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RETOUR SUR LA « BATAILLE » GAGNÉE PAR SYRISA
« Nous avons gagné une bataille mais pas la guerre (…) Les difficultés réelles sont devant nous » : Alexis Tsipras, le Premier Ministre grec n’a rien caché à son peuple des obstacles que les institutions européennes et leurs maîtres actuels dressent sur le chemin de la réalisation du programme de Syrisa. De fait, les négociateurs grecs ont dû faire des concessions majeures à l’ « Eurogroupe » pour arracher un accord dont Athènes avait un besoin littéralement vital avant la date fatidique du 28 février -jour où prenait fin « l’assistance financière » accordée au pays depuis 2012 (avec, jusqu’ici, les « contreparties » dévastatrices que l’on sait). Et surtout, de lourdes incertitudes planent sur l’issue des négociations entre les autorités grecques et Bruxelles, qui vont marquer les quatre prochains mois. Et pourtant, oui : le peuple grec a gagné une bataille ! Contrairement à une idée répandue, cet accord n’était nullement garanti ! Le fait de l’avoir imposé -si on connaît le contexte réel de ce bras de fer- est bel et bien un succès.
« LA FRANCE DOIT CHANGER DE POLITIQUE INTERNATIONALE »
« La mondialisation, on peut en faire une bonne ou une mauvaise (…) La réponse de la gauche à la mondialisation libérale, ce n’est pas de prêcher la démondialisation, c’est de changer de politique internationale ». Les arguments de Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales, sont percutants et convaincants. Il l’a prouvé une fois encore samedi dernier en clôturant une passionnante journée de débats qu’il avait co-organisée -une « première »- avec une structure d’échanges créée par le Parti communiste français et dirigée par Michel Laurent, le LEM (1).
La thèse avancée a la force de l’évidence: le monde a changé. D’abord, il n’est plus limité géographiquement comme du temps des colonies ou divisé comme durant la guerre froide. Il faut donc se situer par rapport à l’humanité et à la planète toutes entières. Ensuite, malgré les rapports de force impitoyables qui s’y exercent, il existe un niveau d’interdépendance sans précédent : aucun État, même le plus puissant, ne peut plus ignorer totalement les autres ni leur imposer toutes ses volontés. Au point que le Président Obama se demande si le leadership américain à encore un sens. Cette interdépendance offre une chance : ce que l’un gagne n’est plus nécessairement le résultat d’une perte pour l’autre. Par exemple, la Chine n’a rien à gagner à l’effondrement des États-Unis ou de l’Europe, et vice-versa !
Dans ce monde, les enjeux de sécurité ont changé. « Les États-Unis n’ont pas gagné une seule guerre depuis 1945…à l’exception de celle menée contre Grenade et sa poignée de soldats ! » souligne l’universitaire progressiste. Plus généralement, pas une intervention politico-militaire n’a réussi -y compris « en Libye, en République Centrafricaine ou même au Mali », précise Badie à propos des initiatives françaises. L’instrument militaire n’est plus adapté. « Ce n’est pas l’OTAN qui résoudra les frustrations des sunnites provoquées par la guerre civile en Irak et qui sont à l’origine du soutien populaire à Daech ! » Et si aucun des conflits existants au moment de la chute du Mur n’a été réglé depuis lors -Palestine, RDC, Somalie, Yémen,Érythrée, Soudan, Afghanistan…- c’est « parce qu’on n’a pas progressé en matière de gestion des biens communs de l’humanité. » Les violences qui « préparent les volcans de demain », ce sont avant tout les terribles inégalités qui sévissent dans le monde. Y compris entre les États . Il faut affronter ces problèmes et, pour y parvenir, dépasser « la diplomatie de la tasse de thé », c’est à dire les discussions entre amis et entre semblables. Refuser de négocier avec tous ceux que nous n’aimons pas nous conduit dans l’impasse.
Il est donc temps que les citoyens se mêlent de ces enjeux et deviennent des acteurs de la mondialisation . Et il est crucial de définir les axes d’une nouvelle politique internationale de la France. Bertrand Badie en verse quatre principaux au débat de la gauche. La solidarité : elle n’est pas caritative; elle est utile à celui qui l’exerce car elle consolide sa propre sécurité. Le multilatéralisme : il faut s’ouvrir à tous , aux Chinois, aux Russes, aux pays arabes, et y compris aux acteurs non étatiques. L’ « intersocialité »: c’est à dire les échanges entre les sociétés et pas seulement entre les États. L’ « altérité »: autrement dit la reconnaissance de l’autre dans sa différence. « La négation de l’altérité est à la base de la violence internationale de demain. À l’inverse, le respect, c’est la la plus belle des libertés, celle qu’on offre à l’autre ». Merci, Bertrand Badie !
