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MOURRIR POUR LES MARCHÉS FINANCIERS ?
Samedi dernier, cela faisait quatre ans,jour pour jour,que la grande banque d’affaires américaine Lehman Brothers faisait faillite,déclenchant une réaction en chaîne sans précédent depuis 1929,qui ébranla tout le système bancaire du monde occidental.Curieusement,cet « anniversaire » n’a été ni commenté ni même signalé dans les grands média…Il s’agit pourtant d’un événement historique puisqu’il avait révélé à la Terre entière la profondeur de la crise du capitalisme financiarisé.Un système qui,à force de dérèglementation,de « libre circulation des capitaux »,de prime à « l’innovation financière »,en est arrivé à un stade où…97% des mouvements de capitaux ne concernent plus l’économie réelle (la création d’emplois,la production de richesses et les échanges de biens ou de services),mais alimentent des activités spéculatives !
Ainsi,ce qu’ils appellent les « produits dérivés » (à savoir des opérations spéculatives sur tout et n’importe quoi: les prix futurs de l’immobilier,de matières premières,de denrées alimentaires ou l’évolution supposée des taux d’intérêt ou la valeur espérée d’un quelconque indice…) représentent désormais quelque 600 000 milliards de dollars par an,dans le monde,soit plus de 1000 fois le budget d’un Etat comme la France! Non seulement,des sommes faramineuses sont ainsi stérilisées au détriment des immenses besoins de l’humanité,dramatiquement ignorés,mais à chaque éclatement de l’une de ces « bulles » spéculatives,il s’ensuit une catastrophe que des peuples payent au prix fort. La course au profit financier atteint un tel degré de folie que les grands « boursicoteurs » du 21 ème siècle se sont dotés de puissants ordinateurs qui leur permettent de passer 1000 ordres d’achat ou de vente…par seconde ! C’est dire la profondeur du fossé qui sépare aujourd’hui les obsessions des marchés financiers des aspirations des sociétés.
C’est ce système-là qui prend l’eau de toute parts! Et c’est pour le sauver à tout prix que les dirigeants européens tentent d’instaurer un régime d’austérité durable et de centralisation des lieux de décision.Il n’y a donc pas lieu de se laisser impressionner par leurs discours sur l’exigence d’une « saine gestion » des finances publiques au nom de la nécessité de » rassurer les investisseurs »! A ceux qui érigent le « désendettement de l’Etat » en priorité absolue,quitte à faire exploser le chômage et la pauvreté,à pousser la zone euro dans la récession et à semer le désarroi parmi les citoyens,il faut rappeler que l’endettement des Etats européens (Allemagne comprise) s’est envolé suite aux centaines de milliards d’euros mobilisés dans l’urgence,après 2008,pour sauver le système bancaire puis pour financer des plans de relance afin d’éviter une dépression économique comparable à celle de 1929! Il est donc particulièrement malvenu de culpabiliser les peuples en les accusant d’avoir « vécu au-dessus de leurs moyens »!En vérité, la classe dirigeante européenne veut leur faire accepter la déconstruction systématique de conquêtes sociales et démocratiques de plusieurs décennies et qui sont à l’origine de ce qu’on a,naguère,appelé fièrement le « modèle social européen »-celui-là même que Mario Draghi,le président de la Banque centrale européenne,a récemment déclaré « mort »,tout en annonçant une véritable tentative de restairation des pouvoirs du capital en Europe.
« Le traité budgétaire est le début » a-t-il précisé dans le « Wall Street Journal ». Nous voilà prévenus.Rendez-vous le 30 septembreprochain ,place de la Nation !
« INITIATIVE CITOYENNE »: POURQUOI BRUXELLES DIT NON !
Faut-il avoir peur de la démocratie citoyenne pour prendre une décision pareille! La Commission européenne vient d’informer les sept protagonistes d’une « Initiative citoyenne européenne » (projet de collecte d’un million de signatures dans l’UE -en l’occurence en faveur de la création d’une « banque publique européenne axée sur le développement social,écologique et solidaire ») qu’elle « se doit de refuser l’enregistrement de cette proposition d’initiative »! Les sept personnes en question sont Pierre Laurent,secrétaire national du PCF et président du Parti de la gauche européenne;Alexis Tsipras,leader de la coalition de gauche grecque Syrisa;Marta Sanz-Pastor,écrivaine espagnole;Nico Cué,responsable syndical belge;Lydia Menaplace,présidente de l’Union des Partisans d’Italie;Heinz Birnbaum,responsable syndical allemand;et Judit Morva,intellectuelle progressiste hongroise.
