Posts filed under ‘Cameron’

LE SINN FEIN, ACTEUR MAJEUR DE LA GAUCHE EUROPEENNE.

wurtz-l-humanite-dimanche« L’idéologie du républicanisme irlandais trouve ses racines dans la Révolution française : liberté, égalité, fraternité. » D’emblée, le décor était planté, le 24 septembre dernier, quand le Président du Sinn Fein, Declan Kearney, prit la parole sous la coupole de la maison du Parti communiste français, où Pierre Laurent venait de lui souhaiter la bienvenue. Heureuse initiative que cette rencontre chaleureuse entre deux forces de la gauche européenne dont beaucoup d’observateurs sous-estiment grandement les convergences de vue politiques tout comme la qualité des rapports humains entre militants ou dirigeants des deux partis.

En France, on connait surtout le Sinn Fein pour sa lutte politique en Irlande du Nord en faveur de la réunification de l’île, et donc pour que soit mis fin à l’occupation anglaise de la partie septentrionale du pays. Quelle expérience , en effet ! Depuis 18 ans, sur la base de l’accord historique et atypique dit « du Vendredi saint », ce parti co-dirige la province…avec la formation politique diamétralement opposée, le DUP, qui représente la droite dure, résolue à obtenir le maintien de la région dans le giron britannique ! L’intelligence politique du Sinn Fein a réussi jusqu’ici à surmonter toutes les tensions et les crises , aussi bien celles provoquées par Londres -qui cherche à limiter l’autonomie de l’Irlande du Nord- que celles suscitées au sein du gouvernement régional de Belfast par les peu coopératifs « partenaires » conservateurs, d’autant plus nerveux qu’ils constatent la popularité croissante du Sinn Fein, tant au Nord de l’île que dans le reste du pays.

Et c’est bien là qu’il faut mesurer la nouvelle donne irlandaise depuis quelques années : le Sinn Fein est devenue l’étoile montante de la scène politique irlandaise dans son ensemble. Aux dernières élections (2016), il est même devenu, avec 14% des suffrages, la troisième force de la République d’Irlande, bousculant le jeu politicien des partis ultra-libéraux qui s’y partageaient le pouvoir jusqu’ici. A côté des leaders emblématiques -en particulier le charismatique Gerry Adams- a émergé une nouvelle génération de dirigeants et de dirigeantes, que représente si bien Mary Lou Mc Donald, mon ancienne collègue du groupe GUE au Parlement européen, aujourd’hui députée au Parlement de Dublin et Vice-présidente de son parti.

La réunification de l’île reste plus que jamais, le coeur du projet du Sinn Fein . Le « Brexit » vient même d’en exacerber l’enjeu en menaçant de ressusciter la frontière entre l’Irlande de Nord -dès lors, en principe, hors de l’Union européenne- et le reste du pays, membre de l’UE. Pas question de « subir le Brexit » a souligné Declan Kearney à Paris : 200 000 emplois sont liés au commerce entre les deux parties de l’île et 10% de l’économie d’Irlande du Nord dépendent de son maintien dans l’Union européenne. « Le Sinn Fein croit que ce contexte représente une opportunité stratégique pour promouvoir la lutte pour mettre fin à la partition du pays ».

Mais cette authentique force de gauche ne se contente pas d’être le fer de lance de la lutte pour la réunification de l’Irlande. Elle est désormais largement reconnue comme le « moteur du changement social et politique » dans l’ensemble du pays, et notamment « la principale force politique contre l’austérité », a insisté le dirigeant irlandais. Pas étonnant que le nombreux public présent à « Fabien » pour cette belle occasion ait manifesté sa solidarité avec ces amis encore trop mal connus alors qu’ils représentent aujourd’hui un acteur majeur de la gauche européenne. La soirée s’est logiquement poursuivie en trinquant à la bière brune et en dansant au rythme endiablé des balades irlandaises…

Publicités

6 octobre 2016 at 9:32 Laisser un commentaire

LA « MAISON EUROPEENNE COMMUNE » : UNE IDEE MORTE ?

