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L’EUROPE ET LES LEÇONS DU FIASCO IRAKIEN

wurtz-l-humanite-dimanche               Le contraste est saisissant entre l’attitude de la plupart des Etats européens face à la guerre en Irak en 2003, et la situation observée dans l’Union européenne (UE) dix ans plus tard à propos de l’éventualité d’une intervention militaire occidentale en Syrie.

En 2003, l’opposition affirmée de la France -appuyée par l’Allemagne- à George W Bush déclencha un véritable tir croisé de tout ce que l’Europe comptait de pouvoirs atlantistes. La Grande-Bretagne dirigea d’emblée une coalition belliciste allant de l’Espagne, l’Italie et le Portugal au sud, jusqu’au Danemark au nord et même à des pays alors non encore membres de l’UE mais en passe de le devenir, comme la Pologne, la Hongrie et la République tchèque à l’Est. Cette première cohorte fut bientôt rejointe par un autre contingent d’inconditionnels de Washington, appelé « Groupe de Vilnius » et comprenant pas moins de huit futurs membres de l’UE (Bulgarie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Croatie et Pays baltes) ainsi que l’Albanie et la Macédoine. L’actuel président de la Commission, M.Barroso -alors Premier Ministre portugais- se tint même courageusement aux côtés du grand Chef de guerre de l’Occident, lors du Sommet des Açores pour signifier au monde son appui fervent à la croisade « humanitaire » qui se préparait.

Rien de tel aujourd’hui ! Certes, Paris est à nouveau isolé, cette fois plus dans la position du résistant à l’aventure militaire, mais dans la posture du promoteur de la « punition » par les armes. Le gouvernement de Londres, va-t-en-guerre patenté, a, lui, subi l’humiliation d’un désaveu cinglant de la Chambre des Communes. Berlin, à la veille d’élections sensibles, préfère faire profil bas. Rome et Bruxelles excluent de participer à une telle intervention sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Varsovie refuse d’envisager d’y prendre part. La plupart des autres capitales sont muettes sur le sujet. Quant à la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la sécurité, Mme Ashton, elle s’abstient sagement de prendre parti. L’un des rares responsables européens à s’être exprimé clairement est le Directeur des … Opérations humanitaires (ECHO) auprès de la Commission, Jean-Louis Brouwer, qui a dit redouter que l’accès humanitaire à l’intérieur de la Syrie soit rendu encore plus difficile et que la situation des pays voisins devienne « intenable » si les frappes devaient avoir lieu…

Pourquoi ce retournement spectaculaire des positions européennes? A l’évidence, les opinions publiques et nombre d’acteurs de terrain ont intégré les leçons du fiasco irakien et pèsent sur les décisions des dirigeants. Trois préoccupations s’expriment avant tout: la manipulation de la conscience des gens; la désinvolture à l’égard de l’ONU; le chaos final qui résulte d’une opération militaire après l’autre.

La manipulation: après le sinistre mensonge d’Etat de Colin Powel en 2003 au sujet des « preuves » censées justifier la guerre, une méfiance légitime s’est installée envers ces méthodes douteuses. La désinvolture à l’égard des Nations-Unies: le sentiment justifié s’installe que s’il suffit que deux membres permanents du Conseil de sécurité (USA et France) « estiment qu’ils ont le pouvoir de légitimer une action unilatérale » (Védrine!), l’humanité a du souci à se faire !  Enfin,le chaos final issu des guerres précédentes tord le cou au prétexte « humanitaire » des frappes. L’horreur qu’inspire à juste titre le régime syrien n’altère en rien cette leçon de l’expérience: il n’y a de solution que politique à ce terrifiant conflit, et celle-ci n’émergera pas si on ignore Moscou et Téhéran. La France ferait bien de construire son « autorité » dans cet esprit.

