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LE NATIONALISME, POISON MORTEL POUR LA DÉMOCRATIE

wurtz-l-humanite-dimanche« Élue présidente de région, je supprimerai toutes les subventions aux associations qui viennent en aide aux migrants ! » : telle fut l’une des dernières sorties de la cheffe du FN « dédiabolisé » avant le second tour des élections régionales . (1) Voilà qui illustre en peu de mots une vision de la société propice aux engrenages funestes dont l’Histoire nous a enseigné qu’ils pouvaient conduire au pire : l’esprit de stigmatisation et de discrimination commence par viser le « migrant », puis, chemin faisant, le Français « d’origine étrangère », le « musulman » ou présumé tel et tous ceux qui ne « sont pas comme nous » . Une partie de la société , la plus vulnérable, risque alors insensiblement de devenir , aux yeux de l’autre, -comme le fustigeait déjà La Fontaine- « ces pelés, ces galeux d’où nous vient tout le mal ». Et, au-delà, il s’agit d’ « une vision du monde où la France détient une nette supériorité historique et culturelle sur les autres pays (…) peignant l’étranger comme un artisan majeur de nos maux » (2) .

Dans une telle mythologie, il n’y a guère de place pour un raisonnement rationnel : ainsi, dans certaines localités alsaciennes dont plus de 60% des habitants travaillent en Allemagne, la moitié des électeurs a soutenu , le 6 décembre dernier, un parti prônant la fermeture des frontières ! Eux s’inquiètent de voir…les migrants prendre leur travail outre-Rhin. (3) Cette logique d’exclusion et de division, on ne voit pas toujours où elle commence, on sait en revanche où elle peut finir. Il n’y a rien de plus vital pour la démocratie que d’éradiquer toutes ces graines de nationalisme, de racisme et de xénophobie , ces poisons mortels pour le vivre ensemble ! Pour paraphraser le pasteur Niemöller, réagissons à temps, quand ils s’en prennent aux « migrants » ou aux « étrangers », pour ne pas avoir à regretter notre laisser-faire lorsqu’ils s’en prendront à nous-mêmes !

Et « l’Europe », dans ce contexte ? Faudrait-il , par réaction au nationalisme europhobe du FN, « arrondir les angles » des critiques de gauche concernant les politiques désastreuses menées en son nom comme l’exercice scandaleux des pouvoirs en son sein ? Certainement pas ! Le type de construction européenne actuellement en vigueur est condamné, tant son échec est patent et sa légitimité fracassée aux yeux de la majorité des Européens. Mais si l’alternative passe nécessairement par des ruptures profondes avec le modèle européen actuel, elle n’est certainement pas à chercher du côté de la régression nationaliste ! Certains, à gauche, prônent une « Union de nations et de peuples souverains et associés » et préconisent, dans ce cadre, des politiques communes « à géométrie choisie » (4) . Cette proposition présente un double intérêt.

D’abord celui de prendre pleinement en compte l’importance durable du fait national et de l’articuler à la réalité incontournable et irréversible de notre temps : l’interdépendance par-delà les frontières. A l’opposé des pratiques actuelles des forces dominantes, le but du combat pour cette « refondation » de l’Europe est d’aboutir à une construction qui ne soit pas imposée « d’en haut » mais engagée à partir de chaque nation qui en exprime la volonté et par une implication effective des citoyens dans les choix à opérer. L’autre intérêt de cette vision alternative de la construction européenne est qu’elle prévoie que chaque pays membre puisse souverainement décider de son degré d’engagement dans ces politiques communes. Ce débat prend aujourd’hui, à l’évidence, une importance sans précédent.