wurtz-l-humanite-dimancheCette année encore, la Fête de l’Humanité a proposé à ses visiteurs une floraison de débats. Arrêtons-nous sur l’un d’entre eux, qui a remis sur la table la belle idée de « Maison européenne commune » lancée en son temps par Mihail Gorbatchev : « son fondement est la sécurité; son ossature la coopération multiforme (…) Le temps est venu de mettre aux archives les postulats de la guerre froide » avait déclaré le dirigeant soviétique…en 1985. Plus de trente ans plus tard, et alors que le mur de Berlin est tombé depuis plus d’un quart de siècle, cet objectif est toujours très loin d’être atteint. A l’heure où la sécurité européenne redevient -hélas dans un tout autre sens- un sujet d’actualité, il était bienvenu de réinterroger ce concept de « Maison commune » à la lumière des réalités d’aujourd’hui.

C’est ce à quoi s’est employé , dans le cadre de « La Fête » 2016, Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales, en s’élevant avec autant de passion que de sens pédagogique contre la tendance à pérenniser dangereusement un climat de néo-guerre froide. Son plaidoyer contre l’OTAN est implacable.

D’abord, le Pacte de Varsovie ayant été dissous , l’OTAN, en refusant de faire de même, est devenu une alliance militaire structurée sans alliance en face. Or , notre monde est devenu « fluide »: l’ « ennemi » n’y est pas figé. Le maintien de l’OTAN oppose donc à cette fluidité un système ossifié totalement inadapté aux nouveaux enjeux de sécurité. C’est pourquoi, toutes les guerres entreprises -Afghanistan, Irak, Libye…- conduisent au fiasco !

Ensuite, le retour de la France dans la commandement intégré de l’OTAN, loin de donner plus de poids à Paris dans la définition de la politique extérieure du monde occidental ( comme l’avait prétendu Sarkozy ), a, au contraire, privé notre pays de son originalité diplomatique. Désormais, aux yeux du monde, Occident égale OTAN.

Enfin, cette alliance militaire devenue unique s’est tout naturellement fabriqué des ennemis. Avec en particulier deux cibles. La première est le « spectre du monde musulman », tout ce qui est non occidental, et notamment « le mythe oriental », constituant des civilisations qui choquent l’ « Occident ». La seconde est la réactivation de la politique extérieure russe, incarnée par Poutine. L’OTAN est ainsi devenue « une machine à reconstruire la Russie comme partenaire-adversaire ». Pire, l’ OTAN cherche à marginaliser le statut de la Russie, qui, logiquement, cherche à reconstituer celui-ci. En ce sens, l’OTAN est devenue « une machine à inciter la Russie à se reconstruire comme puissance, voire à se projeter vers l’Est ». Or, dans le monde « fluide », mondialisé, d’aujourd’hui, toute exclusion provoque de l’agressivité : « Le choix de l’Occident, depuis 1990, d’isoler la Russie est source de violence et d’hyper-conflictualité ».

Rappelons à ce propos que même l’ancien « patron » du Pentagone sous George W. Bush, Robert Gates, qui se définissait lui-même comme « un vieux guerrier de la guerre froide » avait , dans ses Mémoires, en 2014, reconnu que « l’extension de l’OTAN » avait été « une erreur », que l’Occident faisait preuve d’ « arrogance » et que « dans le monde d’aujourd’hui, nous faisons face à des défis que nous devons affronter en partenariat avec d’autres pays, y compris la Russie ». « Une guerre froide, ça suffit ! » avait-il conclu… Décidément, non : la « Maison européenne commune » n’est pas une idée morte, mais un projet à relancer d’urgence dans les conditions de notre temps.

