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GUERRE DU LIBAN : « LA FENÊTRE DIPLOMATIQUE EST PETITE, MAIS ELLE EXISTE »

Comment en finir avec le déluge de feu qui s’abat sur le Liban ? La terreur semée par les frappes israéliennes incessantes a déjà chassé de chez eux plus d’un million d’habitants, soit 20% de la population ! Y-a-t-il encore le moindre espoir d’une solution politique à un conflit qui conduit chaque jour un peu plus le Proche-Orient au bord du gouffre ? « La fenêtre diplomatique est petite (…), mais elle existe » estime Tarek Mitri, qui  fut ministre des Affaires étrangères du Liban lors de la précédente guerre entre Israël et le Hezbollah, en 2006. Il joua un rôle majeur dans les négociations qui aboutirent à la fameuse « résolution 1701 » du Conseil de sécurité des Nations unies , ouvrant la voie au cessez-le-feu. Il n’est donc pas sans intérêt de prêter attention à son analyse de la situation actuelle, parue dans le grand quotidien libanais, « L’Orient-Le Jour » (1). 

Selon lui, la première condition concerne directement la société libanaise. Saura-t-elle préserver son unité, sachant -« quelle que soit la responsabilité du Hezbollah »- qu’une division entre partisans et adversaires de ce mouvement servirait les desseins de Netanyahu,  déterminé à dominer toute la région  ? Car, pour le diplomate, « La guerre actuelle est une guerre contre le Liban, pas seulement contre le Hezbollah ». Il faut donc « comprendre que l’affaiblissement du Hezbollah ne sera pas une victoire pour ceux qui s’opposent à sa politique ». Compte tenu de sa pratique de la guerre -« qui ne fait pas la distinction entre  les objectifs militaires et la population civile »- l’armée israélienne finira par « détruire une partie du Liban en prétendant se concentrer sur le Hezbollah ». En outre, Netanyahu ne parle que du conflit avec l’Iran en ignorant le problème palestinien « alors qu’il est au cœur de ce qui nous arrive ». Il est donc vital d’ en finir au plus vite avec cette guerre en travaillant à un cessez-le-feu permanent . 

C’est possible, selon le diplomate, en revenant à la résolution 1701 (qui implique le retrait des troupes israéliennes comme de celles du Hezbollah du Liban-Sud au profit de l’armée libanaise et des casques bleus de l’ONU). Le Liban se dit prêt à déployer son armée dans cette zone tampon de 30km de large séparant le fleuve Litani de la frontière israélienne . Quant au Hezbollah, il serait vraisemblablement d’accord pour s’en retirer sans condition préalable, même si, dans l’immédiat, « ne serait-ce que pour les siens, il doit continuer à se battre ». En revanche, il y a chez Netanyahu « cette ivresse du succès et une ambition de changer la région » qui le poussent à une guerre sans limites. 

C’est là qu’intervient la responsabilité de la communauté internationale. Sur les 15 pays membres du Conseil de sécurité, rappelle l’ancien ministre libanais, pas moins de 14 seraient favorables à un arrêt immédiat des combats. Qu’en serait-il du 15 ème, les Etats-Unis ? Voteraient-ils pour une telle résolution ? Quelles pressions seraient-ils prêts à exercer sur leur allié stratégique pour arrêter sa criminelle aventure ? L’heure de vérité approche.

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(1) « L’Orient-Le Jour » 2/10/2024

12 octobre 2024 at 6:14 Laisser un commentaire

LA FRANCE SONNÉE, L’EUROPE DÉSTABILISÉE 

Après les résultats catastrophiques aux élections européennes enregistrés en France, suivis du coup de « roulette russe » d’Emmanuel Macron, nombreux sont les dirigeants européens à être déstabilisés à l’idée que l’un de ses principaux pays fondateurs , l’un de ses poids lourds politiques,   économiques, démographiques, diplomatiques et militaires puisse basculer à brève échéance dans le camp de l’extrême-droite ! Après l’Italie de Meloni et la Hongrie d’Orban, sans oublier les gouvernements finlandais, suédois, slovaque, néerlandais…auxquels participent ou que soutiennent des forces brunes, non seulement l’AfD allemande dépasse chacun des trois partis de la coalition au pouvoir dans la plus grande nation européenne, mais voilà qu’après l’humiliante défaite de « Macron l’Européen », la France menace de plonger à son tour dans le déshonneur et l’inconnu. Les « élites » européennes sauront-elles enfin, le couteau sur la gorge, tirer les enseignements de ce fiasco annoncé qu’elles refusaient de voir ? On peut, hélas, en douter.

Il était prévu que, les 27 et 28 juin prochains,  se tienne un « Conseil européen » réunissant les 27 Chefs d’Etat ou de gouvernement, avec, à son ordre du jour des sujets majeurs, tels que la guerre russo-ukrainienne; les questions liées à la sécurité et à la défense européennes; les mesures à rendre pour stimuler la « compétitivité » de l’économie européenne (sic); les relations internationales et le « prochain cycle institutionnel »,  autrement dit les négociations sur les nominations à venir à la tête du Conseil européen, de la Commission européenne et de la diplomatie européenne. Les choix majoritaires des 27 gouvernements dans ces différents domaines devaient constituer le « programme stratégique » pour les cinq prochaines années. Le séisme politique du 9 juin bouleversera à coup sûr, sinon l’ordre du jour, du moins les discussions restreintes menées en coulisses.