5 septembre 2013 at 1:37 Laisser un commentaire

DEBAT SUR L’EURO: QUELQUES REPERES

wurtz-l-humanite-dimanche                    Des interrogations s’expriment: « Pourquoi essayer à tout prix de sauver l’euro ? Pourquoi un retour en arrière est-il tant un problème ? »
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Soyons clairs: nous ne cherchons pas à « sauver » l’existant ! Les transformations que nous préconisons en matière de politique monétaire européenne sont radicales ! Il ne s’agit pas moins que de libérer les pays membres de la toute-puissance des grandes banques, compagnies d’assurance, fonds de pension, hedge funds et autres « acteurs des marchés financiers »! Mesure-t-on l’enjeu de classe que constitue le fait que la Banque centrale européenne aurait pour mission, non plus d’attirer les « investisseurs » au prix d’une politique d’austérité salariale et de rationnement des dépenses publiques, mais celle d’utiliser son pouvoir de création monétaire pour financer, à taux quasi-nul et sur le long terme, le développement social et écologique ainsi que la réduction progressive des déséquilibres, notamment entre le nord et le sud de l’Europe? Si nous y parvenons, c’est une révolution ! Il va sans dire que c’est un combat qui suppose des luttes sociales et politiques d’envergure, des conquêtes de droits nouveaux, des rassemblements larges, des convergences avec d’autres peuples européens, et même la recherche d’alliés dans d’autres régions du monde qui aspirent à voir réformer le Système monétaire international dans son ensemble. Comme toute grande bataille,celle-ci n’est pas gagnée d’avance.Mais le niveau d’exaspération et la volonté de changement sont tels en Europe aujourd’hui qu’un objectif de cette nature peut devenir plus mobilisateur que jamais. Songeons que les syndicats allemands partagent notre projet de créer une banque publique européenne exclusivement dédiée au financement des investissements sociaux,ou encore que la Confédération européenne des syndicats s’est engagée dans une opposition ferme au traité budgétaire et à sa logique d’austérité. La donne change…

Question: ne serait-il pas plus facile de choisir le « retour en arrière » ? Rien n’est écrit d’avance, mais plusieurs données majeures sont connues et doivent nous faire réfléchir: en particulier le besoin vital de solidarité et de coopération entre Européens face à la puissance acquise par le capital financier, aux effets dévastateurs de la crise depuis 2008, et à cette triste évidence que , de nos jours, « la majorité des élites politiques ne voie pas d’issue hors de la soumission aux diktats des marchés financiers. »(1)

Or, comment risquerait de se traduire, dans ce contexte, un retour aux monnaies nationales, autrement dit un éclatement de la zone euro? En toute logique par une guerre économique exacerbée entre nations voisines, avec les conséquences sociales, idéologiques et politiques qu’on imagine. Pourquoi? Parce que ce sera à qui exportera le plus et importera le moins , et qu’à ce jeu, il y a, par définition, quelques « gagnants » et beaucoup de perdants ! Pour tenter de figurer parmi les « gagnants », chaque Etat sera ,en toute logique (ultra libérale), conduit à faire du zèle dans la course à la « compétitivité », dévaluant de plus en plus sa monnaie, réduisant toujours davantage ses « coûts du travail » et ses « dépenses excessives », appelant les salariés à la discipline et enrôlant son opinion publique dans cette croisade mortelle pour le progrès social, la démocratie et la solidarité. Où serait l’avantage? Certes,le pire n’est jamais sûr, mais peut-on faire courir ce risque à son peuple …et à l’Europe, qui n’a vraiment pas besoin d’une nouvelle poussée de nationalisme et de xénophobie?

Une France de gauche a, à cet égard, un devoir d’initiative. Elle peut prendre des mesures en rupture avec l’actuel consensus de la classe dirigeante européenne chaque fois qu’elles sont susceptibles de crédibiliser aux yeux, non seulement d’une majorité de Français mais de millions d’Européens , la perspective d’un autre euro et d’une « autre Europe ».

——
(1) Bernd Riexinger, co-président de la Linke,d’Allemagne (Economie et Politique,mai-juin 2013.)