Rappelons d’un mot que l' »initiative citoyenne européenne » est une disposition des traités de l’UE qui prévoit qu’une proposition soutenue par un million de citoyens peut donner lieu à un « acte juridique » de la Commission de Bruxelles et à un débat au Parlement de Strasbourg,dès lors qu’elle répond à certaines conditions et notamment à celle de se référer à un article pertinent des traités.Les « 7 » avaient décidé de se saisir de cette mesure pour promouvoir une idée,certes,à contre-courant de la politique européenne actuelle,mais en respectant les règles prévues pour une telle initiative.Ils avaient, en particulier,fondé leur demande sur un article du traité de Lisbonne consacré aux « objectifs de l’UE ». Cet article précise,en effet, que l’Union européenne… »combat l’exclusion sociale(…),prône la justice et la protection sociales(et) la solidarité entre les Etats membres. » (Article 3,alinéa 3 du TUE)
Or,que répond la Commission? »Il faut clairement noter que cette disposition légale,en elle-même,ne confère pas de pouvoirs aux institutions pour adopter des actes juridiques ». Autrement dit: le traité européen affiche des « objectifs de l’UE » apparemment louables,mais prive les institutions des moyens de les réaliser. Quel aveu!
L’éxécutif bruxellois va même plus loin en révélant involontairement combien une démarche sociale et solidaire est étrangère à la doctrine officielle de l’actuelle UE. Qu’on en juge: « L’objectif principal de l’initiative que vous avez proposée -écrit la Commission- est la création d’une banque qui faciliterait les dépenses publiques dans certains domaines,en permettant aux Etats membres d’emprunter les fonds nécessaires à des taux très bas.La proposition envisage également comme but -poursuit le courrier bruxellois- « de faire vivre une logique de solidarité envers les pays en difficultés » et de permettre ainsi aux Etats concernés « de ne pas avoir à se soumettre aux exigences de rentabilité des marchés ». En effet, tel est bien l’esprit de notre proposition.Eh bien: »Après examen approfondi (…) la Commission considère qu’il n’y a pas de base juridique dans les traités qui permette de présenter une proposition établissant un tel organisme »! Pour l’initiative envisagée,c’est donc NON. En clair:la démocratie citoyenne n’est bienvenue que si elle exprime les positions officielles.De quoi faire réfléchir aux « réorientations » nécessaires…
« QUAND C’EST FLOU, IL Y A UN LOUP…
Dur ,dur de vendre au « peuple de gauche » un traité budgétaire visant à instituer un régime d’austérité durable et retirant au parlement comme aux citoyens un pan majeur de leur souveraineté! Les dirigeants socialistes viennent d’en faire l’amère expérience lors de la récente « Université d’été » de leur parti où une sénatrice récalcitrante, Marie-Noëlle Lienemann,a été ovationnée en expliquant les raisons de son rejet de ce texte.
L’argument d’autorité de la direction du parti (la solidarité gouvernementale) est,certes, efficace vis-à-vis des ministres .La preuve: un certain nombre d’entre eux avaient milité pour le « NON de gauche » au traité constitutionnel en 2005 ( Fabius,Montebourg,Peillon,Hamon…jusqu’à l’actuel ministre des Affaires européennes,Cazeneuve !) .Aujourd’hui, ils assument comme un seul homme le choix de leur Président. »Personne n’a été obligé d’entrer au gouvernement » avait prévenu Jean-Marc Ayrault.Imparable.
Par ailleurs,l’appel à la « responsabilité » (Ne pas affaiblir François Hollande face à Angela Merkel) n’est sans doute pas sans effet sur des parlementaires ,par ailleurs largement acquis à la stratégie européenne de l’Elysée.
Convaincre les adhérents ,à plus forte raison les électeurs, du PS que « le changement » passe par l’alignement sur les exigences des marchés financiers et sur la vision restrictive et autoritaire de la Chancelière allemande est une autre paire de manche.D’autant que la Confédération européenne des syndicats (longtemps réputée plutôt modérée sur les enjeux européens ) s’oppose,elle,frontalement à ce traité -ce qui ne s’était encore jamais produit dans le passé!
Face à ce problème politique non négligeable,la ligne adoptée par les dirigeants socialistes révèle de leur part un certain désarroi . Pour Moscovici,foin des états d’âme: « François Hollande s’était engagée à une réorientation de la construction européenne .Tout le monde,y compris à gauche, doit comprendre que celle-ci a eu lieu » affirme-t-il sans sourciller. Manifestement,hormis lui-même,personne ne s’en était aperçu! Pas même Jean-Marc Ayrault, pour qui « ce traité est une première étape(…) On ne doit pas s’en contenter. »




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