Archive for 14 Mai 2026
ALLONS-NOUS VERS « LA FIN DE L’OTAN » ?
Il a suffi que Donald Trump annonce sa décision de retirer 5000 soldats américains actuellement stationnés en Allemagne pour raviver le débat sur l’avenir de l’OTAN et sur le sort de l’Europe si les Etats-Unis mettaient fin à leur présence militaire et politique en Europe. De fait, l’imprévisible président des Etats-Unis menace souvent de quitter l’OTAN, qu’il qualifie de « tigre de papier » et ses membres européens de « lâches ». Et surtout, la confiance dans sa determination à venir en aide à un « allié » européen en cas d’attaque est rompue. Et l’après-Trump est tout aussi incertain. Il n’en faut pas plus pour semer la panique chez les « atlantistes » de tous bords.
« Que réserve l’avenir post-américain de l’Europe ? » s’interroge ainsi Joschka Fischer, ancien vice-Chancelier et ministre des Affaires étrangères (Vert) d’Allemagne (1). A ses yeux, « la dissolution de l’Alliance a déjà commencé ». C’est avec angoisse qu’il constate que « l’Europe doit désormais tracer sa propre voie »…
On laissera à l’intéressé sa nostalgie du « long protectorat américain (qui) a pris fin sous Trump et ne reviendra pas ». Notre conviction est, à l’inverse, que l’OTAN est surtout source d’insécurité comme en témoignent les effets délétères de son élargissement à l’Est. L’éventuelle « fin de l’OTAN » ne serait donc pas une mauvaise nouvelle ! Mais, ne prenons pas nos désirs pour des réalités.
D’abord, si Trump entend effectivement réduire drastiquement le financement des capacités militaires conventionnelles en Europe, gageons qu’il ne prévoit nullement de renoncer au commandement suprême des « forces alliées » sur le continent. Quant au « parapluie » nucléaire américain, nombre de pays européens sont prêts, pour espérer le conserver, à mieux
« partager le fardeau » des dépenses de l’OTAN en consacrant des budgets pléthoriques à leur défense comme à l’entretien des 37 bases américaines en Europe, tout en s’engageant à acheter des F35, des missiles Patriot, et autres tanks ou lance-roquettes américains !
Ensuite, pour le cas où les Etats-Unis -obnubilés par le défi chinois- se retireraient réellement de l’Europe, les principales « puissances » de la région (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Pologne…) éventuellement rejointes par..le Canada, envisageraient de constituer une force conjointe d’intervention. Emmanuel Macron, pour sa part, poursuit son dangereux rêve de grandeur en proposant d’étendre « la bombe » française à tous ses voisins ! Et l’extrême-droite est en embuscade…Bref, quel que soit l’avenir de l’OTAN -avec ou sans les Etats-Unis- , il n’est question que de militarisation à outrance. L’essentiel, en matière de sécurité collective, manque en tout état de cause désespérément à l’appel.
L’urgence est à une revalorisation substantielle de la dimension politique de la sécurité européenne : celle fondée avant tout sur la diplomatie, la prévention des conflits et le droit international et non sur les rapports de force; celle mettant l’accent sur la sécurité globale -alimentaire, sanitaire, climatique …- et non sur le culte de la « puissance »; celle misant sur les progrès du multilatéralisme et non sur les prétentions dominatrices d’un « Occident » déclinant. Il est plus que jamais nécessaire d’ouvrir un débat public sérieux sur ces enjeux de civilisation .
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(1) « Le Monde », 1/5/2026




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