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LE DERNIER SURVIVANT DU CNR PARLE
Comment mieux célébrer le 8 mai dans cette chronique qu’en rendant compte d’un passionnant livre d’entretiens avec le dernier survivant du Conseil National de la Résistance, qui vient de paraître ! (1) Notre ami, Robert Chambeiron -c’est naturellement de lui qu’il s’agit- , va entamer, le 22 mai prochain, sa…centième année. Il avait entre 25 et 30 ans et assumait déjà la lourde et périlleuse responsabilité de Secrétaire général adjoint du CNR quand se sont déroulés les événements dramatiques et les actions héroïques qu’il relate ici avec une vivacité d’esprit et une précision inouïes. Rien de grandiloquent dans les propos de ce proche compagnon de Jean Moulin, mais un cheminement vivant et éclairant à travers les étapes marquantes qui ont conduit de la trahison de Pétain – et des partis qui lui ont confié les pleins pouvoirs le 10 Juillet 1940- à la défaite finale du nazisme et à la libération de la France.
Parmi les thèmes les plus cruciaux qui émergent de ces entretiens, conduits avec une intelligente complicité par une amie du grand Résistant, Marie-Françoise Bechtel, on citera tout d’abord les motivations qui ont présidé à l’engagement du jeune Robert dans un combat qui imprégnera profondément toute son existence: » La guerre d’Espagne a marqué un tournant décisif », dit-il en citant à ce propos la belle formule de l’historien Maurice Voutey : » la résistance avant la Résistance ». Autrement dit, c’est la solidarité internationale qui a éveillé au combat pour libérer la France. On est aux antipodes de la démagogie nationaliste qui tente aujourd’hui d’embrouiller les esprits.
Un autre sujet majeur évoqué au travers d’une multitude de faits historiques ou d’anecdotes vécues est la délicate et patiente construction de l’unité de la Résistance. Entre les gaullistes, les communistes, les chrétiens…, les différences d’approche étaient réelles. Au-delà, si les principaux représentants des classes dirigeantes avaient massivement choisi le camp de la collaboration, il y avait néanmoins des éléments franchement conservateurs au sein de tel ou tel mouvement de la Résistance: « Ils étaient anticommunistes et ça ne les dérangeait pas outre mesure de mal se conduire avec des gens qu’on supposait être des rouges » témoigne ainsi un ancien lieutenant proche de Raymond Aubrac. Certains d’entre eux n’entendaient pas reconnaître à Jean Moulin la qualité de chef de la Résistance intérieure car ils » lui reprochaient son engagement dans le Front populaire » souligne Chambeiron. C’est à surmonter ces différences et ces oppositions dans un élan commun pour chasser l’occupant et « mettre en place toutes les structures économiques et administratives qui se substitueront à Vichy »que s’est employé le CNR. Comment ce rassemblement a-t-il finalement pu s’effectuer sur une base clairement progressiste? En particulier grâce à l’entrée en masse de la classe ouvrière dans la Résistance. Robert Chambeiron rend à cet égard un hommage appuyé à l’action de la CGT réunifiée et du Parti communiste. »Les classes dites conservatrices finiront même par rallier le mouvement parce qu’il n’est pas d’autre voie que de s’entendre si l’on veut s’organiser pour contrer les Allemands » note-t-il.Quant à De Gaulle, il « sent bien cette poussée à gauche », lui qui déclare, à Londres,en 1942: « C’est une révolution(…) que la France, trahie par ses élites dirigeantes et par ses privilégiés, a commencé d’accomplir » !
Le programme du CNR – qui reste aujourd’hui encore une référence pour les forces de progrès et un repoussoir pour les nantis- est le reflet de ce rassemblement à dominante progressiste. Sa mise au point -à l’unanimité, ce qui explique certaines lacunes,comme le doit de vote des femmes ou la référence à la laïcité…- demanda quatre mois. Sur la base d’un projet préparé par Pierre Villon, une des figures communistes, avec Rol-Tanguy, de la Résistance, les représentants des différents mouvements rédigèrent le texte définitif , qui sera adopté le 15 mars 1944 -il y a tout juste 70 ans. « Pour moi, conclut Robert Chambeiron, l’honneur de la Résistance aura été d’agir afin de libérer le pays tout en définissant l’avenir ».
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(1) »Résistant », de Robert Chambeiron.Entretiens avec Marie-Françoise Bechtel (Fayard,2014).
