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LA HONGRIE D’ORBAN, LABORATOIRE DU POPULISME
Le Parti de la gauche européenne (PGE) a choisi de tenir cette année son Université d’été à Budapest. Les courageux militants et militantes du « Parti ouvrier hongrois-2006 », affilié au PGE, attendaient cet acte de solidarité. En brisant ainsi l’isolement de leurs camarades hongrois, les participants à l’événement, venus de toute l’Europe, de l’Ouest comme de l’Est, ont, en retour, appris à mieux cerner les ressorts pervers d’une politique qui ont permis à un dirigeant populiste de la droite extrême d’exercer une influence de masse sur un peuple désemparé dans un pays en crise profonde.
Tout d’abord, l’on ne peut comprendre le soutien apporté par de larges couches populaires -y compris celles qui se disent nostalgiques du leader historique de la Hongrie socialiste d’après 1956, Janos Kadar- au régime ultra-conservateur de Victor Orban sans mesurer l’ampleur du rejet du pouvoir social-libéral qui l’a précédé. C’est le sentiment d’abandon social et la désillusion politique qui avait poussé une population paupérisée et privée de perspective à porter au pouvoir le leader du parti Fidesz et à lui donner en 2010 la large majorité requise pour changer la Constitution. Depuis lors, Orban s’emploie à consolider les bases les plus réactionnaires de son pouvoir en jouant sur tous les registres à même de diviser le peuple et de compromettre toute alternative progressiste.
Il fut le premier à édifier un mur contre les migrants au nom de « l’unité spirituelle » de la nation chrétienne. Il poursuit avec zèle le harcèlement anticommuniste commencé il y a un quart de siècle, en prétendant déboulonner la statue et fermer les archives de Georg Lukacs, éminent philosophe marxiste hongrois de réputation internationale. S’il tente ainsi d’effacer de la mémoire nationale toute trace de pensée critique, il cherche, à l’opposé, à faire revivre l’esprit de revanche nationaliste né il y a un siècle du traité de Trianon (1920), qui priva la Hongrie de plusieurs de ses provinces en les rattachant aux pays voisins. C’est ainsi que les habitants de lointaine origine hongroise de ces pays se sont vus attribuer la nationalité magyare. Il multiplie par ailleurs les polémiques avec l’Union européenne en comptant tirer profit de l’impopularité de « Bruxelles », bien qu’il n’ait nul besoin d’injonction extérieure pour accentuer les inégalités sociales et exercer un autoritarisme quasi-dictatorial dans les institutions et les media.
Enfin, il n’a pas hésité à jouer subrepticement la carte de l’antisémitisme en couvrant les murs de la capitale d’affiches fustigeant le milliardaire américain d’origine hongroise Georges Sorros, dont la fondation aide les nouvelles couches moyennes mais qui symbolise aux yeux de nombreux autres citoyens le tournant libéral des années 1990 et les terribles injustices sociales qui ont suivi. Et, dans le même temps, le parti d’Orban reprend à son compte une vieille antienne réactionnaire au sujet du Pétain hongrois, l’ex-tyran Horthy, qui dirigea la Hongrie d’une main de fer, depuis l’écrasement de la République des Conseils en 1919 jusqu’à la capitulation du régime nazi auquel il s’était rallié : « Horthy a sauvé des juifs! » Précisons que 440 000 juifs hongrois ont été déportés pendant la guerre ! Ce n’est qu’à l’approche de la défaite -« alors que l’on entendait déjà les chenilles des chars soviétiques aux abords de Budapest », selon l’image d’un antifasciste- que le dictateur fit stopper la déportation des juifs de la capitale. La réécriture de l’Histoire fait partie de la panoplie du populiste.
On a dit de la Hongrie d’Orban qu’elle constituait « le laboratoire européen du populisme de la droite extrême ». A tout le moins, la gauche européenne gagne à tirer les leçons de la douloureuse épreuve des démocrates hongrois.
L’APPEL DES DÉPUTÉS PALESTINIENS ET KURDES EMPRISONNÉS
Alors que nous nous apprêtons à voter et à faire voter pour les femmes et les hommes que nous jugeons les plus dignes de nous représenter dans la future Assemblée Nationale, il y a , en Israël et en Turquie, des députés bénéficiant d’un large soutien de leur peuple qui sont en prison . Les uns et les autres ont adressé à leurs collègues parlementaires du monde entier -et, plus généralement, à tous les démocrates- un vibrant appel à la solidarité . Rappelons qu’il y a actuellement 6500 prisonniers politiques palestiniens en Israël et presqu’autant de démocrates kurdes détenus en Turquie ! Nous ne les oublions pas .