15 septembre 2016 at 8:33 Laisser un commentaire

LES « TRAVAILLEURS DETACHES », NOS FRERES DE COMBAT.

wurtz-l-humanite-dimancheL’attitude -très exceptionnelle- de fermeté finalement adoptée ( le 20 juillet dernier ) par la Commission européenne vis-à-vis de 10 Etats membres d’Europe centrale et orientale au sujet de la directive « travailleurs détachés » mérite qu’on s’y arrête. Rappelons les faits. A l’origine, il y a un véritable scandale , que nous ne cessons de combattre, et qui est au coeur de l' »Europe libérale » : l’organisation de la mise en concurrence des peuples pour tirer les conquêtes sociales vers le bas tout en dressant les travailleurs européens les uns contre les autres afin de neutraliser leurs luttes. Ainsi, au nom de la « libre prestation des services » au sein du marché unique , les traités européens autorisent-ils tout employeur du secteur des services établi dans un Etat membre à « détacher temporairement » ( jusqu’à deux ans ! ) ses travailleurs dans un autre pays membre tout en continuant d’appliquer à ces salariés un certain nombre de normes de travail de leur pays d’origine . Les garanties accordées à ces centaines de milliers de travailleurs dans leur Etat d’accueil par la fameuse « Directive Détachement » de 1996 sont , à ce jour, très limitées. Même un salaire minimum qui ne serait pas de portée nationale ( par exemple un salaire de base fixé par une convention collective ) ne pourrait pas être imposé à leur employeur. La Cour de Justice de l’Union européenne l’affirmait catégoriquement en 2008 : il est strictement interdit à l’Etat qui les accueille d’imposer « aux prestataires de services établis dans un autre Etat membre, où les taux de salaire minimal sont inférieurs, une charge économique supplémentaire qui est susceptible de gêner ou rendre moins attrayante (sic) l’exécution de leurs prestations dans l’Etat d’accueil » ! (1) Par ailleurs, les cotisations sociales patronales restent celles du pays d’origine.

Or, après des années d’intenses luttes syndicales et politiques pour une rupture avec cette logique diabolique, la Commission européenne vient enfin, en mars dernier, de préparer un projet de révision de la Directive de 1996. Celui-ci -s’il ne touche pas au privilège patronal en matière de cotisation sociale- annonce néanmoins un changement réel en affirmant le principe « à travail égal salaire égal » entre travailleurs nationaux et « détachés », y compris en ce qui concerne d’éventuelles primes ou un 13ème mois. En outre, l’Etat d’accueil pourrait désormais imposer aux sous-traitants d’appliquer le même salaire que le donneur d’ordre.

Ce changement a aussitôt soulevé un tollé parmi le patronat des pays d’Europe centrale et orientale, dont les gouvernements ultra-libéraux ont organisé un tir de barrage contre le projet de Bruxelles. En vain, jusqu’ici. Il appartient aux forces de progrès de se mobiliser pour pousser l’avantage, non pas contre les « travailleurs détachés » , mais pour une Europe de l’égalité des droits et de la solidarité. A cet égard, comment ne pas être surpris et attristé d’apprendre qu’un orfèvre de la parole comme Jean-Luc Mélenchon ait pu choisir de parler à la tribune du Parlement européen à ce propos de « travailleur détaché qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place » ! (2) Nous sommes de ceux pour qui les valeurs de gauche ont encore un sens. Y compris sur les enjeux européens .

——-
(1) Cour de Justice de l’Union Européenne ( Arrêt Rüffert : avril 2008 )
(2) « Je crois que l’Europe qui a été construite, c’est une Europe de la violence sociale, comme nous le voyons dans chaque pays chaque fois qu’arrive un travailleur détaché qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place ». ( Le 5 juillet 2016.)

28 juillet 2016 at 7:19 1 commentaire

Articles précédents Articles Plus Récents


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 5 228 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

septembre 2019
L M M J V S D
« Août    
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  

Commentaires récents

jean-louis Hoffet dans RÉVÉLER ENCORE ET TOUJOURS LA…
Pabbpabb dans « BREXIT …
KACZMAREK PATRICK dans ENVERS LES KURDES , A NOUVEAU,…
franciswurtz dans MACRON CONTRE « L…
de ANDRADE Roger dans MACRON CONTRE « L…

Archives

Catégories

Pages

Pages