Archive for janvier, 2015

ROBERT CHAMBEIRON : UN GRAND MONSIEUR !

wurtz-l-humanite-dimancheNous sommes le 17 juillet 1979, jour de l’ouverture solennelle du Parlement européen après sa première élection au suffrage universel . Tous les « pionniers » de ce nouveau chantier s’organisent au sein de leur famille politique respective. Le groupe communiste compte parmi ses députés plusieurs « apparentés », autrement dit des femmes ou des hommes non adhérents à l’un des partis membres, mais engagés à leur côté sur les enjeux européens. Parmi eux, un homme alors peu connu des jeunes de mon espèce, mais manifestement honoré par celles ou ceux qui ont plus de « bouteille »: Robert Chambeiron, 64 ans, prend place en toute discrétion parmi ses camarades. Je ne mesurais pas , à ce moment-là, la dimension du personnage qu’il me sera permis de côtoyer dix ans durant: un grand Monsieur.

J’avais alors 31 ans. A cet âge, Robert Chambeiron avait déjà derrière lui l’expérience de membre du cabinet de Pierre Cot, le Ministre de l’Air du gouvernement du Front Populaire -où il fit la connaissance de Jean Moulin- , puis celle de Secrétaire général adjoint du Conseil National de la Résistance ! Je ne l’ai su que plus tard, car rien dans son attitude ne laissait deviner un acquis aussi prestigieux. De nous tous, il était l’un des plus assidus et consciencieux dans ses nouvelles fonctions: de la commission juridique à la Délégation permanente pour les relations Europe-Chine, et naturellement en séance pleinière, il donnait l’impression d’avoir toujours exercé ce mandat. Par la suite, une agréable complicité s’était établie entre nous. Robert me gratifiait alors souvent de remarques incidentes ou d’anecdotes éclairantes tirées de son inépuisable réserve de souvenirs. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans l’Humanité Dimanche les convictions que j’ai retirées de ces moments privilégiés -véritable revue d’histoire vivante relatée par l’un de ses plus éminents acteurs. J’y reviens une nouvelle fois.

La première est, de toute évidence, l’indicible courage qu’il a fallu à d’innombrables anonymes sans l’engagement desquels un organisme comme le CNR n’aurait tout simplement pas pu exister. Robert Chambeiron a, ainsi, souvent évoqué la question ultra-sensible du logement mis à disposition par des héros inconnus pour permettre aux plus hauts responsables de se retrouver, à chaque fois dans un lieu différent pour d’évidentes raisons de sécurité. Nul n’ignorait le danger mortel que représentait ce geste apparemment banal, surtout après l’arrestation de Jean Moulin, moins d’un mois après sa désignation comme Président du CNR…

Un autre constat impressionne : la capacité remarquable dont ont fait preuve les membres du CNR à réunir des forces de la Résistance beaucoup plus diverses, voire disparates, qu’on ne l’imagine parfois.Si les communistes, les gaullistes, nombre de chrétiens et d’autres résistants avaient en commun la détermination à agir pour libérer le pays de ses envahisseurs nazis, cette forte convergence n’abolissait pas pour autant les oppositions de classe entre certains authentiques conservateurs et ceux qu’ils avaient durement combattus, peu de temps auparavant, sous le Front Populaire. Or, sans l’union de toutes ses composantes, il aurait manqué à la Résistance la légitimité indispensable à tout espoir de succès.

Le plus extraordinaire, dans ce contexte, est l’inclinaison clairement progressiste qui marquera le programme du CNR…pourtant adopté à l’unanimité de ses membres ! Ce programme , que -quelque six décennies plus tard- Denis Kessler, ténor du patronat, demandera au gouvernement de « défaire méthodiquement » , comportait en effet des mesures porteuses de la véritable transformation sociale qui vit le jour dans la France libérée (jusqu’à l’éviction des ministres communistes en 1947…). Et encore s’agissait-il d’un compromis conclu au fil de quatre mois de discussions , à partir d’un « projet élaboré par Pierre Villon » représentant le Parti communiste français. Robert Chambeiron insistait sur ce point, rendant ainsi hommage à la contribution décisive des communistes à l’oeuvre majeure du CNR.

Un dernier mot, mais il est crucial à l’heure où des imposteurs aux thèses nauséabondes tentent d’usurper l’idée de nation pour abuser des citoyens désorientés. Quand on interrogeait Robert Chambeiron sur les motivations qui l’ont conduit à s’engager dans la Résistance, il soulignait le rôle-clé qu’a joué dans sa prise de conscience « la guerre d’Espagne ». Autrement dit, c’est la solidarité internationale contre le fascisme qui a éveillé dans cet esprit généreux la volonté de combattre pour la libération de son pays. Anatole France l’avait écrit à sa manière: « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d’internationalisme y ramène ». La vie de Robert Chambeiron en fut une magnifique illustration.

