, le chantage scandaleux du ministre allemand des finances au « Grexit ». On se croit dans un western, mais on est dans la vraie vie du capitalisme du 21ème siècle ! Il est grand temps de faire entendre bien plus haut et plus fort notre soutien résolu au peuple grec ! Et si l’on commençait par mettre les prétendants à la magistrature suprême, en France, devant leurs responsabilités ?

16 février 2017 at 7:08 Laisser un commentaire

LES TROIS PREMIÈRES LEÇONS DU « BREXIT »

wurtz-l-humanite-dimancheIl aura fallu huit longs mois de tergiversations aux autorités britanniques, après le vote pour la sortie de l’Union européenne, pour être enfin en mesure de publier un « Livre Blanc » fixant l’esprit dans lequel le gouvernement de Theresa May entend engager la négociation avec ses 27 « partenaires ». Rappelons que ces tractations doivent débuter le mois prochain et aboutir à un accord en l’espace de deux ans dans le meilleur des cas. Bien des experts anglais estiment d’ailleurs ce délai beaucoup trop court pour démêler dans de bonnes conditions ( et pour qui ? ) l’écheveau des relations établies au fil des 44 années d’appartenance du Royaume-Uni à l’UE. Quant à l’avenir qui est censé résulter de ce divorce, personne, outre-Manche, n’en a la moindre idée. Encore faut-il avoir à l’esprit le fait qu’il s’agit, en l’occurrence, de l’Etat membre le moins intégré à l’ensemble européen : il n’a pas adopté l’euro; n’est pas associé à l’ « Espace Schengen » (suppression des contrôles aux frontières); n’est pas lié par certaines coopérations judiciaires ou policières; ne reconnaît pas la « Charte des droits fondamentaux »; n’est pas concerné par certaines législations sociales de l’UE et ne paye qu’une partie de sa contribution au budget européen ! L’on imagine ce qu’il en serait pour un pays fondateur de l’UE et membre de la zone euro. L’interdépendance est une réalité. C’est là une première leçon qui se dégage d’ores et déjà du « BREXIT »: quitter l’Union européenne est un droit pour tout pays membre, mais il faut savoir -et faire savoir- que c’est une décision très complexe et aux conséquences imprévisibles.

Mais ce sont surtout les moyens envisagés par les « Brexiteurs » pour « regagner (la) compétitivité » du pays après cette séparation qui doivent attirer notre attention. Pour le ministre des finances de Londres, la cause est entendue : il faudra baisser les impôts sur les sociétés à un niveau digne d’un paradis fiscal ! Voilà le type de chantage brandi par les négociateurs britanniques pour tenter d’arracher à l’UE « un accord de libre-échange ambitieux et global » et notamment le maintien du « passeport européen » pour les financiers de la City. La Première Ministre, quant à elle, est allé chercher le salut du Royaume-Uni, « grand pays mondial » bientôt coupé de ses plus proches partenaires, auprès de Donald Trump ! « L’ironie est que les personnes qui ont le plus souffert ces vingt-cinq dernières années en seront les premières victimes » prévient le lucide Nobel américain, Joseph Stiglitz. C’est là un deuxième enseignement du « BREXIT » : le peuple britannique n’a décidément rien de bon à attendre de « l’alternative » à l’UE qui s’annonce ! Une vérité propre à éclairer des travailleurs sensibles à la démagogie de la patronne du FN, qui partage avec son modèle Trump son admiration pour le « BREXIT »…

Un troisième signal d’alarme devrait, quant à lui, alerter quiconque, à gauche, estime exagérées les mises en garde contre le risque immense d’explosion nationaliste que comporterait, dans le contexte actuel, un éventuel éclatement de l’Union européenne : depuis le vote pour le « BREXIT », les actes racistes et les agressions xénophobes se succèdent à un rythme effrayant en Angleterre (+ 42% de plaintes dès la semaine du vote par rapport à l’année précédente !) Ce vote a littéralement libéré la haine de « l’étranger » et les bas instincts. « Cela a donné aux Britanniques une sorte de feu vert pour être racistes » avait déclaré il y a quelques mois l’un des organisateurs d’une marche de protestation (1). Décidément, pour la gauche, il n’y a pas d’échappatoire au combat pour la transformation démocratique de l’UE : la sortie de l’Union européenne n’est pas une option.

