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Manuel BARROSO passe du lyrisme…aux aveux

Le Président de la Commission européenne, M. Barroso, n’a pas la réputation d’être un grand poète.  Il s’est pourtant essayé au lyrisme, le 28 septembre dernier, au Parlement de Strasbourg, en prononçant son désormais rituel « Discours sur l’Etat de l’Union ».  J’ai ainsi compté pas moins de sept références à la dernière des valeurs auxquelles on pense en ce moment à propos de l’Union européenne: la fierté!  « La fierté d’être Européen, ce n’est pas seulement notre grande culture, notre grande civilisation, tout ce que nous avons créé dans le monde » s’est écrié ce champion de l’Europe des marchands et de la finance, avec la modestie d’une grenouille voulant se faire aussi grosse que le bœuf.  « Ce n’est pas seulement la fierté du passé.  C’est la fierté de notre avenir » a-t-il poursuivi.  « C’est cette confiance-là qu’il nous faut récréer entre nous. »

             Pourquoi, subitement, cet exercice un peu laborieux de méthode Coué?  C’est qu’en haut lieu, on est à présent conscient de la profondeur de la « crise de confiance », reconnait M. Barroso, « tant à l’égard de nos dirigeants en général, de l’Europe elle-même, que de notre capacité à trouver des solutions. »  On peut le dire, en effet!  « Nos concitoyens (sic) nous observent et se demandent: sommes-nous vraiment une Union? » confesse même le président de la Commission, en tirant de ce sévère constat la conclusion qu’il faut « un renouveau européen ».  Diable!  La grâce aurait-elle touché l’exécutif bruxellois?  Trois fois hélas, la suite fut plus prosaïque et moins inattendue dans sa bouche.  D’abord, il s’est félicité du soutien majoritaire des parlementaires européens à son projet de réforme du pacte de stabilité, renforçant la « discipline » budgétaire et étendant la « surveillance » aux politiques économiques des gouvernements.  Ensuite, il a annoncé que « nous devons aller plus loin » dans le sens d’une « intégration » permettant de « réaliser pleinement les objectifs convenus à Maastricht » – une intégration que « pas seulement les fédéralistes réclament, mais aussi les marchés. »  C’est donc cela, le « renouveau »!

            Sans attendre, M. Barroso situe les urgences notamment dans « une véritable libéralisation des services en Europe » ainsi que dans « les réformes à mettre en œuvre sur nos marchés du travail, dans nos finances publiques et nos régimes de retraite » – réformes dont il ne doute pas qu’elles « appellent des efforts considérables de chaque composante de la société ».  Et n’allez pas dire que la Commission est indifférente au fait qu’ « un jeune sur cinq ne trouve pas de travail ».  La preuve: M. Barroso « appelle nos entreprises (à) leur offrir des stages ou des possibilités d’apprentissage »…

            C’est dans ce contexte, à l’évidence explosif, que M. Barroso, après Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, s’est senti obligé de lâcher du lest sur une revendication emblématique de la gauche (pourtant réputée « utopique », car, nous répétait-on depuis une bonne décennie, « totalement irréalisable autrement qu’à l’échelle du monde ») en se disant « très fier (encore) d’annoncer que la Commission a (ce jour même) adopté une proposition…de taxe sur les transactions financières. »  Voilà un aveu involontaire de taille: dans le contexte actuel, des idées alternatives, dès lors qu’elles sont massivement portées par les citoyens et les mouvements sociaux, peuvent devenir incontournables.  Une leçon à méditer!  Nelson Mandela (que M. Barroso s’est sur un autre sujet, aventuré à citer) a décidément raison: « It always seems impossible, until it is done.  Let’s do it ».[1]


[1] Cela parait toujours impossible jusqu’à ce que cela se réalise.  Alors, faisons-le!

 

6 octobre 2011 at 1:27 2 commentaires

PALESTINE: LA NOUVELLE DONNE

Il faut avoir eu l’occasion de mesurer sur le terrain le degré de frustration, d’humiliation, de rage rentrée, ainsi que la profondeur des blessures nées des multiples espoirs déçus et du sentiment d’abandon de la part des puissants de ce monde, pour imaginer la fierté et la dignité qu’ont dû ressentir les Palestiniens en suivant le discours – ovationné – de leur Président aux Nations Unies.