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9 janvier 2015 at 9:27 1 commentaire

L’EUROPE FACE AU DEFI GREC

wurtz-l-humanite-dimancheLe 25 janvier prochain, les Grecs voteront. La perspective d’une victoire de Syrisa provoque un véritable branle-bas de combat dans les milieux dirigeants européens. Le président de la Commission de Bruxelles, Jean-Claude Juncker, et son associé français, Pierre Moscovici, ainsi que le lugubre ministre allemand des finances, Wolfgang Schaüble, avaient ouvert le ban en multipliant « conseils » et menaces pour tenter d’impressionner les citoyens de ce pays martyr, dans l’espoir de les dissuader de porter au pouvoir une force décidée à tenir tête à la « troïka » (1). A présent, c’est Angela Merkel en personne qui entonne l’air favori de son électorat le plus réactionnaire en agitant le bâton d’une expulsion de la Grèce de la zone euro si son futur gouvernement refusait de payer la « dette » -un fardeau , en vérité, largement illégitime et devenu irrécouvrable du fait même des purges drastiques qui ont étouffé l’économie et déstabilisé la société. C’est dire combien ce scrutin concerne tous les Européens qui aspirent à de vraies ruptures avec l’obsession « austéritaire » et les pratiques autoritaires de l’ « Europe » actuelle!

La -désormais probable- accession de notre ami Alexis Tsipras aux plus hautes responsabilités à Athènes et donc jusqu’au Conseil européen créerait une situation radicalement nouvelle. Le souffle nouveau que susciterait, selon toute vraisemblance, cette brèche dans le système européen aujourd’hui verrouillé ouvrirait un peu partout aux forces de progrès une perspective enthousiasmante. Dans le même temps, il serait irresponsable d’ignorer la complexité de la situation du fait du rapport des forces. C’est donc le moment ou jamais de pousser la réflexion sur les changements à promouvoir et de confronter les idées sur les initiatives à prendre pour en créer les conditions. La solidarité, cela se construit !

C’est dans ce contexte que va se tenir, le samedi 17 janvier prochain -à huit jours du vote grec- une série de débats réunissant des invités de marque (d’origine et de sensibilité diverses, mais à l’expérience reconnue), des animateurs clairement à gauche, et le public (qui aura la parole) (2). Outre la situation propre à la Grèce avec la funeste « troïka », les thèmes qui y seront abordés sont ceux qui font débat dans notre pays comme ailleurs : l’euro; l’emploi et la politique industrielle; la « libre circulation des personnes » dans sa double dimension -positive, avec le rapprochement des peuples, et négative, avec la mise en concurrence des travailleurs, comme les fameux « travailleurs détachés ». La désastreuse politique migratoire de l’Union européenne sera également à l’ordre du jour.

En outre, l’enjeu politique fondamental de la période -« Quelle réponse au séisme politique européen : « assouplissements »? , « réformes »? , « reconstruction »?- fera l’objet d’une confrontation d’idées cruciale. Enfin, les enjeux internationaux seront traités sous trois angles: l’ Europe et la crise ukrainienne; son action face au réchauffement climatique; et le « Grand marché transatlantique ».

Si les animateurs et les animatrices de ces débats sont toutes et tous liés à la Fondation Gabriel Péri (Marine Roussillon, Dominique Bari, Daniel Cirera et votre serviteur), les invités seront clairement pluralistes! Ainsi se succèderont des responsables syndicaux bien connus (Denis Durand, de la Banque de France; Marie-Claude Caillebaud,de la Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT; Francine Blanche, de la Direction confédérale de la CGT) ; la représentante de Syrisa au Parti de la Gauche Européenne, Natasa Theodoracopoulou; le directeur de l’Institut Jacques Delors, Yves Bertoncini; une journaliste grecque, rédactrice en chef de la revue Alètheia, Vicky Skoumbi; un Ambassadeur de France et ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay, Loïc Hennekine; un membre du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) et membre de l’Académie des Sciences, Hervé Le Treut; le directeur de la Fondation Madariaga- Collège d’Europe, de Bruxelles, Pierre Defraigne.
C’est ce qui s’appelle bien commencer une année 2015 aux si lourds défis européens. Rendez-vousle 17 janvier !