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(1) Sur RMC le 10/12/2015
(2) François Miquet-Marty, Président de Viavoice ( Libération – 11/12/2015 )
(3) Voir Le Monde (11/12/2015)
(4) voir « Refonder l’Europe » -PCF 15/11/2013

17 décembre 2015 at 10:24 Laisser un commentaire

« VIVE LA NATION « … ET LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE !

wurtz-l-humanite-dimancheIl y a des télescopages révélateurs ! A un jour d’intervalle, le Président de la République a appelé les Français à mettre le drapeau tricolore à leurs fenêtres en hommage aux victimes des attentats terroristes -en soi un beau geste patriotique- , tandis que le Premier Ministre exhortait, quant à lui, l’Europe à fermer ses portes aux réfugiés -un acte brutalement anti-solidaire ! Voilà donc une conception de la nation qui se veut fraternelle à l’intérieur de ses frontières et se montre insensible aux appels au secours au-delà ! A droite, on pousse le bouchon plus loin encore : ainsi, pour l’ineffable Eric Ciotti , « Quand on voit ce qui se passe à Saint-Denis, (on se) demande si on est encore en France dans cette ville » . Lui-même est encore dépassé dans l’ignominie par un Philippot , le « dédiabolisateur » du FN, qui préconise d’ « annuler l’arrivée de migrants dans l’ensemble des communes qui devaient en recevoir et (de) les renvoyer tous hors de nos frontières » (1) . Voilà qui confirme combien il est urgent d’ouvrir -ou de réouvrir- un débat citoyen permettant de clarifier ce qui oppose, parfois radicalement, les différentes visions de la nation.

Disons-le franchement : nous avons longtemps , à gauche, négligé ce terrain crucial de la bataille des idées. Entonner la « Marseillaise » ou arborer les trois couleurs fleurait bon , entendait-on, le conformisme conservateur. La simple évocation positive du concept de nation était suspecte. Le « peuple de gauche » a , peu à peu, perdu des repères et s’avère souvent désarmé face à la mystification monstrueuse opérée par l’extrême droite ainsi que par les multiples opérations de récupération tentées par les forces politiques traditionnelles. Il est grand temps de reprendre l’initiative en faisant vivre une idée de la nation qui tourne le dos au racisme, au colonialisme, au nationalisme, au populisme xénophobe , et qui ne se laisse pas non plus ravaler au rang de guimauve franchouillarde, mais s’affirme résolument émancipatrice, fraternelle et solidaire, non pas repliée sur elle-même, mais ouverte à ses voisins et au monde dans toute sa diversité.

Rappelons que, dans toutes les périodes-clés de notre Histoire, depuis la Révolution française, le type de nation à faire prévaloir a fait l’objet de combats impitoyables. Ne laissons pas à d’autres la référence à l’emblématique « Vive la Nation ! » lancé par le Général Kellermann à Valmy le 20 septembre 1792, pour saluer l’unité de ses troupes face aux envahisseurs austro-prussiens alliés aux contre-révolutionnaires français ! Sortons également de l’oubli ce que fut le combat du ( vrai ) « Front national »… »pour la libération et l’indépendance de la France » , cette composante majeure du Conseil National de la Résistance, créée à l’initiative du Parti communiste ! Il permit de fédérer dans la Résistance contre l’occupant nazi -et ses collaborateurs français- des forces provenant de toutes sensibilités politiques, depuis les progressistes jusqu’aux chrétiens-démocrates, rejoints par de courageux et généreux résistants venus d’autres pays, à commencer par l’Allemagne. De même, les luttes anti-coloniales ont-elles été l’expression de la volonté de reconnaître aux peuples colonisés le droit de construire leur nation dans l’indépendance , à l’opposé des partisans d’une « France allant de Dunkerque à Tamanrasset ».

Tous ces principes sont-ils caducs à l’heure de  » l’Europe  » et de la mondialisation ? Les classes dirigeantes le pensent et flattent volontiers un chauvinisme primaire comme exutoire au sentiment national refoulé. Les communistes agissent , en revanche, pour « une Union de nations et de peuples souverains et associés » et pour une construction européenne « à géométrie choisie » (2) . La nation : une idée à revisiter !

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(1) Pour les deux citations, voir « l’Humanité » du 25/11/2015.
(2) « Refonder l’Europe » (15/11/2013) .