Le premier de ces appels émane de Marwan Barghouthi, figure de premier plan du mouvement palestinien. Cela fait un mois déjà (!) ce 17 mai qu’à son initiative, plus de mille prisonniers observent une grève de la faim pour arracher des conditions de détention moins inhumaines. Face à cette action courageuse intitulée « Liberté et Dignité », le gouvernement Nétanyahou a choisi la politique du pire. « Nous entrons dans une période extrêmement critique » vient de déclarer le président du Club des prisonniers. Juste avant d’être placé en isolement absolu, celui que les autorités israéliennes savent être aujourd’hui le leader le plus populaire dans toutes les couches de la société palestinienne, avait réussi à faire connaître cette interpellation publique de tous les parlementaires du monde sensibles aux « droits humains fondamentaux tels qu’ils sont garantis par le droit international ». Alors que la santé de tous ces grévistes de la faim se détériore de jour en jour, retour sur ce poignant témoignage : « Je fus le premier parlementaire à être arrêté, en 2002. Depuis, Israël a arrêté 70 parlementaires -plus de la moitié du Conseil législatif, le Parlement palestinien- et 13 d’entre eux restent détenus à ce jour (…) Le sort infligé aux parlementaires palestiniens reflète le sort du peuple qu’ils représentent (…) Aux yeux d’Israël, nous sommes tous coupables et l’accusation non déclarée, c’est notre désir de liberté, notre soif de liberté, notre sacrifice pour la liberté (…) J’en appelle à vous (…) Je vous demande de soutenir la liberté et la dignité du peuple palestinien afin que la paix puisse prévaloir. »
2016 : UNE ANNÉE QUI VA COMPTER POUR L’EUROPE !
L’ année qui débute interpelle fortement le « peuple de gauche » dans toute l’Europe ! Nombre de défis vont s’exacerber dans les prochains mois . Petit rappel de l’état des lieux.
A tout seigneur tout honneur : commençons par la bonne surprise que nous ont réservée les forces démocratiques du Portugal et de l’Espagne ! Dans le premier cas, une chance existe que l’alliance inattendue entre le Parti socialiste, le Parti communiste et le Bloc de gauche enraye la logique « austéritaire » dont ce pays était l’un des laboratoires européens. Dans le second, l’irruption de Podémos dans le paysage politique est la preuve que le coup de force européen contre la Grèce n’a pas tué la volonté de changement dans les pays voisins. L’Europe du sud fait renaître l’espoir !
Il n’en va pas de même de l’autre défi majeur de la prochaine période : celui de l’accueil des réfugiés, chassés de leur pays par la misère, l’oppression et les ravages de la guerre. Tandis qu’un peu partout, les frontières se referment et des murs s’érigent ( Adieu Schengen ?) les dirigeants européens recherchent le salut dans le marché indigne passé avec le dictateur turc et massacreur du peuple kurde : argent et caution politique contre rétention des réfugiés ! De dures batailles en perspective !
Par ailleurs, la question de l’euro et de son utilisation restera au cœur du débat européen. La Banque centrale européenne (BCE) a beau créer de toutes pièces 60 milliards d’euros par mois (!) et prêter ces sommes colossales aux banques quasi gratuitement ( à…0,05% ! ), cela ne relance ni l’économie ni l’emploi, mais nourrit au contraire les opérations financières. Même des observateurs peu axés sur la critique des politiques européennes sont conduits à le reconnaître : « Les liquidités injectées par la BCE alimentent la hausse des Bourses et des marchés financiers » (1) Et pour cause : l’idéologie libérale qui guide l’euro depuis sa création s’oppose radicalement à ce que l’argent crée par la BCE aille aux Etats pour les libérer des pressions des marchés de capitaux et que ses taux quasi-nuls soient strictement réservés à des investissements créateurs d’emplois de qualité et de richesses utiles à la société -en particulier des services publics. Faire de ce type de transformation un objectif de luttes populaires massives : voilà qui ouvrirait des perspectives !
Mais il y a encore nombre d’autres questions d’envergure qui vont se poser avec force et qui appellent des débats de fond et des interventions citoyennes. Ainsi : gare aux concessions de Bruxelles à l’ultra-conservateur Cameron pour tenter de retenir les Britanniques dans l’UE ! Attention à la dérive à la fois sécuritaire et militariste en cours en Europe -France en tête- au nom de la « guerre au terrorisme »! Quelles suites vont-elles être réservées à la COP 21pour concrétiser les ambitions affichées à Paris ? N’oublions pas le TAFTA , dont les négociations entrent dans une phase cruciale . Et que dire de ce cri d’alarme pas banal : plusieurs Commissaires européens évoquent depuis peu le risque de « désintégration » de l’UE (2) ! De fait, la libre circulation des personnes est remise en cause; les pays d’Europe centrale et orientale se replient sur eux-mêmes; les courants d’extrême droite progressent partout…Quelles leçons tirer de cette crise existentielle de l’actuel modèle européen ? Quant aux relations de l’UE avec ses voisins, outre le pacte diabolique passé avec l’actuel pouvoir turc, la prolongation des sanctions économiques contre la Russie , sans régler aucun problème, bride les indispensables coopérations politiques avec ce partenaire incontournable. Or, fin juin prochain se redécidera la politique des dites sanctions. 2016 : une année qui va compter !
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(1) Le Monde (3/12/2015)
(2) Federica Mogherini, Günther Öttinger ainsi que l’ex-Commissaire Michel Barnier. Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a tenu des propos semblables.
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