Archive for 18 avril 2019

LE NATIONALISME ANGLAIS ET LE « BREXIT »

Dans un ouvrage collectif d’une grande richesse qui vient de sortir, les forces et courants nationalistes d’une vingtaine de pays européens sont passés au crible (1). L’actualité du « Brexit » m’a conduit à m’arrêter sur le cas de la Grande-Bretagne. On se rappelle, en effet, les nombreuses saillies contre les « étrangers » -y compris européens- des promoteurs de la sortie de l’UE. Pour autant, ces thèmes xénophobes ne sont pas apparus brusquement lors de la campagne référendaire de 2016. . Thierry Labica, Maître de conférences en études britanniques à l’Université Paris-Nanterre, nous livre à ce propos des analyses fort pertinentes sur les conditions de la montée du nationalisme anglais depuis une dizaine, voire une quinzaine d’années. Un nationalisme que le Brexit a « contribué à normaliser », écrit cet expert.

Le fil rouge qui traverse toute cette période est le thème du péril migratoire, présenté comme cause de la fin de l’Etat-providence, de la perte de cohésion sociale comme de la montée du malaise « civilisationel ». L’auteur revient ainsi très opportunément sur les campagnes d’opinion, aussi démagogiques qu’irresponsables, montrant du doigt les personnes « d’apparence non-Britanniques » (!) et attribuant à l’immigration les effets dévastateurs des politiques d’austérité draconienne mises en place après la crise de 2008. À quoi s’ajouta, apprend-on, l’entretien d’une « vague de panique », à la fois sur le thème du « surpeuplement du pays » et sur le risque d’une « submersion de l’identité nationale ». Quelques années plus tard, la ministre de la l’Intérieur du gouvernement Cameron, une certaine Theresa May, s’illustre par une politique visant à produire un « environnement hostile » aux migrations vers la Grande-Bretagne, tandis que son Premier Ministre se glorifie de refuser d’accueillir 3000 enfants réfugiés non accompagnés…

La vérité oblige à rappeler qu’avant le retour des conservateurs au pouvoir, les dirigeants travaillistes avaient eux-mêmes répandu le poison xénophobe, tel ce slogan repris de l’extrême-droite par Gordon Brown, le successeur de Tony Blair : « British jobs for British Workers » (les emplois britanniques pour les travailleurs britanniques); ou ce chapitre du programme travailliste en 2010 intitulé sans vergogne : « Crime et immigration: renforcer nos communautés, sécuriser nos frontières » !

C’est dans ce contexte que l’UKIP -« Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni », le parti de Nigel Farage, ouvertement nationaliste et xénophobe, créé en 1993, autour du projet de sortie de l’Union européenne, a gagné en influence, au point de conduire le Premier Ministre conservateur, David Cameron, en 2015, pour éviter une hémorragie de la frange ultra de son parti au profit de celui de Farage, à s’engager, en cas de réélection, à organiser un référendum sur la sortie de l’UE. On connaît la suite.

Nul ne peut naturellement déduire de ce qui précède que tous les partisans du Brexit seraient des nationalistes ! Le rappel de ces faits confirme en revanche la lourde et honteuse responsabilité de la « classe politique » britannique dans cette dérive. L’espoir d’une contre-offensive démocratique -sans remise en cause du résultat du vote- est désormais du côté de Jérémy Corbin et de ses partisans.

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(1) « Les nationalistes à l’assaut de l’Europe » sous la direction de Dominique Vidal , avec une conclusion de Bertrand Badie (Éditions Démopolis, 21€)

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18 avril 2019 at 10:52 Laisser un commentaire


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