22 août 2013 at 9:04 1 commentaire

68 ANS APRES HIROSHIMA: « ARRETEZ LA BOMBE ! »

Quand des acteurs de la « société civile » du monde entier s’engage pour un enjeu de civilisation comme le désarmement nucléaire, ils méritent qu’on les salue! C’est le cas du réseau international des « Maires pour la paix » , présidé par le premier magistrat de la ville-martyr d’Hiroshima, Kazumi Matsui. Sa ville vient d’accueillir, à l’occasion du 68ème anniversaire de la tragédie des 6 et 9 août 1945 (1), la huitième Conférence organisée par l’association depuis sa création en 1985. Une initiative heureuse à plus d’un titre.

D’abord, il n’est pas indifférent qu’un événement de cette nature ait lieu au Japon en ce moment. Le nouveau Chef du gouvernement de Tokyo, le très conservateur , Shinzo Abe,  a, en effet, décidé de flatter les milieux les plus nationalistes de l’empire du soleil levant en annonçant sa volonté de réviser la Constitution du pays jugée trop pacifiste. De fait, la loi fondamentale d’après-guerre impose au Japon de « renoncer à jamais à la guerre ainsi qu’à la menace ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux ». On mesure la portée politique et symbolique de l’amendement de cet « article 9 » tant honni des milieux militaristes nippons ! Le vice-Premier ministre en a du reste illustré les dérives possibles en déclarant incidemment: « La Constitution de l’Allemagne de Weimar a été discrètement remplacée par celle de l’Allemagne nazie. Pourquoi ne pas s’inspirer de leur tactique ? « …Un grand rendez-vous international pour la paix à Hiroshima est, dans ce contexte, particulièrement bienvenu.

Ensuite, cette Conférence a pour mérite de rappeler solennellement l’incommensurable danger que représente,dans un monde aussi instable, la persistance de ces armes nucléaires dont la puissance cumulée représente aujourd’hui des centaines de milliers de fois celle qui suffit hier à anéantir Hiroshima ou Nagasaki, et dont la détention anachronique par une dizaine de pays favorise inévitablement la prolifération.

Aussi est-il hautement salutaire que des élus des cinq continents fassent leurs les cris d’alarme répétés au sujet de la terrifiante spécificité de ces armes « du fait de leur pouvoir de destruction, des souffrances humaines indicibles qu’elles causent,de l’impossibilité de maitriser leurs effets dans l’espace ou le temps, des risques d’escalade qu’elles comportent et de la menace qu’elles constituent pour l’environnement, les générations futures et de la survie même de l’humanité » (2) et relaient auprès des citoyennes et des citoyens cette exigence à faire grandir à tout prix auprès des dirigeants concernés: « arrêtez la bombe! » (3) C’est naturellement là l’intérêt direct de la récente rencontre d’Hiroshima:  encourager le développement de cette coopération inédite entre plus de 5600 villes et communes de 156 pays sur un sujet de dimension hautement politique, voire anthropologique. La France -puissance nucléaire, donc directement concernée- est présente dans ce réseau depuis 1997, avec une bonne centaine de collectivités. Nombre de villes d’autres pays européens -Allemagne, Belgique, Italie, Espagne, République tchèque…- y tiennent également leur place. Mais on peut mieux faire !

Dans le prolongement des « lanceurs d’alerte » lucides et courageux que furent les Einstein, Oppenheimer ou Joliot-Curie, et à l’instar d’un Albert Camus qui écrivit deux jours après le bombardement d’Hiroshima : « la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie », souhaitons que beaucoup d’autres maires viennent renforcer cette chaîne généreuse et responsable pour le désarmement nucléaire et pour la paix.

———–
(1) Les bombardements atomiques des villes d’Hiroshima et de Nagasaki par l’armée des Etats-Unis. Le site du réseau est:  http://www.afcdrp.com
(2) Déclaration du Comité International de la Croix-Rouge (Oslo-mars 2013)
(3) Titre d’un ouvrage de Paul Quilès, du Général Norlain et de Jean-Marie Collin sur le désarmement nucléaire. (Cherche-Midi éditeur 2013)

8 août 2013 at 5:43 3 commentaires

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