Archive for 5 novembre 2026
LA RÉSISTIBLE ASCENSION DE DONALD TRUMP
Le monde entier ne peut que se réjouir de la leçon que viennent d’infliger les démocrates des États-Unis à Donald Trump ! « C’est un fasciste jusqu’à la moelle ! » et son attitude lors de l’assaut du Capitole est un « moment de type Reichstag » jugeait dès 2023 l’ancien Chef d’état-major des armées des Etats-Unis, le Général Milley ! (1) Bien d’autres anciens hauts responsables abondent dans le même sens. Voilà qui en dit long sur le danger que fait courir au monde le Chef de la première puissance de la planète. Les quelque 22 mois d’exercice de son second mandat ont amplement validé ce jugement.
En plus de ses propres violations extrêmes du droit international -en Palestine, au Vénézuela, à Cuba, en Iran…-, il est pour beaucoup dans les régressions en chaîne observées en matière de coopérations multilatérales comme dans la vague réactionnaire décomplexée qui déferle sur le globe. Dernière illustration : le vote, le 28 octobre dernier, à l’Assemblée générale de l’ONU, sur la résolution demandant la levée du blocus états-unien qui asphyxie comme jamais Cuba. Si une écrasante majorité des pays membres (130) ont, comme chaque année, soutenu ce texte, 17 s’y sont opposés et 25 se sont abstenus -soit la proportion de complicités avec les organisateurs du blocus la plus forte depuis 60 ans, obtenue par des pressions américaines inédites sur de nombreux Etats et du fait de la droitisation de beaucoup d’autres, y compris en Europe.
Peut-on, pour autant, parler d’hégémonie irrésistible de l’actuel président des Etats-Unis ? La réponse est clairement NON ! Il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler la succession spectaculaire de ses revers stratégiques internationaux dans la dernière période : impasse en Iran ; perte de confiance de la part d’alliés traditionnels au Moyen-Orient illustrée par la signature du « pacte de la Mecque », accord de défense collective entre l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ; échec de la tentative extravagante d’annexer le Groenland ; rupture par le Canada de la relation spéciale qui liait ce pays à son puissant voisin; effet boomerang de la guerre commerciale engagée contre la Chine, etc…
A ces déboires s’ajoute la véritable avalanche de ratages des ingérences états-uniennes dans la vie politique de pays tiers : défaite du « grand fan » hongrois de Trump, Viktor Orban; défaite de Bolsonaro au Brésil, dont Trump avait imprudemment salué dès le premier tour « la très très grande victoire »; défaite de Vucic en Serbie, que Trump Jr était allé soutenir en pleine vague de manifestations étudiantes; et finalement défaite du plus proche allié de Trump, qu’il avait qualifié à la fois de « grand premier ministre de guerre » et de « partenaire remarquable pour la paix », Netanyahu (-15 sièges à la Knesset !), que ne peut désormais sauver du naufrage que l’éventuel retournement de membres du « Bloc du changement » trop racistes pour accepter un accord avec les « listes arabes » . A l’évidence, la prétendue toute-puissance du locataire de la Maison Blanche ne s’exerce que si on lui cède du terrain.
En écrivant en 1941, « La résistible ascension d’Arturo Ui », Bertolt Brecht soulignait que l’ascension d’Hitler fut avant tout le fruit d’une succession d’aveuglements, de lâchetés et de corruption. Pour filer la métaphore du général Milley (voir plus haut), il n’est pas incongru d’attirer l’attention aujourd’hui sur « la résistible ascension de Donald Trump ». La leçon ne vaut pas que pour les États-Unis.
———
(1) Cité dans « War », un livre de l’ancien journaliste du Washington Post, rendu célèbre par son travail d’investigation sur le scandale du Watergate, Bob Woodward (2024).




Commentaires récents