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AFFAIRES BARROSO ET KROES , PARTIE EMERGEE DE L’ICEBERG.
Le choix scandaleux et déshonorant de Manuel Barroso de se vendre à l’un de ses anciens « contacts », la banque d’affaires américaine, fauteuse de crises à la réputation sulfureuse, Goldman Sachs, après avoir présidé, dix ans durant, la Commission européenne, a suscité un vent d’indignation tant parmi les citoyens qu’au sein même des institutions européennes.
Cette affaire était encore sur toutes les lèvres qu’un nouveau scandale consternant éclaboussait l’ex-Commission Barroso : Neelie Kroes, qui fut, de 2004 à 2014, l’un des piliers de l’exécutif européen, chargée du tout-puissant portefeuille de la « concurrence » avant d’être promue à la vice-présidence de la Commission, avait « oublié » qu’elle exerçait une responsabilité de direction dans une très opaque société offshore du paradis fiscal des Bahamas . Des cas flagrants de conflit d’intérêt si ce n’est de corruption -ce que les enquêtes devront établir.
Comment réagir face à des comportements aussi indignes qu’inacceptables de la part d’anciens hauts responsables politiques ? Sanctionner durement tout ce qu’ils ont commis d’illégal et durcir sensiblement les règles qui leur ont permis , le cas échéant, d’enfreindre « légalement » le code de déontologie correspondant à de si hautes fonctions ? Certainement. Mais cela ne fera pas le compte. Pour une raison bien triste mais trop réelle : ces deux affaires ne constituent que la partie émergée de l’iceberg dans une « Europe des marchés » , où la connivence entre finance et politique est la chose la mieux partagée.
Je ne veux pas du tout insinuer par là que tous les commissaires européens, ni même la majorité d’entre eux, seraient assimilables aux deux individus en question. J’en ai côtoyé de nombreux -fussent-ils des adversaires politiques patentés- à qui personne n’a jamais eu à reprocher d’avoir mis leur mission au service d’intérêts personnels. Pour autant, Barroso et Kroes sont loin d’être les premiers ex-membres de la Commission à avoir pratiqué le « pantouflage » -c’est à dire avoir, sinon pendant leur mandat, du moins après leur départ de l’exécutif européen, chèrement valorisé leurs connaissances et leur carnet d’adresses dans une grosse multinationale, travaillant de préférence dans leur domaine de compétence. Une ONG spécialisée dans ce type d’investigation et réputée pour son sérieux avait ainsi révélé à la fin du premier mandat de Barroso, en 2010, que 6 des 13 commissaires de son équipe avaient quitté leur poste pour se placer au service de grandes entreprises privées (1). Devant le tollé que provoqua déjà cette divulgation, le Président de la Commission s’engagea par écrit à ce que dorénavant les règles seraient alignées sur « les meilleures pratiques en Europe » (2). Ce ferme engagement n’empêcha pas qu’à l’issue de son second mandat, en 2015, la Commission Barroso compta… 9 membres (sur 28) « recyclés » dans de grands groupes privés, pour y exercer des fonctions interférant avec leurs anciennes missions publiques ! S’agirait-il chaque fois de quelque mouton noir égaré qu’il suffirait de punir ? Evidemment non: rappelons que chacun(e) de ces commissaires a , auparavant , exercé d’importantes responsabilités dans son pays , avant d’être proposé à l’UE par son gouvernement. Le mal est donc plus profond.
Dès lors, où gît le lièvre ? Dans les rapports incestueux qu’entretient quotidiennement l’exécutif de cette « Europe des marchés » avec les plus grands groupes et leurs puissants lobbies . Les « portes tournantes »entre les instances publiques et les intérêts privés y sont considérées comme naturelles. Ce n’est qu’au prix de ruptures radicales avec cette vision frelatée de la construction européenne qu’on tarira la source des « affaires » pour se concentrer sur la recherche du bien commun.
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(1) Il s’agit de l’ONG « Corporate Europe Observatory ».
(2) Lettre de la Secrétaire générale de la Commission à ALTER-EU Steering Committee (9/6/2011)
« PEUT-ON ENCORE SAUVER L’EUROPE »…ET LE DOIT-ON ?