Problème : les enjeux internationaux ne connaissent, eux, aucune trêve. Sur ce point, les 27 poursuivront leur agenda prévisionnel. On observera tout d’abord que le désastre au Proche-Orient (Gaza, Cisjordanie, Liban) n’y figure pas, malgré les liens étroits et privilégiés qu’entretient l’Union européenne avec l’Etat d’Israël, dont la poursuite de l’occupation , de la colonisation et des guerres contredit sans relâche, en toute impunité, le droit international ! Encore et toujours cet insupportable parti-pris du « deux poids-deux mesures » que seul un petit nombre d’Etats membres (mais pas la France) a commencé à remettre en cause en reconnaissant l’Etat de Palestine. 

Par ailleurs, sur l’attitude à adopter pour tenter de mettre fin à la cruelle et meurtrière agression russe contre l’Ukraine, l’impasse est totale. Le choix de la recherche d’une « victoire » par l’escalade militaire n’offre aucune perspective crédible d’une issue rapide et juste à cette catastrophe, jour après jour plus dévastatrice et plus dangereuse. 

Travailler vraiment à une solution politique juste et durable des conflits hideux qui nous traumatisent et enlaidissent le monde permettrait en outre, à l’inverse de l’actuelle militarisation des esprits, de réorienter les regards et les attentes vers les urgences sociales et climatiques, la promotion des biens publics, des biens communs, des biens collectifs, et, ce faisant,  de contribuer à tarir les sources des courants d’opinion réactionnaires qui ont atteint le seuil d’alerte en France comme sur tout le continent. 

13 juin 2024 at 9:19 Laisser un commentaire

L’ESCALADE, POISON DES RELATIONS INTERNATIONALES

« Il est grand temps d’arrêter le cycle dangereux de représailles au Moyen-Orient »insista opportunément Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations-unies, face au risque d’un « conflit régional généralisé » , lorsque tombèrent les premières dépêches sur « des explosions » près de la ville iranienne d’Ispahan, qui abrite des sites militaires, y compris nucléaires. « Empêcher toute escalade » : tel fut également l’objet de l’appel lancé ce même 19 avril  à « toutes les parties » par les ministres des Affaires étrangères du « G7 » (Etats-Unis, Canada, Japon, France, Allemagne, , Grande-Bretagne, Italie). Manifestement, bien que plus limitée que ce qu’on redoutait, cette réplique (israélienne) à la réplique (iranienne) inquiétait en premier lieu -légitimement- Washington, ce qui ne l’empêcha pas de décider aussitôt de nouvelles livraisons d’armes à l’une des « parties »…Or, pour éviter une escalade, il faut que les deux protagonistes le veuillent. Si l’un des deux estime que c’est à l’autre de faire le premier pas, c’est l’engrenage ! Dans l’immédiat, il semble qu’on ait évité ce piège. Mais tant que subsisteront ces deux régimes, nous resteront loin d’une relation apaisée entre les deux pays : comme le notait le grand quotidien libanais « l’Orient-Le Jour » : « La guerre n’est pas évitée, elle est reportée ». Le Moyen-Orient manque cruellement d’une architecture de sécurité assurant à chaque peuple -et d’abord au peuple palestinien- des garanties solides de respect de ses droits fondamentaux et créant, par là même, les conditions d’une paix durable.  

Dans un tout autre contexte, les mêmes questions de fond se posent face à la cruelle guerre russo-ukrainienne. Même si l’agresseur et l’agressé y sont clairement identifiés, l’escalade militaire n’y mène qu’à plus de guerre, avec la circonstance aggravante que se confrontent ici, indirectement, deux puissances nucléaires : l’OTAN et la Russie. C’est cette spécificité -sans précédent-  qui avait fait dire dès novembre 2022 au Chef d’Etat-major des armées des Etats-Unis, le Général Milley : « L’une des choses que j’ai toujours en tête, c’est la maîtrise de l’escalade. Les Russes ont la capacité de détruire l’humanité. Tout mouvement doit être mûrement réfléchi. » Et il ajouta, quitte à tourner le dos à l’orientation de son Président : « Il peut y avoir une solution politique, où, politiquement, les Russes se retirent. C’est possible ! » 17 mois et des milliers de morts plus tard, on en est toujours, dans chaque camp -celui de l’agresseur comme celui de l’agressé et de ses alliés-, à s’engager à aller « jusqu’au bout » (?) pour « gagner la guerre »…Jusqu’où poussera-t-on cette fuite en avant -tels deux bolides fonçant l’un contre l’autre, chacun escomptant que l’autre cède en premier- au risque du pire ? Est-ce réellement la bonne et la seule voie de la solidarité avec le peuple ukrainien ?

En vérité, dans le monde d’aujourd’hui, plus interdépendant qu’il ne l’a jamais été, l’escalade est un poison des relations internationales. En plus de n’aboutir, dans le meilleur des cas, qu’à une « victoire » à la Pyrrhus de l’un des deux belligérants, elle rend de plus en plus difficile l’indispensable quête de stabilité durable des relations avec l’ancien ennemi, sitôt la guerre terminée. En Europe aussi, il nous faudra reconstruire une architecture de sécurité aujourd’hui effondrée. C’est, du reste, pour avoir négligé cette tâche,  essentielle à une paix durable, dès les lendemains de la chute de l’Union soviétique -en préférant lancer l’irresponsable extension de l’OTAN, quitte à nourrir le nationalisme russe-  que nous devons, 30 ans plus tard, gérer un désastre anachronique. Il est grand temps d’en tirer les leçons.

25 avril 2024 at 11:19 Laisser un commentaire

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