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CE QUE NOUS REVELE LA « CRISE GRECQUE »

Personne ne nie les spécificités de la situation de la Grèce et notamment les responsabilités propres aux gouvernements successifs qui ont présidé aux destinées de ce pays, toutes ces dernières années.  Pourtant, ce que l’Union européenne – et les media – désignent un peu trop facilement comme la « crise grecque » dépasse en réalité très largement les limites d’un cas particulier. 

On peut d’abord y voir une illustration flagrante d’un vice de conception essentiel de la monnaie unique européenne: un même euro fort appliqué à des économies aussi divergentes que l’allemande et la grecque, parce que le but qui lui est assigné est d’allécher les capitaux avides de rendements élevés, et non de favoriser le développement économique et social et la résorption des inégalités entre les pays de la zone.

  

La crise grecque nous éclaire également sur le degré de « solidarité » qui règne au sein de la zone euro!  Non seulement la pauvre Grèce se voit clouée au pilon par les grands argentiers de « l’Union »: la Banque centrale, l’Eurogroupe, le Conseil économique et  monétaire, de même que la Commission Barroso – qui l’ont placée sous tutelle et la soumettent à une pression toujours plus impitoyable.  Mais voilà que ses propres voisins, – pourtant dirigés comme elle par des gouvernements socialistes, comme le Portugal et l’Espagne, eux aussi dans le collimateur des « investisseurs » – loin de songer à s’entraider pour faire face à la meute, s’évertuent à prouver aux « marchés » que leur propre situation n’a décidément rien à voir avec celle du mouton noir athénien sans parler de l’Italie de Berlusconi qui se démarque bruyamment de pestiféré grec en se déclarant en superforme… malgré son record absolu d’endettement public.  Quant à Nicolas Sarkozy, il compte tirer profit de la situation pour justifier une cure d’austérité.  Nous reviendrons sur chacun de ces symptômes d’une Europe libérale décidément bien mal en point. 

Mais c’est sur une autre révélation de la « crise grecque » que je veux m’arrêter aujourd’hui: à savoir ce nouvel imbroglio financier mêlant Wall Street, nombre d’Etats européens – et pas seulement la Grèce – voire diverses institutions européennes, sur le dos des peuples concernés et de la cohésion européenne elle-même. 

Rappel: tout commence avec une nouvelle charge contre la Grèce, accusée d’avoir falsifié les comptes publics du pays pour pouvoir afficher des déficits allégés.  Raison de plus – disait-on à Bruxelles – pour surveiller ces « cueilleurs d’olives » pas sérieux et tricheurs!  Manque de chance, on apprend que c’est le gratin des banques américaines, et notamment le géant Goldman Sachs, qui ont aidé le gouvernement grec – contre la modique somme de 300 millions de dollars – à maquiller ses bilans.  Angela Merkel se drape aussitôt dans sa vertu libérale en jugeant « scandaleuse » cette complicité.  Las: de vieux secrets refont surface.  Il apparait que de tels montages acrobatiques ont cours depuis dix ans, qu’ils ont concerné non seulement les gouvernements grecs successifs – Pasok et droite – mais d’autres pays membres, et non des moindres.  Et ce, en toute légalité!  On appelait cela de l’ « innovation financière » quand il s’agissait de « titrisation des dettes » (Italie) – des dettes sont revendues au marché sous la forme de titres financiers, faisant disparaître les créances correspondantes dans la présentation des déficits – ou  bien « créativité comptable », quand cela ne concernait « que » des jeux d’écritures exploitant les zones grises des règles en vigueur (Allemagne ou France).  Et les institutions européennes savaient, laissaient faire, voire s’en rendaient complices, comme le laisse entendre un ancien ministre socialiste grec à propos de M. Barroso. 

Tout cela ne peut en rester là.  La transparence s’impose et les leçons doivent en être tirées!  Non celle, hypocrite et perverse, qui menace d’émerger: celle d’aller vers une sorte de super-pacte de stabilité encore plus contraignant, mais celle d’un diagnostic global de cette construction européenne qui prend l’eau de toutes parts et de la mise en débat d’un nouveau projet européen.

Chronique pour l’H.D.

22/02/2010

 

24 mars 2010 at 3:40 Laisser un commentaire

« TRIBUNAL RUSSELL » : JUSTICE POUR LA PALESTINE !

Du 1er au 3 mars s’est tenue, à Barcelone, la première audience internationale du « Tribunal Russell » sur la Palestine.  Une initiative hautement intéressante comme on va le voir.  C’est en 1967, à l’initiative de Lord Russell, Prix Nobel, qu’était née l’idée de faire, avec l’aide de juristes de renom et de grands témoins, le procès public des responsables de la guerre du Vietnam.  Cette mise à nu rigoureuse et professionnelle des violations du droit international par un Etat réputé intouchable avait eu beaucoup d’échos.  Il est donc particulièrement bienvenu qu’à l’appel, notamment, de notre amie Leila Shahid – ambassadrice de Palestine auprès de l’Union européenne – et de la courageuse lauréate israélienne du Prix Sakharov (décerné il y a neuf ans par le Parlement européen sur proposition de notre groupe de la Gauche unitaire européenne), Nurit Pelet, ce type de mobilisation soit renouvelé : cette fois sur la Palestine. 