EUROPE-AFRIQUE: QUEL « PARTENARIAT » ?
La semaine dernière s’est tenu à Bruxelles le quatrième « Sommet Union européenne-Afrique ». On en a peu parlé. Pourtant, il a réuni pendant deux jours près de 80 dirigeants des deux continents et son enjeu était rien moins que l’avenir de la relation entre deux communautés humaines -l’une comptant 28 pays et 500 millions d’habitants; l’autre 54 nations et plus d’un milliard de personnes ! Un beau défi stratégique ! Mais, hélas, un de plus que l’UE actuelle s’avère incapable de relever et qui appelle une refondation de la construction européenne.
Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent en Europe pour inviter de façon pressante États et entreprises non à prendre leur part à la promotion d’un développement humain durable et conjoint de ces deux grandes régions du monde liées par l’histoire et la culture, mais à profiter de « l’Eldorado » que représenterait l’émergence d’une minorité « solvable » en Afrique, sans se soucier particulièrement du contexte plus que problématique de cette divine surprise. « En 2040, sur le milliard et demie d’habitants que comptera l’Afrique subsaharienne, il y aura 240 millions d’urbains au revenu moyen équivalent à 20 dollars par jour, soit un marché annuel de plus de 1700 milliards de dollars » salivait déjà en 2010 le directeur général d’une filiale de…l’Agence française de développement -moins prolixe sur le sort des 1 milliard 260 millions d’hommes , de femmes et d’enfants restants ! (1) Dans la même veine, le cabinet McKinsey prédisait l’an dernier à l’adresse des « investisseurs » une hausse de 300 milliards du chiffre d’affaires du secteur de la consommation en Afrique d’ici 2020 , précisant même que l’Afrique offrait « le second taux de retour sur investissement » au monde.(2) Jusqu’à un diplomate comme Hubert Védrine qui en est venu , plus récemment, à s’extasier devant les « potentialités impressionnantes » que recèlerait l’apparition de ces fameuses « classes moyennes africaines », voire celle des « 40 Africains les plus riches (qui) ont une fortune cumulée de 70 milliards de dollars » ! (3) Bien sûr qu’il ne s’agit de négliger ni le commerce ni les investissements, mais la relation Europe-Afrique mérite mieux qu’une course aux bonnes affaires.
C’est pourtant cet esprit mercantile qui a marqué le Sommet de Bruxelles. »Il ne sera pas dit que l’Europe se fait damer le pion par la Chine et les autres pays émergents qui courtisent l’Afrique » résume l’Agence Europe. De fait, hormis l’envoi prochain de 800 soldats en République Centrafricaine , c’est surtout la finalisation des « Accords de partenariat économique » (APE) qui a motivé les dirigeants européens. Autrement dit, la mise en place de zones de libre-échange entre l’UE et chaque sous-région d’Afrique subsaharienne (Ouest, Centre,Est) -un projet dominateur auquel nos « partenaires » africains résistent depuis 2002, tant ils redoutent , pour leur économie, le choc du pot de fer contre le pot de terre et , pour leurs finances, la perte substantielle de droits de douane. Désormais, ils se voient,en cas de refus prolongé des APE, menacés de perdre le bénéfice d’accords préférentiels acquis de longue date. Quant au traitement des migrants « illégaux », après la terrible tragédie de Lampedusa, rien de nouveau sous le soleil: renforcement de la gestion des frontières, retour, réadmission.
De quoi conforter dans leur frustration tous ceux qui soupçonnaient l’Union européenne de chercher avant tout à « sécuriser ses marchés en Afrique, et notamment l’accès aux matières premières et aux ressources extractives » et appelaient de leurs vœux un « aggiornamento de l’approche européenne du partenariat avec l’Afrique, tenant compte des préoccupations majeures de transformation économique et sociale du continent » et visant à établir un « partenariat égalitaire » entre l’Union africaine et l’Union européenne.(4) Amis africains, nous vous entendons! Voilà encore une dimension du projet européen du Front de gauche comme du Parti de la Gauche européenne à faire vivre résolument!
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(1) « Le consommateur africain, nouvel Eldorado » ( Le Figaro – 10/9/2010)
(2) « L’Afrique,nouvel Eldorado des investisseurs » (Le Monde – 1/1/2013)
(3) « L’Afrique peut devenir le nouvel Eldorado de la France » (Nouvel Observateur » – 3/12/2013)
(4) « Un regard critique sur le partenariat Afrique-Europe »(IAG :Think tank reconnu par l’Union africaine et le Programme des Nations-Unies pour le Développement ).