Il aura donc tenu bon, Mahmoud Abbas!  On sait combien ont été fortes – et menaçantes – les pressions américaines.  Plus subtile mais très pernicieuse fut la proposition de Sarkozy, saluée par Obama comme « complémentaires à (son) action », puis reprise par le « Quartet » (USA, UE, ONU et Russie).  Elle visait, sinon à faire fléchir le leader palestinien, du moins à limiter l’isolement des USA et de leurs alliés.  L’attribution du statut d’ « Etat non membre » par l’Assemblée générale présenterait, en effet, aux yeux des dirigeants occidentaux, l’avantage d’éviter tout vote au Conseil de sécurité (veto américain ou abstention européenne) qui les placerait en porte-à-faux non seulement vis à vis des pays arabes en plein « printemps », mais à l’égard de la grande majorité des nations du monde.  En outre, le « compromis » sarkozyste prétend obtenir des Palestiniens qu’ils renoncent aussi bien au droit accordé à tout « Etat non membre » de l’ONU de saisir la Cour pénale internationale qu’à leur exigence légitime d’un arrêt de la colonisation avant toute nouvelle négociation avec Israël.  Ajoutons surtout que ni l’hôte de l’Elysée ni celui de la Maison Blanche n’ont dit à quel type de pression ils seraient prêts à recourir pour arracher, en l’espace d’un an, au gouvernement le plus ultra qu’ait jamais connu l’Etat hébreu un accord de paix conforme au droit international!  Or, sans remise en cause de l’impunité systématiquement accordée à l’occupant par les Etats-Unis et l’Union européenne, il n’y a aucune chance qu’une négociation entre Ramallah et Tel Aviv aboutisse à la création d’un Etat palestinien digne de ce nom.

La nouvelle donne que vient de créer l’initiative palestinienne à l’ONU tient précisément à ceci: l’affirmation publique et solennelle par Mahmoud Abbas qu’il ne se pliera plus à ce jeu de dupes.  Désormais, les anciens « parrains » du « processus de paix » sont placés devant leurs responsabilités: ou ils mettront fin au régime de « deux poids, deux mesures » ou ils auront à assumer devant les nations et les citoyens du monde leur complicité directe avec un pouvoir qui viole structurellement tous les principes dont ils se parent si volontiers.

Ne nous le cachons pas: c’est là un bras de fer à l’issue incertaine.  Le Président américain n’a pas hésité, à l’ONU, à ruiner l’image qu’il s’était forgée au début de son mandat en tenant un discours digne de Nétanyahou.  L’Union européenne est-elle prête à se laisser entrainer dans ce fiasco?  La France – dont plus de 80% des citoyens se déclarent favorables au soutien de la requête palestinienne – sortira-t-elle de son ambigüité, au côté d’autres alliés européens potentiels, pour favoriser le nécessaire sursaut?  Qui est attaché au droit et à la paix est appeler à réagir!  À nouveau, la cause palestinienne est à sa place sur l’agenda politique international: la première.

28 septembre 2011 at 2:39 1 commentaire

Zone euro : n’entrons pas dans leur « guerre »

« La France doit passer d’une économie de paix à une économie de guerre »: le premier que j’aie vu utiliser ce mot hideux de « guerre » à propos de la crise de l’euro était François de Closet, dans le JDD de fin août.  « Face à l’urgence, précisait-il dans une formule très éclairante sur ses motivations, (les) clivages (gauche-droite) n’ont pas cours. »  Foin du débat démocratique, de l’analyse rationnelle des causes, de la confrontation des options, du choix politique clairement assumé: c’est « la guerre »!  Bon, me suis-je dit, on connait l’oiseau, passons.  Mais voilà que, dix jours plus tard, ce fut au tour de l’éditorialiste du « Monde » d’en appeler, à la une, à l’adoption de « l’économie de guerre ».  Nicolas Sarkozy a présenté « un diagnostic très sombre de la situation »: la « pusillanimité » n’est donc pas de mise si l’on veut être « crédible aux yeux des marchés » Re-CQFD!

Le surlendemain, sans doute soucieux de prouver à la sourcilleuse et impitoyable « troïka » (Commission européenne, Banque centrale et Fonds Monétaire international) sa détermination à rajouter encore une couche de « rigueur » à son programme et à accélérer les privatisations attendues impatiemment par les créanciers, voilà que le Premier Ministre grec Georges Papandréou, s’y mettait lui aussi: « Nous devons défendre le pays comme si nous étions en guerre » a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.  Et je ne parle pas de la sortie très raffinée du ministre polonais des finances, relatant la semaine dernière, dans l’hémicycle du Parlement européen, une observation que lui avait faite « une vieille connaissance » disant carrément craindre « de voir éclater une guerre dans les dix prochaines années. »

Cette brusque inflation de références à la guerre – à propos d’une construction européenne qui s’est toujours enorgueillie d’avoir éradiqué ce cancer dans la réalité comme dans les consciences – traduit quelque chose de profond.  Une récente manchette des « Echos » l’a exprimé sans détours: « le grand désarroi de la zone euro: les dirigeants européens en panne de solutions ».  Comme le reconnait avec humilité Nouriel Roubini, économiste américain devenu mondialement célèbre pour avoir annoncé la crise des subprimes bien avant son éclatement en 2008: « Après avoir tout essayé, les voici démunis ».  De fait, un à un, leurs dogmes s’écroulent.  « Il semble donc – ajoute même Roubini – que Karl Marx avait au moins partiellement raison. »

N’attendons pas des dirigeants européens ou des idéologues de leur modèle en capilotade qu’ils acceptent sans coup férir d’envisager des solutions qui remettent en cause les intérêts qu’ils servent et la doctrine qui les exprime.  Ce débat de fond sur une vision alternative de la construction européenne, c’est aux forces de gauche de l’ouvrir.  C’est le moment ou jamais.

22 septembre 2011 at 1:16 1 commentaire

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