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(1) Rencontre publique sur le thème : »Une réponse de gauche à la mondialisation », avec la participation (outre Bertrand Badie et Michel Laurent) de Leila Shahid, ambassadrice de Palestine auprès de l’Union européenne; Natassa Théodoradopoulou, représentante de Syrisa au Parti de la Gauche Européenne; Liêm Hoang-Ngoc, économiste, ancien parlementaire européen et animateur du collectif des « socialistes affligés »; Jean-Pierre Dubois, Président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme; Dominique Vidal, journaliste; Noël Mamère, député; Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International-France; Adem Uzum, dirigeant politique kurde; Francis Wurtz, député honoraire du Parlement Européen. Six heures de débats animées par Anne Sabourin, représentante du PCF au PGE et Dominique Bari, journaliste. (Sénat, 31/1/2015)
LA BRÈCHE
À partir de maintenant, le combat -certes de longue haleine!- pour « changer l’Europe » devient un objectif concret, tangible et à effet immédiat ! Le peuple grec et sa force de gauche, Syrisa, viennent d’ouvrir une brèche sans précédent dans une forteresse réputée inexpugnable : cette « Europe libérale », dont la majorité des Françaises et des Français avait, il y a bientôt dix ans, par un investissement citoyen exemplaire, ébranlé les fondements. Toutes les aspirations sociales, écologiques et démocratiques qu’elle avait alors foulées aux pieds n’ont fait, depuis, que s’exacerber de pays en pays , jusqu’à faire craquer enfin la carapace de la coalition des puissants . Merci au peuple grec, à Syrisa et à son Président ! Leur réussite est désormais un enjeu stratégique pour tout le « peuple de gauche ». Face à la caste dirigeante européenne , pour laquelle il est inconcevable que son pouvoir absolu puisse être menacé, il va falloir être à la hauteur de nos nouvelles responsabilités. Il en va de nos propres réussites futures. Nous bénéficions pour cela de précieux enseignements de l’expérience grecque.
Le premier d’entre eux, c’est la force incomparable que représente la mobilisation d’un peuple, dès lors qu’elle est large et politiquement déterminée, pour faire avancer le débat d’idées ! Avez vous remarqué le nombre d’observateurs , y compris parmi ceux peu suspects de sympathie excessive pour Syrisa, qui ont, ces derniers jours, soudain découvert « le bilan social calamiteux du plan de sauvetage » de la Troïka; « les nombreuses erreurs et mensonges des gouvernements européens » durant ces « six années humiliantes et épuisantes »; « la gestion du cas grec mal engagée depuis le premier jour (1) ; ou qui relèvent que « le fait que le poids de la dette grecque est difficilement soutenable (…) fait son chemin » (2) . On ne saurait que s’en réjouir ! Mieux vaut tard que jamais… Même le très orthodoxe Rédacteur en chef de l’Agence « Europe », a récemment reconnu du bout des lèvres, à propos des prêts consentis à la Grèce, que « les bénéficiaires de ces opérations sont parfois (sic) les banques qui les effectuent ». Quant au Président du groupe socialiste au Parlement européen, Gianni Pittela, réagissant aux menaces d’Angela Merkel à l’égard de Syrisa, il a jugé « inacceptable que les forces de droite allemandes tentent de se conduire en Grèce comme un shérif ». La seule perspective de la victoire d’une gauche authentique a fait sauter de vieux blocages de la pensée. À méditer.
Une deuxième leçon à retenir de l’expérience grecque est, à mes yeux, la capacité remarquable qu’a montrée Alexis Tsipras à déjouer le piège tendu à la fois par le leader de la droite grecque, Samaras, et les principaux dirigeants européens, visant à le faire passer pour un « gauchiste » ignorant les rapports de force , prônant des mesures démagogiques et conduisant le pays à l’isolement. Le leader de la gauche grecque s’en est tenu avec une calme assurance au quatre piliers de son programme -« la lutte contre la crise humanitaire; la relance de l’économie; la reconquête du travail; la réforme de l’Etat »- et à des mesures précises totalement indiscutables. Il s’est montré, sur cette base, ouvert à des négociations européennes et prêt à des compromis acceptables. Son autorité incontestée doit beaucoup à cette intelligence politique.
Félicitations et bon vent !




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