DE L’INTÉRÊT DE BIEN CHOISIR SES ELU(E)S EUROPÉENS
Les votes émis le 26 février dernier par la majorité des députés au Parlement européen devraient faire réfléchir quiconque hésite encore sur le choix à faire lors des élections du25 mai prochain! La question posée ce jour-là concernait un service public de premier plan: les transports ferroviaires.
Depuis 1991,soit près d’un quart de siècle, les forces libérales à l’œuvre à la Commission européenne et au Parlement de Strasbourg s’acharnent à casser ce qu’elles appellent le « monopole public » du rail dans chaque État membre. Se heurtant à de fortes résistances,notamment de la part des organisations syndicales de cheminots, mais aussi de certains États,sensibles aux conséquences en matière économique et d’aménagement du territoire d’un démantèlement de leur opérateur national,les obsédés de l’ouverture à la concurrence se sont résignés à procéder par étapes, « paquet » de directives par « paquet » de directives.
Le premier d’entre eux, en 2001,puis le deuxième, en 2004,s’attaquèrent à « l’accès au réseau de fret »: l’ouverture à la concurrence ne concernait que les trains de marchandises. Le troisième,en 2007, cibla, quant à lui, « l’ouverture du marché » pour le transport de voyageurs , mais seulement sur les lignes internationales. Enfin, le quatrième de ces « paquets » de directives et de règlements, qui vient donc d’être soumis aux parlementaires européens la semaine dernière (avant de l’être,prochainement, au Conseil, c’est à dire aux gouvernements), concernait l’ouverture totale des transports ferroviaires (internationaux et nationaux) à la concurrence d’ici 2019, ainsi que la séparation effective entre la gestion du réseau (les rails) et la prestation des services (les trains).
Plusieurs milliers de cheminots, venus de toute l’Union européenne à l’appel de la Fédération européenne des travailleurs des transports (FET-CES), s’étaient donné rendez-vous pour l’occasion dans la capitale alsacienne. Cette mobilisation , après bien d’autres, n’a pas empêché 386 députés (contre 206 et 78 abstentions) d’avaliser ce très mauvais coup contre le service public. Le texte adopté impose par exemple la présence d’au moins trois opérateurs concurrents dans un pays comme la France, avec tout le cortège de conséquences , tant en matière sociale que sur le plan du service rendu, liées à la course à la « compétitivité » qui s’ensuivrait. Or, la vérité obligé à le souligner: parmi les 386 coupables figuraient « naturellement » les élus UMP, mais aussi, hélas,l’essentiel des parlementaires socialistes, à l’exception de représentants de « l’aile gauche », qui se sont abstenus.
Quelles leçons tirer de cette énième expérience désolante , à quelque 80 jours du renouvellement de l’assemblée de Strasbourg? La première, c’est que « oublier » d’aller voter le 25 mai prochain, c’est offrir une prime à tous les obsédés de l’Europe libérale. Car, retenons cela : contrairement à une idée reçue selon laquelle « le Parlement européen n’a aucun pouvoir », si 50% des députés +1 s’opposaient à une directive du type de celles dont nous parlons, celles-ci seraient caduques! Si les électrices et les électeurs votaient en fonction de leurs attentes, cette majorité serait atteinte et même dépassée! Certes , cela ne suffit pas pour refonder l’Europe. Il n’en demeure pas moins que se priver de ce levier relève de l’autoflagellation !
Le second enseignement à retenir de la journée noire de ce 26 février, c’est qu’il vaut mieux y regarder à deux fois avant de choisir le bulletin à glisser dans l’urne,le 25 mai prochain… Qui peut contester, à cet égard, qu’il y a, au Parlement européen, un groupe politique qui n’a, de toute son existence, jamais dévié de son orientation résolument sociale: la « Gauche unitaire européenne », représenté en France par le Parti communiste ,et plus généralement le Front de gauche, et soutenu dans toute l’UE par le Parti de la Gauche Européenne (PGE) et son candidat à la présidence de la Commission, notre ami grec, leader du parti Syrisa, Alexis Tsipras. Ce groupe est donné en nette progression dans les enquêtes d’opinion. Reste à concrétiser cet espoir.




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