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LE « G7 » : ARROGANCE, CONNIVENCE, CONDESCENDANCE
Emmanuel Macron ne cache pas sa fierté d’accueillir le Sommet annuel du G7 -« les pays les plus riches du monde »(1)- à Biarritz, du 24 au 26 août prochains. C’est l’occasion de revenir sur ce que représente réellement, année après année, ce rendez-vous des « oligarques du monde occidental », selon l’expression fort pertinente de Bertrand Badie, spécialiste bien connu des relations internationales. Trois mots permettent, à mes yeux, d’en résumer l’esprit : arrogance; connivence; condescendance.
Arrogance : comment qualifier autrement la prétention d’un club de sept Etats de s’ériger en une espèce de directoire du monde ! À l’heure de la spectaculaire montée en puissance des pays émergents, cette configuration étriquée et autocentrée illustre davantage les crispations d’un système en déclin que la recherche d’une forme réaliste de régulation des relations internationales.
Connivence : avant l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, cette rencontre des Chefs des « grandes puissances démocratiques de la planète » s’apparentait en règle générale à une fastueuse réunion de famille destinée à s’accorder entre « élites » sur quelques grands dossiers. Désormais, la donne a changé à Washington : le Président des Etats-Unis humilie ses « alliés » , les menace de guerre commerciale, torpille leur diplomatie. Ceux-ci continuent cependant de se comporter en subordonnés d’un supposé « Chef du monde libre ». Certes, ils sont agacés par les postures outrancières de leur supérieur, mais restent trop souvent prêts, -par delà quelques gestes de résistance symboliques- à composer avec lui.
Condescendance, enfin : selon une tradition bien établie, les 7 « grands » invitent, en marge de leurs conciliabules, des dirigeants de pays du Sud, notamment africains, à échanger avec eux…Cette année, la France n’a pas dérogé à la règle, mais elle a, naturellement, fait encore mieux en érigeant en « priorité du G7 » tout entier la question…des « inégalités », car, souligne doctement le site de l’Elysée, citant la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen, « Les hommes naissent libres et égaux en droits » de 1789 ! À ce stade, il peut être utile de rappeler que, parmi les 7 Sans-culottes de Biarritz, figurent, entre autres, le tiers-mondiste Donald Trump, l’égalitariste Boris Johnson et l’allié en sursis du philanthrope Matteo Salvini ! À quoi rime, dès lors, hormis un « coup de com », ce jeu de rôle du Président français, dont la politique d’aide au développement ou d’accueil des réfugiés devrait, au demeurant, inciter à plus de modestie ? Le combat contre les inégalités est effectivement primordial, mais…contre la logique du G7 !
Le monde actuel, en crise profonde, a un besoin vital de -vraies- concertations et coopérations entre nations ou groupes de nations, sans exclusion ni domination, tant sur les enjeux économiques et sociaux que sur les autres défis planétaires, au premier rang desquels figurent, en même temps que le climat et la biodiversité, le développement, le désarmement et la pacification des relations internationales. Souhaitons que Biarritz 2019 soit l’occasion pour les forces progressistes de rappeler -non par la violence qui rebute, mais par les propositions qui stimulent- qu’aujourd’hui comme hier un autre monde est possible.
THATCHER, BLAIR, JOHNSON…DE L’AIR !
Tandis que commence la périlleuse aventure de Boris Johnson au « 10, Downing Street« , comment ne pas penser à la succession de désastres politiques que subissent les forces démocratiques de ce grand pays, notamment depuis 1979, date de l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher ! Il n’est pas inutile de revenir sur les principaux épisodes de cette terrible expérience, d’autant que nombre des stratégies mises en œuvre par les dirigeants successifs du Royaume-Uni ont fait école, par la suite, dans d’autres pays de l’Union européenne, France comprise.
Durant ses trois mandats, la « Dame de fer », chantre du néolibéralisme, mena, on s’en souvient, une véritable guerre contre les syndicats, développant dans le pays une véritable pédagogie du renoncement aux luttes sociales en refusant toute concession aux grèves les plus puissantes, telle celle, particulièrement emblématique par sa force et sa durée (11 mois !), des mineurs, en 1985. Elle appliqua la même intransigeance calculée au conflit nord-irlandais, laissant mourrir un à un les grévistes de la faim républicains qui revendiquaient depuis leur sinistre prison le statut de prisonnier politique. Et c’est toujours sur la base de ce principe-clé (ne rien céder) qu’elle arracha à ses pusillanimes « partenaires » européens le fameux « rabais » sur la contribution de la Grande-Bretagne au budget de l’UE, et ce sans limite dans le temps : soit environ 111 milliards d’euros en 30 ans ! Il faut croire que son modèle de gouvernance inspire aujourd’hui encore les dirigeants occidentaux les plus cyniques puisque son slogan : « Britain is great again » a, depuis, traversé l’Atlantique…
Vint ensuite la période Blair. Sans être assimilable à la précédente, elle a entériné nombre de ses régressions. Avant même son élection à la tête du pays, en 1997, c’est l’ arrivée du champion de la « troisième voie » à la tête du parti travailliste, en 1994, qui se traduisit par une défaite majeure pour le mouvement progressiste britannique. Devinant d’emblée la volonté et la capacité du nouveau Chef du « Labour » de casser tous les repères de gauche hérités de l’ « avant-Thatcher », la dirigeante conservatrice de choc salua en lui « le leader le plus formidable que nous ayons eu depuis cinquante ans » ! De fait, profitant de la marginalisation de l’aile gauche de son parti sous le règne -tout aussi néolibéral sur le fond, mais dans un style plus classiquement social-démocrate dans la forme- de son prédécesseur , Neil Kinnock (qui deviendra commissaire européen…), Tony Blair entreprit immédiatement la transformation tant du projet travailliste que des règles du parti. On parla d’une « tatchérisation du Labour », non sans des accommodements intelligemment distillés pour marquer la différence, tels des investissements dans les services publics ou diverses mesures sociétales. À l’issue de cette phase de « normalisation » de la gauche , la voie fut à nouveau ouverte aux conservateurs. Le piètre Cameron, pour des raisons étroitement politiciennnes, promit le référendum sur la sortie de l’UE, jouant à la roulette russe l’avenir du pays. Il sera suivi par une Theresa May impuissante face à une Chambre des Communes en plein désarroi. On connaît la suite -qu’on espère la plus provisoire possible. Thatcher, Blair, Johnson…De l’air !




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