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La légitime exaspération que suscite la politique de l’Union européenne toutes ces dernières années nourrit ici ou là l’idée qu’il faudrait un « coup de balai » pour nous débarrasser de toute cette pseudo « élite » de Bruxelles, et par là-même de toutes les calamités qu’elle incarne aux yeux du plus grand nombre. Méfions-nous: ce type de slogan peut paraître radical, mais il est en réalité à courte vue. Il n’encourage pas les citoyennes et les citoyens à s’approprier les enjeux européens ( Par exemple, le choix de classe qui oppose ceux qui aspirent à faire de la promotion des capacités humaines la priorité de la future politique européenne aux obsédés de la course à la compétitivité par la baisse du « coût du travail » et des dépenses publiques) . Or, seuls celles et ceux qui voient clair sur ces choix sont en mesure d’agir sur eux . La gauche n’a rien à gagner à cantonner le peuple dans une posture purement protestataire, à privilégier le réflexe sur la réflexion et la surenchère verbale sur l’intervention de fond.
Ironie du sort, cette année, c’est ,du reste, l’Union européenne elle-même qui va, en quelque sorte, en raison d’échéances qui se télescopent, donner un « coup de balai » dans les hautes sphères du pouvoir « bruxellois »!Qu’on en juge: le Président de la Commission européenne, M. Barroso? Il quitte définitivement son poste le 1er novembre prochain. Le Président du Conseil européen, M. Van Rompuy? Il se retire impérativement un mois plus tard. La Haute Représentante de l’UE pour les Affaires Étrangères et la politique de sécurité, la Baronne Catherine Ashton? Elle va retrouver la Chambre des Lords cet automne. Si on ajoute à la liste le Président du Parlement européen, M.Schulz, qui rend son tablier en mai, on le constate: bien des ténors de l’actuelle « nomenklatura » européenne vont devoir céder la place en 2014. Et pourtant, ce seul fait ne conduira évidemment pas aux changements attendus par la majorité de nos concitoyens !
Pour que puisse s’ouvrir avec succès un processus de « refondation » de la construction européenne , il faut qu’un ou , si possible, plusieurs pays prennent l’initiative de rompre avec les dogmes libéraux actuels, mais il faut aussi que cette rupture soit massivement comprise et soutenue par les citoyens du plus grand nombre de pays possible. Pour créer les conditions de ces convergences, les slogans gauchistes ne sont d’aucun secours. C’est l’aiguisement de la bataille des idées alternatives à celles des libéraux de tous genres qui est décisive. Et c’est le rassemblement le plus large autour de ces idées de changements qui est déterminant. L’élection européenne est un moment-clé pour concrétiser ces nouveaux rapports de force grâce à une bonne représentation au Parlement de Strasbourg.
Saisissons à pleines mains, dans cet esprit, le levier du scrutin du 25 mai prochain! En France-même , nous savons comment faire appel à l’intelligence de nos concitoyens : l’expérience de la bataille contre le traité constitutionnel de 2005 est gravée dans la mémoire collective. Quant à notre campagne à l’échelle européenne , le soutien massif de la gauche critique européenne (celle du Parti de la Gauche Européenne que préside Pierre Laurent) à la candidature de notre ami Alexis Tsipras -le leader de Syrisa, aujourd’hui première force politique de Grèce!- à la présidence de la Commission va nous offrir une opportunité sans précédent de défendre ,ensemble, nos idées jusque sur la scène européenne . C’est tout cela, le défi à relever aujourd’hui.
16 janvier 2014 at 7:40
A en croire certaines fuites, il y aurait eu du rififi au dernier Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement, le 19 décembre dernier! En cause, un projet-phare de Madame Merkel , mal accueilli par ses pairs à cinq mois des élections européennes,…et dont l’adoption définitive a finalement été reportée à l’automne! Le seul écho officiel de ces débats exceptionnellement vifs fut, en France, une interview du Président du Conseil européen, Herman van Rompuy (1). Mais il y a fort à parier que seule une poignée d’experts aura compris de quoi il retournait en lisant sous sa plume qu’ « avec l’idée de partenariats économiques pour la croissance, l’emploi et la compétitivité, nous mettons en place un outil supplémentaire à la disposition des gouvernements nationaux pour assumer leurs responsabilités européennes dans un esprit de solidarité. »(!) Cette effroyable langue de bois avait, en l’occurrence, une fonction précise:acter publiquement un projet politique d’envergure (ainsi, l’on ne pourra pas reprocher aux dirigeants européens d’avoir caché leurs intentions), mais le faire de telle manière que personne n’en mesure la portée avant le scrutin européen du25 mai prochain. Explications.
Depuis quelques temps déjà,la Chancelière insiste sur l’idée qu’il est temps de faire franchir à la zone euro une nouvelle étape dans le sens de « l’intégration », autrement dit de la centralisation des pouvoirs, quitte à devoir modifier les traités. Arracher par tous les moyens les « réformes » attendues par les marchés financiers constitue, selon elle, le seul moyen de parer au risque d’éclatement de l’Union monétaire.
