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« GEL DU BUDGET EUROPEEN » : ENTOURLOUPE SARKOZYSTE
« Je vous annonce que la France demandera à ce que sa contribution au budget européen soit gelée, ce qui représentera une économie de 600 millions d’euros par an » a claironné le Président-candidat, à deux semaines d’une élection qu’il sait difficile pour lui.Pour la plupart des observateurs,Nicolas Sarkozy espère , par ce type de propos, »réconcilier la France du NON avec celle du OUI ». Pour faire clairement partie de la première, je me crois autorisé à dire tout le mépris que m’inspire cette opération à tous égards démagogique.
D’abord,dans la phrase prononcée par le Chef de l’Etat,chaque expression contient une inexactitude calculée.Ainsi,en fait d’ « annonce » ,cela fait en réalité déjà seize mois que Nicolas Sarkozy , avec Angela Merkel et le très réactionnaire Premier Ministre britannique,David Camerone, flanqués pour l’occasion de quelques autres chefs de gouvernement conservateurs, se font ,ensemble, les hérauts du gel (hors inflation) du budget européen jusqu’en 2020.Pour prétendre séduire des partisans du NON de gauche,il y a meilleur affichage!C’est pourquoi Nicolas Sarkozy le tait.De même, affirmer que « la contribution française » devra être gelée vise à flatter le NON de droite,nationaliste,mais cela ne correspond pas à la réalité: la négociation du budget européen se menant -côté Conseil- à 27 Etats,, c’est au gel global du budget européen que veulent aboutir les trois poids lourds de l’UE et leurs alliés. Quant à « l’économie de 600 millions d’euros » promise,elle est purement virtuelle,puisqu’elle est calculée par rapport à la proposition faite par la Commission européenne à l’ouverture de la procédure budgétaire, qui n’est jamais adoptée telle quelle à l’arrivée! D’ailleurs,un « gel » des dépenses,par définition, ne représente pas une « économie »,mais un statu quo…
Mais l’essentiel est ailleurs.Demander le gel d’un budget européen atteignant péniblement 1% des richesses produites tout en soutenant le modèle européen en vigueur n’a guère de sens.C’est ce qui est fait de cet argent qui pose problème ! Or, de cela, Nicolas Sarkozy ne dit mot,et pour cause!
Tenter d’orienter la colère de citoyens écrasés par la politique d’austérité vers la « contribution française au budget européen » est d’autant plus malhonnête de sa part que celle-ci est ,en définitive, très faible.La France « verse »,certes, 19 milliards d’euros à Bruxelles (chiffres de 2011), mais « reçoit » presque l’équivalent (dont 10 milliards au titre de la seule PAC). Le solde effectif tourne autour de…0,1 à 0,2% des richesses produites chaque année! Où serait sans cela « l’esprit de solidarité » que revendique la « Communauté » européenne?
Autre mensonge par omission du Président de la République: le silence sur la ristourne concédée chaque année à la Grande-Bretagne depuis 1984,quand les dirigeants européens de l’époque ont honteusement cédé au chantage de Madame Thatcher, dont Nicolas Sarkozy s’inspire aujourd’hui. La France a ainsi reversé à Londres , l’an dernier, la coquête somme de…823 millions d’euros (et même 4 milliards en 2010!), bien plus donc que les « économies » fictives brandies par le candidat dans son accès de populisme électoral.
La morale de cette histoire, c’est que le NON de gauche à l’Europe actuelle -celui qu’incarne le Front de Gauche- n’est en aucun cas récupérable par des appels au repli égoïste. L’Europe nouvelle que nous voulons repose sur des valeurs décidément non solubles dans le sarkozysme.
Une pseudo-stabilité au prix de la démocratie
Signe des temps : c’est en pleine grève générale en Belgique que s’est tenue,lundi dernier,à Bruxelles,la réunion informelle des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne.Entre autres points à son ordre du jour,il y avait celui d’entériner le traité instituant le « Mécanisme Européen de Stabilité » (MES). De quoi s’agit-il? De tout sauf d’une simple formalité! On connait les effets pervers de l’actuel « Fonds européen de stabilité financière »(par lequel les Etats empruntent sur les marchés financiers pour accorder des prêts d’urgence à des pays de la zone euro n’ayant plus accès eux-mêmes aux marchés,en leur imposant en contrepartie des plans d’austérité draconiens). En fait, le MES,c’est la pérénisation de ce système,dans des conditions qui posent d’énormes problèmes financiers,sociaux et démocratiques.