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(1) Le Monde 15/9/2016

9 février 2017 at 4:20 1 commentaire

FACE À L’ EFFET TRUMP, « FAIRE BLOC » NE SUFFIT PAS !

wurtz-l-humanite-dimancheLes milieux dirigeants européens sont littéralement abasourdis par les déclarations de Donald Trump, hostiles à l’UE ou en contradiction avec certaines de leurs « vaches sacrées ». Leur désarroi, voire leur panique, sont à la mesure de l’allégeance qu’ils vouaient jusqu’ici au grand frère américain, qui leur garantissait, en retour, de jouer le rôle de « protecteur » de la « famille occidentale ».

La seule parade qu’ils aient trouvée jusqu’ici face aux attaques et aux menaces du nouveau locataire de la Maison Blanche est d’appeler les Européens à « faire bloc », selon l’expression de notre ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault. Mais faire bloc autour de quelles positions ? Il est illusoire d’imaginer faire « l’unité des Européens » simplement en prenant le contre-pied systématique des affirmations -au demeurant aussi floues que paradoxales- du nouvel homme fort de Washington ! Certes, il faut espérer qu’une majorité d’Européens ne nourrisse aucune sympathie pour ce milliardaire raciste, xénophobe, sexiste, et foncièrement démagogue, dont le programme tient en deux mots : « L’Amérique d’abord » ! Le problème est que, pour galvaniser ses partisans et déstabiliser ses adversaires, ce bateleur malin appuie là où ça fait mal. Or, c’est là que le bât blesse pour l’Union européenne : elle a de nombreuses plaies ouvertes sur lesquelles il est facile à Trump de jeter du sel ! Elle a perdu la confiance de la majorité de ses citoyens , ce qui la rend très vulnérable au discours du démagogue américain.

Exemple : l’obsession de l’UE pour le libre-échange, souvent synonyme de concurrence sauvage, de chômage et de reculs sociaux. Trump dit vouloir s’y opposer. Il semble donc en accord avec des millions d’Européens -même si, en réalité, son projet de guerre commerciale à outrance risque de conduire à des résultats tout aussi désastreux pour les peuples des deux rives de l’Atlantique. Il en va de même lorsqu’il pointe le caractère « obsolète » de l’OTAN. C’est, en soi, pour beaucoup d’Européens, un constat indéniable -même si, dans l’esprit de Trump, il s’agit vraisemblablement surtout de soutirer plus d’argent aux membres de l’Alliance. On peut encore citer son intention supposée de lever les sanctions contre la Russie, en échange -si l’on comprend bien la logorrhée confuse du personnage- d’une négociation sur la réduction de l’armement nucléaire. Dit ainsi, difficile d’y voir un danger pour la sécurité du continent -même si Trump ajoute, énigmatique, qu’il fera « confiance à Vladimir Poutine ( et à….Angela Merkel ), mais peut-être pas pour longtemps »!

En clair : oui, l’UE serait dans son rôle en travaillant aux convergences les plus larges possibles contre les politiques probablement ultra-régressives du nouveau Président américain ( capitalisme sauvage; dérégulation maximale; unilatéralisme dominateur; chasse aux migrants; provocations contre la Chine; non respect de la COP 21…) Elle serait dans son rôle en allant à la rencontre d’alliés dans les autres régions du monde, à commencer par l’Amérique qui résiste et se mobilise -celle qui s’était reconnue dans le combat de Bernie Sanders. Le problème est qu’elle n’est plus crédible pour mener ce combat. C’est plus que jamais aux forces de progrès attachées à un projet européen coopératif et solidaire de prendre l’initiative . Maintenant.

26 janvier 2017 at 9:24 1 commentaire

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