Bien des pressions s’exercent en ce sens en Allemagne. La dernière en date émane d’un groupe de personnalités de renom (2). Celles-ci estiment « inévitable que les citoyens endossent le fardeau des crises et doivent accepter de douloureuses réformes », mais s’inquiètent dans le même temps des « dommages collatéraux » de ces mesures dans les pays en crise , dont « le spectre politique se radicalise ». Elles préconisent donc un donnant-donnant: les Etats en grande difficulté conjoncturelle pourraient bénéficier d’une aide financière, par exemple sous la forme d’une « assurance chômage commune ». Celle-ci devrait être « utilisée pour aborder des réformes du monde du travail depuis longtemps retardées. »
C’est une idée de ce type que Madame Merkel tenta de faire adopter par le Conseil européen à la veille de Noël. Dans sa bouche, cela devient : la signature entre chaque gouvernement et la Commission européenne de contrats contraignants prévoyant un calendrier des fameuses « réformes » en échange d’éventuelles compensations financières.
Et -ô surprise- la « toute puissante » Chancelière essuya tout d’abord un refus général, même de la part de ses plus proches alliés comme le Président du Conseil espagnol, le très réactionnaire Rajoy! En cause : la démocratie? Le social? La solidarité? On pourrait le penser en entendant -signe des temps- tout cet aréopage libéral et docile évoquer subitement qui « la souveraineté », qui « la légitimité », qui des « lignes rouges »! Pourtant, quand,face au courroux de la dame de fer, le Président français propose une synthèse toute « hollandaise » , tout le monde se serait rallié à sa « solution » : s’entendre de suite sur « les principes » et reporter l’accord « sur les détails »…après les élections européennes ! Banco! La décision finale sera prise en octobre…Il nous reste 136 jours pour convaincre de l’utilité d’un fort vote pour les listes du Parti de la Gauche européenne le 25 mai prochain!
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(1) « Les Echos » (23/12/2013)
« Le Monde » (22/12/2013)
(2) « Groupe de Glienicke »: voir Fondation « Notre Europe ».
9 janvier 2014 at 6:05
Tous les observateurs avaient annoncé « un accord imminent », le 8 novembre dernier, lors des négociations de Genève entre les chefs de la diplomatie du groupe des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies (USA, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France) élargi pour l’occasion à l’Allemagne, d’une part, et le représentant du nouveau Président iranien, M. Hassan Rouhani, d’autre part. Mais cet espoir a été déçu. C’est l’intransigeance coupable de la France qui a empêché que ne s’ouvre , ce jour-là, une perspective de sortie de crise dans un conflit qui envenime le Moyen-Orient et empoisonne les relations internationales depuis plus de 30 ans, voire menace la paix mondiale en encourageant les jusqu’au-boutistes iraniens, israéliens et nord-américains. Dans ce contexte ultra-sensible, ce blocage de la part de la France apparait clairement comme irresponsable et injustifiable. Obtenir au plus vite la révision de cette posture est un impératif politique majeur.
Quoiqu’on pense du régime en place à Téhéran -je ne compte pas parmi ses amis!- il est indéniable que l’élection du nouveau Président iranien crée une nouvelle donne qui rompt avec la funeste ère Ahmadinejad. Cette opportunité historique doit d’autant plus être saisie qu’elle est fragile: voulue par la majorité de la population, tolérée par les plus hautes autorités religieuses, mais fermement combattue par les partisans de l’aile dure du régime, l’ouverture manifestée par le nouveau gouvernement a besoin d’être confortée par des succès rapides. Refuser , dans de telles circonstances, un projet d’ « accord préliminaire » prévoyant une levée partielle des sanctions en échange d’actes significatifs de bonne volonté de l’Iran, revient à jouer avec le feu. Cette attitude constitue, en outre, une caution inespérée pour les élus républicains américains foncièrement hostiles à l’Iran, et dont une bataille offensive au Congrès peut faire échouer tout accord futur.
Comment expliquer semblable aventurisme de la part de la France, avec qui les nouveaux dirigeants iraniens soulignaient il y a peu « le potentiel énorme » de coopérations possibles? Est-ce le produit de la volonté de « compter » en se singularisant? Est-ce une forme de revanche après le camouflet qu’a représenté pour Paris , alors à la pointe d’un projet d’intervention militaire contre Damas, l’accord américano-russe sur l’élimination des armes chimiques en Syrie? Est-ce un signe adressé aux dirigeants du Moyen-Orient qu’arrangerait une marginalisation durable de cette grande nation au rayonnement potentiellement puissant qu’est l’Iran -pensons aux grands démocrates au pouvoir dans les monarchies du Golfe ou en Israël…? Quoiqu’il en soit, exiger de l’Iran , comme l’a fait Paris, le renoncement à des mesures qu’aucune législation internationale n’interdit n’est pas acceptable. Il en va ainsi de la question de l’enrichissement (jusqu’à 20%) de l’uranium, autorisé par le Traité de Non Prolifération Nucléaire , dès lors que les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique ont la possibilité de vérifier sur place qu’il s’agit bien d’activités purement civiles et pacifiques -ce que le ministre des Affaires Etrangères iranien a confirmé. Ajoutons que les postures de matamore n’ont pas tellement réussi aux Occidentaux jusqu’ici: entre le début des sanctions et aujourd’hui, les centrifugeuses pour l’enrichissement de l’uranium en Iran sont passées de 160 à…19000. Mieux vaut donc négocier.
Une nouvelle occasion va se présenter à cet égard autour du 20 novembre prochain. Espérons que d’ici-là la sagesse prévale et que la France sache témoigner à temps au peuple iranien ce à quoi il aspire plus que tout: le respect, la confiance et l’égalité de traitement.
14 novembre 2013 at 8:02
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