Mesurons tout d’abord la portée de l’engagement financier DURABLE que représente la création de cet organisme pour chaque Etat membre de la zone euro.Le MES est doté d’un capital initial de 80 milliards d’euros (16,3 milliards à verser par la France sur cinq ans) auquel s’ajoute un capital mobilisable selon les besoins de 620 milliards (126,4 pour la France).Chaque fois que le MES jugera que la « préservation de la stabilité de la zone euro » exige de mobiliser un montant donné pour financer un Etat ,chaque autre membre devra impérativement fournir sa part de la somme nécessaire ( environ 20% en ce qui concerne la France). Cette part pouvant augmenter si certains Etats s’avèrent dans l’incapacité de verser la leur. Il faut savoir, en effet ,que plus du tiers du capital social du MES est censé provenir de pays d’ores et déjà confrontés eux-mêmes à de graves difficultés financières! Dans un cas extrême, ces contributions nationales peuvent être exigées dans un délai de 7 jours…
On pourrait se dire que telle est la rançon de la solidarité d’une même zone monétaire. Hélàs,le sort des peuples est le cadet des soucis du MES! Seule importe la sauvegarde de la « stabilité de la zone »! Quant à « l’octroi de toute assistance financière »,il sera « soumis à une conditionnalité stricte » précisent les textes.(voir la Grèce).De plus,un rôle essentiel est confié au Fonds monétaire international depuis l’évaluation du risque jusqu’au contrôle de la mise en oeuvre des « plans d’ajustements macroéconomiques »…
Que devient enfin la démocratie dans tout cela?Qu’on en juge: depuis le lancement du projet,tout est préparé en catimini. Demain,ce seraient les ministres des finances qui dirigeraient le MES. Son Conseil d’Administration, nommé,n’aurait de compte à rendre à aucun parlement. Le pouvoir de chaque pays y serait fonction de sa part dans le capital de l’organisme. Enfin, le MES et son personnel bénéficieraient d’une immunité juridique totale. Reste un verrou,un seul: pour que le MES puisse entrer en vigueur en juillet prochain,le traité l’instituant doit être ratifié par le parlement de chaque pays.C’est l’occasion de rappeler des options alternatives (refonte des missions de la BCE,création d’un Fonds européen de développement social et de solidarité…) et de placer chacun(e) devant ses responsabilités.
FEDERALISME : ANGELA MERCKEL MANGE LE MORCEAU
Depuis quelque temps déjà,un certain nombre de voix s’élevaient pour préconiser,comme solution ultime à la crise de l’euro,un « saut fédéral ».Le problème,avec ce genre de concept,c’est qu’il se prête à des interprétations multiples,voire contradictoires.A chaque évocation d’une telle perspective,l’on ne pouvait donc faire l’économie d’une longue périphrase du type: »si vous entendez par là une construction solidaire,ayant pour mission de contribuer au rattrapage des économies moins productives,dans une optique de co-développement,avec pour ambition commune la promotion d’un modèle social et environnemental avancé dans tous les pays membres,nous convergerons aisément! A ceci près qu’une telle conception est aux antipodes de l’ « économie de marché ouverte où la concurrence est libre » dont se réclament des chantres le plus véhéments du fameux « saut ».Il faut donc clarifier ce qui est réellement en jeu. »
Désormais,foin de toutes ces circonlocutions:la Chancelière allemande vient de dissiper toute ambiguité sur la nature de l’ « Union politique » qu’elle entend voir mise sur les rails.Devant le congrès de son parti,la CDU,elle a précisé les objectifs assignés à la « Nouvelle Europe » découlant de la réforme des traités qu’elle réclame avec force.Ils se nomment: discipline budgétaire plus stricte;surveillance macroéconomique accrue;moyens plus coercitifs pour faire respecter les règles;sanctions automatiques pour qui s’écarterait des normes;saisine de la Cour de Justice contre les contrevenants…Précision de taille:c’est à la Commission européenne -érigée au rang de quasi-gouvernement européen,avec un Président…élu au suffrage universel (!) et un super-commissaire chargé des finances- qu’il échoirrait le rôle de contrôleur et de redresseur de torts des autorités nationales ( comme c’est déjà le cas en matière de respect des règles de concurrence,avec les résultats que l’on sait).C’est ce qui s’appelle « manger le morceau »!
Apparemment,l’idée d’un transfert de souveraineté aussi colossal n’a pas eu pour effet d’émouvoir les députés conservateurs du Bundestag -habituellement si sourcilleux quant aux prérogatives de leur Parlement à la veille de chaque négociation européenne.Il est vrai que les règles appelées à devenir intangibles dans l’hypothèse où s’imposerait une telle « gouvernance économique intégrée » auraient beau être gérées par une Commission indépendante: elles obeïraient aux critères du capital allemand comme celles mises en œuvre par la Banque centrale européenne,elle aussi « indépendante »,sont ,pour l’essentiel,celles de la Bundesbank. « Maintenant,l’Europe parle Allemand! » a proclamé sous les vivats de ses collègues le président du groupe de la CDU. C’est dire combien est dérisoire la posture d’un Nicolas Sarkozy s’affichant en allié stratégique des dirigeants allemands,alors qu’il n’en est que le faire-valoir.
En vérité,la droite d’outre-Rhin entend tirer profit du statut privilégié qu’accordent à son « modèle » les sacro-saints marchés financiers.Elle est décidée à faire le forcing pour mettre en chantier SA réforme des traités européens.Dès ce 24 novembre,le « couple » (élargi au nouveau chef du gouvernement « technique » italien) donnera une sorte de « top départ » de ces grandes manoeuvres. La gauche européenne saura -t-elle donner aux citoyens les moyens de s’impliquer dans ce chantier majeur?




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