———
(1) Voir « Les hontes de l’Europe à affronter en 2015 » – Humanité Dimanche du 23/12/2014
(2) « Europe: une crise existentielle. Et maintenant ? »Ce colloque, sous l’égide de la Fondation Gabriel Péri, se déroulera à l’Université de Paris 8-St Denis (Métro : Saint-Denis Université) le 17/1/2015 , de 9h30 à 17h30 et sera ouvert à tous. Pour s’inscrire : fondation@gabrielperi.fr

9 janvier 2015 at 7:54 Laisser un commentaire

L’EUROPE FACE AU DEFI GREC

wurtz-l-humanite-dimancheLe 25 janvier prochain, les Grecs voteront. La perspective d’une victoire de Syrisa provoque un véritable branle-bas de combat dans les milieux dirigeants européens. Le président de la Commission de Bruxelles, Jean-Claude Juncker, et son associé français, Pierre Moscovici, ainsi que le lugubre ministre allemand des finances, Wolfgang Schaüble, avaient ouvert le ban en multipliant « conseils » et menaces pour tenter d’impressionner les citoyens de ce pays martyr, dans l’espoir de les dissuader de porter au pouvoir une force décidée à tenir tête à la « troïka » (1). A présent, c’est Angela Merkel en personne qui entonne l’air favori de son électorat le plus réactionnaire en agitant le bâton d’une expulsion de la Grèce de la zone euro si son futur gouvernement refusait de payer la « dette » -un fardeau , en vérité, largement illégitime et devenu irrécouvrable du fait même des purges drastiques qui ont étouffé l’économie et déstabilisé la société. C’est dire combien ce scrutin concerne tous les Européens qui aspirent à de vraies ruptures avec l’obsession « austéritaire » et les pratiques autoritaires de l’ « Europe » actuelle!

La -désormais probable- accession de notre ami Alexis Tsipras aux plus hautes responsabilités à Athènes et donc jusqu’au Conseil européen créerait une situation radicalement nouvelle. Le souffle nouveau que susciterait, selon toute vraisemblance, cette brèche dans le système européen aujourd’hui verrouillé ouvrirait un peu partout aux forces de progrès une perspective enthousiasmante. Dans le même temps, il serait irresponsable d’ignorer la complexité de la situation du fait du rapport des forces. C’est donc le moment ou jamais de pousser la réflexion sur les changements à promouvoir et de confronter les idées sur les initiatives à prendre pour en créer les conditions. La solidarité, cela se construit !

C’est dans ce contexte que va se tenir, le samedi 17 janvier prochain -à huit jours du vote grec- une série de débats réunissant des invités de marque (d’origine et de sensibilité diverses, mais à l’expérience reconnue), des animateurs clairement à gauche, et le public (qui aura la parole) (2). Outre la situation propre à la Grèce avec la funeste « troïka », les thèmes qui y seront abordés sont ceux qui font débat dans notre pays comme ailleurs : l’euro; l’emploi et la politique industrielle; la « libre circulation des personnes » dans sa double dimension -positive, avec le rapprochement des peuples, et négative, avec la mise en concurrence des travailleurs, comme les fameux « travailleurs détachés ». La désastreuse politique migratoire de l’Union européenne sera également à l’ordre du jour.

En outre, l’enjeu politique fondamental de la période -« Quelle réponse au séisme politique européen : « assouplissements »? , « réformes »? , « reconstruction »?- fera l’objet d’une confrontation d’idées cruciale. Enfin, les enjeux internationaux seront traités sous trois angles: l’ Europe et la crise ukrainienne; son action face au réchauffement climatique; et le « Grand marché transatlantique ».

Si les animateurs et les animatrices de ces débats sont toutes et tous liés à la Fondation Gabriel Péri (Marine Roussillon, Dominique Bari, Daniel Cirera et votre serviteur), les invités seront clairement pluralistes! Ainsi se succèderont des responsables syndicaux bien connus (Denis Durand, de la Banque de France; Marie-Claude Caillebaud,de la Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT; Francine Blanche, de la Direction confédérale de la CGT) ; la représentante de Syrisa au Parti de la Gauche Européenne, Natasa Theodoracopoulou; le directeur de l’Institut Jacques Delors, Yves Bertoncini; une journaliste grecque, rédactrice en chef de la revue Alètheia, Vicky Skoumbi; un Ambassadeur de France et ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay, Loïc Hennekine; un membre du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) et membre de l’Académie des Sciences, Hervé Le Treut; le directeur de la Fondation Madariaga- Collège d’Europe, de Bruxelles, Pierre Defraigne.
C’est ce qui s’appelle bien commencer une année 2015 aux si lourds défis européens. Rendez-vous le 17 janvier !

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(1) Voir « Les hontes de l’Europe à affronter en 2015 » – Humanité Dimanche du 23/12/2014
(2) « Europe: une crise existentielle. Et maintenant ? »Ce colloque, sous l’égide de la Fondation Gabriel Péri, se déroulera à l’Université de Paris 8-St Denis (Métro : Saint-Denis Université) le 17/1/2015 , de 9h30 à 17h30 et sera ouvert à tous. Pour s’inscrire : fondation@gabrielperi.fr

7 janvier 2015 at 12:42 Laisser un commentaire

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