        

Dans le prestigieux immeuble de l’ordre des avocats de la capitale catalane se sont ainsi retrouvés, devant un public nombreux – et avec retransmission en direct à la télévision et sur internet -, le jury composé de 8 éminentes personnalités (anciens prix Nobel, ambassadeurs, ministres, magistrats de haut rang…d’Europe, d’Afrique et des Etats-Unis); 9 experts juridiques et judiciaires (dont un avocat israélien) appelés à éclairer le tribunal ainsi qu’une dizaine de « grands témoins », qualifiés de par leurs expériences au Proche Orient pour s’exprimer sur le sujet.  Chaque expert comme chaque témoin devait présenter sa part de vérité pendant vingt minutes puis répondre à un feu roulant de questions du jury.  Remarquable. 

         On a ainsi entendu, par exemple, que la France et l’Allemagne vendaient des armes à Israël, en violation ouverte d’une décision commune des 27 pays de l’Union européenne, prise en 2008 et relative à l’exportation d’armements à destination de pays qui ne respectent pas les accords internationaux et se rendent coupables d’atteintes aux droits humains.  On a appris que, durant la seule opération militaire « Plomb durci » contre Gaza, en décembre 2008, l’armée israélienne a détruit des installations construites grâce à des fonds européens d’un montant de plus de 12 millions d’euros sans que l’UE n’exige la moindre réparation.  De nombreux cas de « complicité passive » des dirigeants européens avec les politiques illégales d’Israël ont été relevés, la Commission de Bruxelles allant jusqu’à se désolidariser brutalement de son représentant sur place qui venait de désigner – fort justement !- la colonisation comme « l’obstacle principal » à la solution des problèmes ! 

 

         Un accent particulier a été mis sur l’arrêt de la Cour internationale de Justice de  juillet 2004 qui avait souligné que le Mur violait triplement le droit international : en remettant en cause le droit à l’autodétermination du peuple palestinien ; en confisquant des terres par la force ; et en transgressant le droit humanitaire international, en particulier la 4ème Convention de Genève de 1949. 

         Un ancien officier supérieur, membre de la Commission des Nations Unies qui a produit le Rapport Goldstone – établissant que l’armée israélienne avait commis des « crimes de guerre » à Gaza il y un peu plus d’un an-, a apporté des informations terrifiantes sur l’utilisation du phosphore blanc –  400 000 récipients, en quelques jours, de « ce produit toxique qui abîme définitivement l’appareil respiratoire de ceux qui en inspirent la fumée, en particulier les enfants, attirés par son odeur et ses petites flammes »! 

         Telle autre jeune femme, qui avait participé, à titre bénévole, aux services médicaux durant les massacres, a restitué pour le Tribunal les attaques de drones israéliens contre les ambulances, tuant une femme enceinte ainsi que l’équipe de sauvetage !  « Pourquoi les Etats du Conseil de Sécurité ne réagissent-ils pas à une telle escalade ? – s’est-elle écriée. Il faut que de tels actes coûtent à Israël ! » 

         Dans ses conclusions, le tribunal, unanimement, est allé dans ce sens en « appelant l’Union européenne et chacun de ses Etats membres à imposer les nécessaires sanctions » à Israël afin de « mettre un terme à l’impunité dont il a joui depuis des décennies. » 

         Voilà un acte fort qui mérite d’être largement popularisé par quiconque a à cœur le simple respect du droit international par tous les Etats.  Sans aucune exception.

Pour lire mon rapport au tribunal cliquez ici

 

17 mars 2010 at 11:41 Laisser un commentaire

10ème anniversaire de la chute du mur de Berlin

Dix  ans constituent une période suffisante pour permettre que la passion cède la place à la raison. Qui peut considérer aujourd’hui n’avoir rien à  apprendre des années qui viennent de s’écouler ? Notre conviction est que nous avons tous et toutes à tirer enseignement de cette expérience, avec modestie, courage et esprit de responsabilité devant l’avenir. 

                 Le mur de berlin est, à nos yeux, sans conteste, un symbole dramatiquement parlant de l’esprit de guerre froide et de toute la logique coercitive et manichéenne qui l’ont caracterisé. Aucune force démocratique ne peut, à notre sens, faire l’économie d’une critique radicale du modèle de societé que ce mur a incarné. 

                 A plus forte raison, ceux pour qui le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire et qui ont à coeur d’explorer les voies de son dépassement doivent-ils faire le deuil des conceptions  que l’échec du système édifié à l’abri du mur de Berlin a rendu définitivement caduques. 

                 Inversément, ceux qui ont cru voir, dans l’impressionante liesse populaire qu’a suscitée il y a dix ans ce grand moment de libération humaine que fut l’ouverture du Mur, une consécration de leurs convictions libérales, ne peuvent manquer aujourd’hui de s’interroger eux aussi. 

                 Les citoyens de l’ex-RDA, dont la mobilisation avait crée les conditions de l’ébranlement du régime est-allemand, ne réclamaient pas la toute-puissance du marché, mais un socialisme dans la liberté. Beaucoup de leurs espoirs se sont entretemps mués en désillusions. Nombreux sont celles et ceux qui estiment, en particulier, insuffisament reconnus leur identité spécifique et leur propre apport à l’Allemagne unifiée. D’autres jugent que la tentative de régler des problèmes politiques par la voie judiciaire est sans issue. Nous partageons ce sentiment et tenons à l’exprimer alors que viennent d’être prononcées les condamnations de trois anciens dirigeants de l’ex-RDA. 

                 D’une façon générale, à l’heure où s’ouvre pour l’Union européenne le grand chantier de l’élargissement, les enseignements à tirer de ces dix années nous concernent toutes et tous. Saint Exupéry regrettait que « les hommes édifient trop de murs et ne construisent pas assez de ponts ». Un mur est tombé il ya 10 ans. Attachons nous à présent à construire des ponts.

11 novembre 1999 at 12:09 Laisser un commentaire

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