« Peut-on encore sauver l’Europe » ? titrait « Le Monde » à la veille du Sommet informel des 27 Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, le 16 septembre dernier, à Bratislava . « La machine est cassée et personne n’a la méthode pour réparer » notait, pour sa part, un éditorialiste des « Échos », le lendemain. « L’Europe ne peut plus ni avancer, ni reculer, ni rester sur place » analysait il y a plusieurs mois déjà « France Stratégie ». Rappelons que cet organisme -qui a succédé au Commissariat général du Plan- est chargé d’aider le gouvernement à inscrire ses politiques dans une vision d’avenir…(1) Les résultats de Bratislava n’ont pu que conforter le désarroi ambiant dans les sphères dirigeantes européennes. En effet, à moins de considérer la relance de la « défense européenne » comme la « nouvelle ambition » censée regagner le coeur des citoyens et des citoyennes, le bilan du Sommet des 27 a l’épaisseur d’un papier à cigarettes.
L’imagination n’est pas davantage au pouvoir parmi les anciennes gloires européennes invitées en divers lieux à apporter leurs lumières tant sur les raisons du phénomène de rejet que subit désormais l’UE de la part d’une majorité d’Européens que sur les remèdes susceptibles d’éviter l’implosion d’une construction appelée à célébrer son soixantième anniversaire en mars prochain. Cela donne par exemple ceci: « Les crises ne me paraissent plus générer d’énergies politiques nouvelles capables de nous faire aller de l’avant » ! Celui qui avance doctement , tel un médecin de Molière, ce brillant diagnostic n’est autre que Mario Monti, ancien Commissaire européen de renom, sacré « grand spécialiste de la politique européenne » par « Le Monde », qui rapporte ses propos. Préconisant la « réconciliation du marché et du social », cet ancien « International Adviser » pour Goldman Sachs (l’hyper-puissante banque américaine aujourd’hui rejointe par Manuel Barroso) attribue « l’une des raisons du rejet, par les opinions, d’une intégration plus poussée (…) au fait que l’on n’avait pas songé à cette réconciliation » ! (2) Mais c’est bien sûr ! Que n’a-t-on pensé à mener de pair l’explosion du profit financier et l’émancipation des travailleurs !
Comment, face à une déconnection aussi flagrante entre le discours de pseudo-« élites » et les réalités vécues par le plus grand nombre, ne pas comprendre que nos concitoyens, en nombre toujours croissant, n’attendent plus rien de cette « Europe »-là ?Elle se meurt : ne tentons pas de la sauver ! Mais attention : cela ne doit pas nous conduire à laisser les irresponsables qui la dirigent nous entraîner tous dans le chaos d’une désintégration générale des innombrables liens qui relient entre eux les pays membres de l’UE ! Nous avons un besoin vital de mener de pair un double combat: celui d’imposer à l’UE actuelle le plus possible de mesures en rupture avec les dogmes qui la régissent aujourd’hui, mais de le faire en convergence avec le maximum d’alliés dans les autres pays européens pour poser ensemble les jalons d’une Europe solidaire et respectueuse des aspirations propres à chaque peuple. Cette vision d’une « Union de nations et de peuples souverains et associés » (PCF) s’oppose radicalement aussi bien à toute fuite en avant dans une intégration européenne échappant de plus en plus aux citoyens qu’à toute forme de nationalisme, ce danger mortel pour la démocratie dont on ne sait pas toujours où il commence mais dont l’Histoire nous a appris où il pouvait finir.
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(1) Voir « Le Monde » du 15/9/2016; Eric Le Boucher dans « Les Échos » du 16/9/2016; « France Stratégie » : « Sortir de l’ambiguïté constructive » (mai 2016)
(2) Voir « Le Monde » du 15/9/2016
TAFTA : DÉCIDÉMENT, LA FATALITÉ N’EXISTE PAS !
Que conclure de l’annonce successive , fin août, par le patron des sociaux-démocrates allemands puis par le gouvernement français , d’un « échec » du TAFTA ( négociations pour l’ouverture d’un grand marché transatlantique ) ?
