Archive for 25 février 2021

L’EFFET-DRAGHI OU L’ILLUSION DE L’HOMME PROVIDENTIEL

                     262 voix contre 40 et 2 abstentions : c’est le score de Maréchal réalisé le 17 février dernier par Mario Draghi lors du vote de confiance du Sénat italien ! C’est donc par la grande porte que l’ex-Président de la Banque centrale européenne (BCE) est entré au palais Chigi, à Rome, comme nouveau chef du gouvernement. Ce phénomène peut surprendre à un double titre. D’abord, la « classe politique » italienne nous a davantage habitués à la surenchère démagogique entre mouvements dits « anti-système », partis libéraux et « Ligue » d’extrême-droite que par sa propension au consensus.
Ensuite, selon divers sondages réalisés au printemps dernier, 55% des Italiens interrogés étaient d’accord pour sortir de l’Union européenne et/ou de l’euro ! Or, voilà que le personnage incarnant par excellence ce « système » récusé, cette Europe honnie et cet euro conspué réussit à former un gouvernement d’union nationale et à incarner l’espoir d’un renouveau pour 60 à 70% de ses compatriotes !
La stature européenne et internationale de Draghi en a  fait l’archétype du « sauveur » d’un pays en crise profonde, à la fois sanitaire, économique et sociale, et surtout politique.
L’attelage quelque peu baroque de ministres de tous bords  politiques et d’une dose de « techniciens » qu’il vient de constituer a reçu pour mission d’entreprendre les « réformes structurelles » dont beaucoup disent attendre « le miracle italien ».  Oubliées les orientations franchement libérales de l’ex-gouverneur de la Banque d’Italie. Gommée la réputation de « Banque des nantis » de Goldman Sachs dont Draghi fut l’un des dirigeants. Il va « sauver l’Italie » comme il a « sauvé l’euro » : point final ! Tant d’illusions semées parmi des millions de femmes et d’hommes plongés dans le désarroi font froid dans le dos, car nul ne sait vers où conduiront  les probables futures déceptions et les légitimes colères populaires qui en résulteront . 
Certes, à la tête de la BCE, Mario Draghi a su se montrer nettement moins orthodoxe que son prédécesseur français, Jean-Claude Trichet. Il avait été choisi pour ce poste hautement stratégique parce que Berlin voyait en lui… « le plus allemand des Italiens ». Mais, face au risque d’éclatement de la zone euro, il n’hésita pas à contrevenir à la lecture allemande des traités européens, au point de provoquer la pire crise qu’ait connue la BCE avec « l’élite » financière allemande -jusqu’à courroucer la toute-puissante Cour constitutionnelle de Karlsruhe . Il a tenu bon et sa politique de taux zéro, voire négatifs, et d’achats massifs de titres de dettes des Etats membres lui vaut cet aura exceptionnel. Mais savoir « gagner la confiance des marchés » et répondre aux attentes d’un peuple sont, comme on sait, deux missions très différentes ! Comme c’est le cas pour tous les « hommes providentiels », le mythe de « super-Mario » n’aura qu’un temps.
Espérons qu’émergeront de ce peuple qui nous est si cher, au fil de l’expérience, les mobilisations sociales et les initiatives politiques à même d’ouvrir à l’Italie une perspective progressiste,  fondée sur l’intervention des citoyens et des citoyennes plutôt que sur  l’attente du Messie .

25 février 2021 at 4:44 Laisser un commentaire


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