Posts filed under ‘Allemagne’
QUAND L’EUROPE EST SANS…BUDGET!
Décidément, rien ne va plus. Des économistes décrivaient déjà l’Union européenne comme « l’homme malade de la planète » parce qu’elle affiche une croissance deux fois inférieure à la moyenne mondiale et trois fois moindre que celle des pays émergents. Puis l’on a entendu son président, Van Rompuy, annoncer que « la zone euro lutte pour sa survie ». Voilà que Conseil (les gouvernements) et Parlement viennent d’échouer dans leur recherche d’un accord sur le budget 2011! Seuls les Chefs d’Etat et de gouvernement peuvent encore éviter le pire lors de leur prochaine rencontre, les 16 et 17 décembre prochains, à condition de trouver entre eux – et à l’unanimité – un compromis acceptable pour la majorité des députés européens. Ce qui est loin d’être évident.
Cette situation n’a rien d’anecdotique. elle ne s’est produite, à ma connaissance, que deux fois en plus d’un demi-siècle, dans les années 80. Elle signifie que les institutions européennes ne disposeraient, pour fonctionner et investir, que d’un douzième du budget précédent (2010) par mois, jusqu’à ce qu’un accord intervienne sur un nouveau budget. Par voie de conséquence, aucune des dépenses nouvelles prévues pour l’an prochain ne pourrait être engagée. Ainsi, les agences de supervision des banques, des assurances et des marchés financiers dont la création devait annoncer une nouvelle « régulation » – au demeurant fort éloignée des exigences de ruptures avec la financiarisation à outrance de l’économie européenne – ne pourraient pas fonctionner; le chantier du futur réacteur expérimental de fusion nucléaire qui vient d’être lancé à Cadarache, dans les Bouches du Rhône, serait privé de 940 millions d’euros (Bonjour, la crédibilité de l’Union européenne vis à vis de ses partenaires pour ce projet: la Chine, l’Inde, la Corée, la Russie, les Etats-Unis…); les fonds structurels d’aide aux régions seraient amputés de 14% de leurs montants prévus; 24 milliards d’euros d’aides directes aux agriculteurs devraient être avancés par les Etats membres. Cerise sur le gâteau: le « service européen d’action extérieure » présenté comme la grande innovation du traité de Lisbonne (sorte de « quai d’Orsay » européen) ne pourrait pas voir le jour.
Comment en est-on arrivé là? L’adoption du budget suppose que Conseil et Parlement se mettent d’accord sur le même projet. Ce fut presque le cas, à la mi-novembre, la majorité des députés ne remettant en cause ni les orientations ni les limitations drastiques des dépenses: 126 milliards d’euros, soit 1,01% du revenu national brut des 27 pays membres… Le clash a pour origine l’intransigeance des gouvernements britannique, nordiques et néerlandais qui ont refusé de prendre l’engagement exigé par les parlementaires, en échange de leur extrême « modération » en matière de dépenses publiques européennes, de les associer à la réflexion prévue sur le financement futur de l’Union européenne (impôt européen? taxe sur les mouvements de capitaux? suppression de la ristourne substantielle accordée à la Grande Bretagne depuis le forcing victorieux de l’ex – « Dame de Fer », Margaret Thatcher?…) et à l’élaboration des perspectives financières pour les années à venir (2014-2020).
Rendez-vous le 16 décembre… Mais quelle que soit l’issue de cette ultime négociation, une double conclusion s’impose: d’abord, la question, hautement politique, des recettes comme des dépenses de l’Union européenne est à suivre de près dans la période à venir. Ensuite, cette nouvelle illustration des contradictions qui traversent l’actuelle construction européenne confirme la justesse d’une ambition que nous ne cessons d’affirmer: celle d’une véritable refondation d’une « Union » qui, décidément, prend l’eau de toutes parts.
LE « MODELE ALLEMAND » VU PAR…DES ALLEMANDS
Je reviens encore une fois sur un sujet qui me tient à cœur et qui est instrumentalisé sans vergogne par Nicolas Sarkozy et ses disciples: « le modèle allemand ». Notre voisin n’affiche-t-il pas une croissance record et une diminution du chômage? Les travailleurs d’outre-Rhin n’apportent-ils pas la preuve que la modération vaut mieux que la protestation? Dans un monde dominé par la concurrence et la compétitivité, le champion de l’export ne représente-t-il pas, par excellence, dans toute l’Europe, l’avenir? Toutes les questions étaient au cœur d’un débat public organisé, la semaine dernière, à Fribourg, en Allemagne, par nos amis de la « Linke ». Pour en parler, ils avaient invité Michael Schlecht qui fut, jusqu’à l’an dernier, l’un des principaux dirigeants du grand syndicat VERDI avant d’être élu député au Bundestag, le parlement de Berlin.