D’abord, qu’un vieux principe du mouvement ouvrier conserve -à condition de l’adapter à la complexité nouvelle du combat pour l’émancipation sociale- toute son actualité : « la lutte paye ! » Sans les impressionnantes mobilisations , à la fois dans la rue et sur les réseaux sociaux ; sans les innombrables débats de fond dévoilant les enjeux de société de ce projet titanesque ; sans les coopérations , voire les coordinations, des partis et mouvements progressistes à l’échelle de l’Union européenne, pour mutualiser les expériences, l’accord aurait été conclu avant le terme du mandat de Barack Obama
. Les négociateurs européens auraient, comme d’habitude, recouru à la méthode bien connue du « donnant-donnant ». Exemple : « Si vous, Américains, vous cédez sur l’une de nos principales demandes en ouvrant les marchés publics américains à nos multinationales, nous « assouplissons » en retour les standards européens en matière sociale, sanitaire ou environnementale pour faciliter vos exportations vers l’Europe. Ou bien nous ouvrons plus largement nos marchés agricoles à la concurrence pour répondre à l’attente de votre « agro business ». Ou encore nous levons quelques « tabous français » en matière culturelle »pour permettre à vos puissantes industries du secteur de gagner encore des parts de marchés en Europe. Et, bien sûr, nous acceptons les « tribunaux d’arbitrage » pour protéger les investisseurs comme nous l’avons souvent fait lors d’autres négociations commerciales »…C’est ce traditionnel jeu de dupes que la politisation de millions de citoyens européens a fait voler en éclats. C’est un grand succès !
Dans le même temps, l’expérience nous apprend que les forces du capital n’abandonnent jamais définitivement un objectif qu’elles jugent stratégique. Cela vaut pour le TAFTA. Certes, le ministre français du commerce extérieur, Matthias Fekl, a affirmé vouloir demander fin septembre à la Commission un « arrêt clair, net et définitif » des négociations . Mais ce fut pour ajouter un peu plus loin qu’il faudra les « reprendre plus tard sur de bonnes bases »! Nous voilà prévenus. Quant à François Hollande, il devra nous expliquer pourquoi, pas plus tard que le 30 juindernier, lorsque la Commission européenne a posé à tous les Chefs d’Etat et de gouvernement la question: devons-nous arrêter ou poursuivre les négociations sur le TAFTA, le Président de la République a, comme tous les autres, répondu : « poursuivre »!
C’est dire s’il faut rester vigilants ! Et notamment garder à l’esprit deux enjeux voisins de ceux du TAFTA sur lesquels le gouvernement est muet . Et pour cause ! Le premier est le traité CETA ( UE-Canada ) qui ressemble tant au projet de traité UE-USA qu’on l’appelle « le cheval de Troie du TAFTA ». Or la Commission prévoit que les 28 Etats de l’UE le signent sous peu. Puis ce sera au tour de chaque parlement national -en plus du parlement européen- de le ratifier…ou de le rejeter. Une bataille à ne pas manquer ! Le second enjeu de même nature à suivre attentivement est l’Accord TISA sur le commerce des services, en négociation depuis trois ans dans l’opacité la plus totale entre une cinquantaine de pays du monde dont les 28 de l’UE.
Mais le plomb dans l’aile du TAFTA montre qu’aucune bataille n’est perdue d’avance ! Il y a trois ans, lorsque le TAFTA nous était présenté comme un projet irrésistible des deux grandes puissances commerciales, nous écrivions ici-même : « les jeux ne sont pas faits.Les contradictions en présence sont énormes. D’autres offensives pour le même projet ont échoué. Celle de 1995 fut enrayée par le véto français sur l’AMI (Accord Multilatéral sur l’Investissement).Celle de 1998 s’enlisa avec la guerre d’Irak en 2003 et le refroidissement des relations avec Washington.Celle de 2007 se fracassa sur la crise financière.Celle d’aujourd’hui doit être contrée par un appel résolu à l’intelligence des citoyens et l’exigence d’un vrai débat démocratique sur l’Europe qu’ils appellent de leur voeux. » (1) Nous y sommes. La fatalité n’existe pas.
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(1) « Le « Grand marché transatlantique: attention danger ! » (Humanité-Dimanche 18/2/2013)




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