3 décembre 2015 at 12:01 Laisser un commentaire

NON, ERDOGAN N’EST PAS « TOUT-PUISSANT » !

wurtz-l-humanite-dimancheNous avons tous été profondément déçus à l’annonce des résultats des élections du 1er novembre en Turquie. Erdogan, ce personnage mégalomaniaque et dangereux, remportait un succès inattendu , tandis que le grand vainqueur démocrate du scrutin de juin, Sélahattin Demirtas, voyait son score reculer. La révolte devant cette prime à la violence et à la perversité l’emportait sur tout le reste.

A y regarder de plus près, la réalité est cependant quelque peu différente ! D’abord, en ce qui concerne l’ évolution des rapports de force électoraux . Erdogan n’a cessé de réclamer depuis des mois,  « 400 députés » pour lui permettre d’atteindre la majorité qualifiée nécessaire pour changer la Constitution et atteindre son but suprême : l’hyper-présidentialisation du régime. Comme en juin dernier, c’est encore raté ! Il lui manque même 15 sièges pour recourir au mécanisme de rattrapage : faire adopter le changement de Constitution par référendum. Certes, il peut tenter d’ « acheter » des députés de l’extrême droite pour arriver à ses fins, mais cela cadrerait mal avec le profil de nouveau sultan qu’il aimerait tant se donner. Par ailleurs, alors qu’il avait dépassé la barre des 50%  lors des élections présidentielles de l’an dernier ( 51,8 ) , il est resté en deça cette fois-ci ( 49,5 ) . Il s’agit donc, par rapport au scrutin initial du 7 juin, d’un succès,  mais certainement pas du « triomphe » souvent abusivement perçu dans un premier temps.

Inversement, le HDP -pas plus que les précédents « partis pro-kurdes »- n’avait jamais , avant les élections de juin dernier, franchi le seuil fatidique des 10% permettant d’ entrer au Parlement turc en tant que parti ( et non à titre individuel ) . Or, il vient de relever à nouveau ce défi , malgré une érosion du nombre de ses voix ( -2,4% ) . Il n’y a que quatre formations politiques à avoir réussi ce pari. Gageons que les 59 élus nationaux du HDP hantent d’ores et déjà les nuits du dictateur d’Ankara !
Ajoutons qu’il se pourrait bien qu’Erdogan n’emporte pas au paradis une « victoire » acquise dans des conditions aussi abjectes : répandre délibérément le sang et la terreur pour se présenter en unique garant de la sécurité . En son temps, le Général De Gaulle -qui avait pourtant une autre stature que le maître actuel de la Turquie- avait, lui aussi, usé du registre plébiscitaire du « Moi ou le chaos » : le raz de marée électoral qu’il en récolta après les « événements » de 1968 ne lui évita pas la défaite fatale, dix mois plus tard…En Turquie aussi, la « stabilité » promise ne sera au rendez-vous ni sur le plan économique ni sur le terrain politique -à moins d’un changement radical de politique et de comportement de la part de ce personnage réputé « imprévisible ».
Il est un dernier facteur -et non des moindres dans le monde d’aujourd’hui- à prendre en considération pour juger de l’influence effective d’un dirigeant politique : son rayonnement au-delà des frontières de son pays. Et, à cet égard, le bilan Erdogan se résume en un mot : fiasco. Les manchettes de la presse de tous bords en disent long sur l’évolution de son image  : « Les résultats de la terreur » ( L’Humanité » ) ; « Erdogan ou la politique du pire » ( Le Monde) ; « La dérive du néo-ottomanisme d’Erdogan » ( Le Figaro ) ; « Turquie : massacre et répression entre deux élections » ( Libération ) ; « L’emballement guerrier du Président turc » ( Le Monde diplomatique )… Le même son de cloche s’entend dans le monde entier, au point que le « Courrier international » croit pouvoir titrer sa synthèse de la presse sur le sujet : « Turquie, la prochaine Syrie ? « …Il n’y a plus guère que les dirigeants européens à faire la cour au maître-chanteur du Bosphore, manifestement décidé à faire payer au prix fort l’indigne et illusoire « solution » turque au problème des réfugiés , échafaudée à Bruxelles. Non, décidément, Erdogan n’est pas « tout-puissant » ! La contre-offensive progressiste, c’est maintenant !

12 novembre 2015 at 4:39 Laisser un commentaire

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