Sur le premier point, le syndicaliste s’employa à démonter le mythe de la « réussite allemande » qualifié par lui de « scandale social massif ». Il interrogea le public. « Qui parmi vous sent quelque chose de la croissance? » Une main se leva. Fanfaron? Exception? Car voilà la réalité: »ces dix dernières années, les profits ont grimpé de 35% tandis que, dans le meilleur des cas, en 2011, les salaires seront au niveau où ils étaient en 2000! » Quant au nombre de chômeurs, miraculeusement « passé sous la barre des trois millions » selon le gouvernement Merkel qui se vante que « toute l’Europe nous admire! », il a été atteint en éjectant des statistiques officielles les centaines de milliers de personnes ayant un « mini-job », ces petits boulots misérables inventés par l’ancienne équipe SPD-Verts et prorogés depuis, ainsi que bien d’autres chômeurs de fait. « Nombre de personnes ne s’inscrivent plus comme chômeurs parce qu’ils ont perdu tout espoir de retrouver un emploi. La réalité avoisine les six millions de personnes privées de travail » précise-t-il. Nous connaissons ce phénomène.
Concernant la prétendue vertu de la « modération » qui caractériserait les travailleurs allemands par opposition à la protestation observée en France, nos amis de la Linke de Fribourg y avaient répondu par avance, en invitant, en même temps que le syndicaliste député allemand, un représentant du Parti communiste français, en l’occurrence moi-même, pour en savoir plus sur les mobilisations sociales chez nous, qu’ils suivent avec intérêt et admiration. D’autant qu’ils ont l’expérience d’une « réforme » du même type: la retraite à 67 ans, qui fera perdre à 80% des retraités jusqu’à 14,4% de leur pension dès lors qu’ils n’auront pas d’emploi après 60 ans. « En fait, il s’agit d’un programme d’abaissement des salaires! » expliqua le député de gauche: « les Français voient clair: il faut s’y opposer dans les urnes et dans la rue! »
Alors, un « modèle pour l’Europe? » cette politique-là? « Nous sommes le pays du dumping social! Les profits des patrons allemands réalisés sur le dos des travailleurs allemands mais aussi de ceux des pays voisins! » De fait, précisa-t-il, « 61% de nos exportations sont à destination de nos partenaires européens! Notre gouvernement porte là une double responsabilité » Voilà quelques vérités à rappeler à quiconque – Nicolas Sarkozy en tête – rêve d’instituer le modèle Merkel en référence pour toute l’Europe.
La face cachée du « modèle allemand »
«C’est une expansion de taille XL », s’est exclamé, triomphant, le ministre allemand de l’Économie en commentant les chiffres flatteurs enregistrés par son pays pour le deuxième trimestre 2010 : une croissance de plus de 2 % ! Il n’en fallait pas plus pour faire fantasmer l’équipe Sarkozy : voilà plus que jamais l’exemple à suivre ! Vraiment ? Rappelons quelques aspects de la face cachée du « modèle allemand ».
Premier constat : les Allemands, eux, ne s’y re-trouvent pas. La chancelière, qui incarne cette politique, est au plus bas dans les sondages. Plus profondément, le taux record de l’épargne populaire allemande (plus de 15 % du
revenu disponible) traduit une profonde peur de l’avenir, sentiment que reflète aussi le durablement faible taux de natalité. Le nombre de naissances en 2009 est même le plus bas de l’histoire de
la République fédérale…
L’apparente solidité de l’économie s’accompagne, en effet, d’un envol de la précarité et de la pauvreté. Les « mini-jobs à 1 euro » de l’heure y sont l’héritage de l’ère Schröder (SPD), tout comme l’absence persistante d’un salaire minimum. Sa successeur de droite y a ajouté la retraite à 67 ans, l’augmentation de la TVA et les coupes drastiques dans les prestations sociales. Ce terrible coût social n’est certes pas le seul moteur de la puissance exportatrice allemande, mais il en constitue une composante essentielle. Tout cela peut conduire à de bons chiffres, mais certainement pas à un bon modèle !
D’autant moins que, jugée « injuste » par 79 % des Allemands et « cruelle » par les syndicats, cette politique n’est pas sans risque pour l’économie elle-même, tant celle-ci devient dépendante de la bonne santé de ses « clients ». Or ne dit-on pas les États-Unis à la veille d’une possible rechute (les ventes de
logements viennent d’y subir une baisse historique de plus de 27 % !) et le Japon en mauvaise posture ? Quant aux « partenaires »
européens de Berlin, si la vague de rigueur annoncée n’y est pas mise en échec, ils risquent de basculer dans la récession. Comme quoi, l’obsession de la compression des coûts salariaux à l’intérieur, articulée à
une stratégie non coopérative au détriment des voisins, peut avoir sur l’Allemagne un effet boomerang auquel devraient réfléchir et madame Merkel et ses admirateurs prêts à lui emboîter le pas dans notre pays. Dernière observation, réjouissante elle : non seulement les revendications salariales refont surface en Allemagne, au point que le président du « Conseil des sages » s’étrangle en appelant à « ne pas casser les succès remportés grâce à la modération des salaires et aux réformes structurelles », mais la conscience de la nécessité d’engager une rupture avec le modèle libéral européen progresse dans le mouvement social outre-Rhin. Ainsi la confédération syndicale DGB analyse-t-elle à présent la soumission de chacun de nos pays aux marchés financiers comme « une des plus grandes fautes de naissance de l’Union monétaire européenne ». On ne saurait mieux dire.
Retrouvons-nous dans la contestation des « fautes de naissance » des traités européens et des « réformes » Merkel-Sarkozy qui s’yinscrivent. Et travaillons ensemble à un modèle social digne de ce nom !




Commentaires récents