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LES ENJEUX INEDITS DES ELECTIONS EUROPÉENNES 2019

L’Union européenne est, on le sait, confrontée à une crise existentielle : la confiance de la majorité de ses citoyens est rompue ; les Etats membres sont plus divisés que jamais; l’un d’eux, et non des moindres, fait sécession ; l’Italie, pays fondateur, a, pour nouvel homme fort, un personnage d’extrême-droite; un nouvel « axe » brun Allemagne-Autriche-Italie s’est constitué entre ministres de l’intérieur contre les migrants et donne désormais le « la » à toute l’UE; l’offensive ultra-nationaliste de Donald Trump reste sans réponse européenne sérieuse; l’engagement, pourtant faible, pris par les « 28 » dans le cadre de la lutte contre le changement climatique n’est plus respecté…Tout va à vau-l’eau. Un profond changement de cap  s’impose !

C’est dans ce contexte que vont se tenir les élections européennes du 26 mai . Or, la gauche française qui se réclame de la transformation de la construction européenne est aujourd’hui éparpillée, divisée. Sans initiative mobilisatrice de sa part, montrant qu’elle prend toute la mesure de l’enjeu sans précédent de ce scrutin par rapport à toutes les élections européennes qui l’ont précédé, elle risque d’être marginalisée dans le prochain Parlement européen. Et, dans l’immédiat, le double piège tendu au « peuple de gauche »  menace de se refermer sur lui : le choix du moins pire entre Macron et Le Pen ou l’abstention ! Avec, dans les deux cas, un fiasco garanti .

Macron, chantre de l’Europe « progressiste » ?! La supercherie est énorme et éclate sous nos yeux . Comme l’a exprimé avec force Patrick Le Hyaric la semaine dernière : « En détruisant un à un tous les outils de solidarité (…), le pouvoir macroniste cultive la conscience du chacun pour soi (…) , terrain où se tisse le long manteau de la réaction extrême ». Quant à l’abstention , c’est, dans le contexte actuel,  le cadeau royal par excellence à cette « réaction extrême » dont la tache brune ne cesse de se répandre à l’Est comme à l’Ouest de l’Europe.

Alors, quoi faire ?  Redoubler d’efforts pour sensibiliser, mobiliser , rassembler les citoyens et citoyennes sur une vision de la construction européenne fondée  -pour aller vite- sur « l’Humain d’abord » par opposition à celle qui ne jure que par « la priorité aux marchés ». Et, parallèlement, se voir et se parler entre forces de gauche ! Je salue, à cet égard, l’appel lancé par Ian Brossat, le chef de file des communistes pour ce scrutin, « à Hamon, Mélenchon, Besancenot, pour se retrouver autour d’une table et discuter de ce que nous pouvons faire ensemble » (1).

Est-ce à dire qu’il faudrait désormais cacher les différences d’approche, voire les divergences réelles entre formations politiques sur les enjeux européens ? Surtout pas ! La démocratie citoyenne suppose le débat public en toute franchise, mais dans une démarche résolument constructive. Seules des options de fond antagonistes sur l’avenir de l’Europe sont des obstacles rédhibitoires aux actions communes . Réfléchissons-y. C’est le moment.
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(1) Public Sénat (28/9/2018). Le même appel a été réitéré sur d’autres chaînes, notamment lors de l’émission de Laurent Ruquier , ONPC, le 29/9/2018.

12 octobre 2018 at 6:10 Laisser un commentaire

ITALIE : CHRONIQUE D’UN DÉSASTRE ANNONCÉ !

Longtemps profondément « européiste »,  l’opinion italienne a basculé lors de la crise de la zone euro et de sa gestion calamiteuse , tant par la « classe politique » de la péninsule que par l’UE.

2010: les « marchés » ciblent les pays les plus endettés en augmentant de plus en plus le coût des emprunts des Etats. La grèce est leur première victime, vite suivie par l’Irlande et le Portugal. L’Italie prend les devants: le très réactionnaire Berlusconi -flanqué de son allié d’extrême-droite, la Ligue du Nord- décide un premier plan d’austérité (25 milliards d’euros d’économies) pour rassurer les « investisseurs » .

2011 (Juillet) : l’Italie est attaquée à son tour. Berlusconi et ses alliés font adopter un deuxième plan d’austérité (48 milliards d’économies) censé éponger les déficits d’ici 2014. Cette purge suscite un tollé dans le pays…sans convaincre les « marchés »: les taux d’intérêt grimpent.

-2011 (5 août) : paniqués, Jean-Claude Trichet , encore président de la Banque centrale européenne (BCE) , et Mario Draghi, son successeur désigné, adressent au Chef du gouvernement italien une lettre en forme d’ultimatum d’une arrogance inouïe. Afin de « restaurer la confiance des investisseurs », ils exigent « des mesures immédiates et courageuses » (à prendre par décrets ) telles que : « la libéralisation des services publics locaux » et des « privatisations à grande échelle »; une « baisse des salaires » des fonctionnaires ; une « réforme des conventions collectives » permettant d’ « adapter les salaires et les conditions de travail »; un « passage en revue en profondeur des règles concernant embauches et licenciements »; un  « durcissement de la législation fiscale » et une réforme de l’administration publique pour la rendre plus « favorable aux entreprises » (« business friendly ») ! Berlusconi (et sa coalition) s’exécutent aussitôt en accélérant l’application des mesures déjà décidées et en en rajoutant une double couche : 20 milliards d’euros  d’économies supplémentaires en 2012 et 25 autres en 2013. Rien n’y fait : les taux d’intérêt continuent de monter, la consommation et les investissements de baisser. La récession s’installe. Berlusconi est poussé vers la sortie et remplacé en novembre 2011 par…un ex-commissaire européen, Mario Monti, qui poursuit aussitôt la fuite en avant austéritaire, avant d’être balayé à son tour aux élections de 2013, marquées par le succès de la rhétorique (alors de gauche) du mouvement « 5 étoiles » . L’année suivante, c’est Matteo Renzi qui devient le nouvel « Homme providentiel » : son parti  de « centre-gauche » recueille 40% aux élections…européennes, avant que cette nouvelle illusion ne se dissipe à son tour, laissant la place au désarroi. La « Ligue » comme les « 5 étoiles » changeront de leader et feront alliance. On connait la suite (provisoire).

De quoi faire réfléchir à une légitime « obsession » du PCF : rassembler en France et dans l’UE les forces prêtes à faire appel à l’intelligence des citoyens dans le combat décisif pour changer l’ « Europe » et notamment  les missions de la BCE, afin d’en finir avec la dictature des « marchés » et d’imposer le respect de la souveraineté des peuples, ce droit imprescriptible de choisir son destin.

7 juin 2018 at 10:29 Laisser un commentaire

ITALIE – UNION EUROPÉENNE : LE BOOMERANG

Le spectacle affligeant qu’offre le paysage politique italien à l’issue des élections en dit long sur les responsabilités écrasantes de la « classe politique » de la péninsule, à commencer par l’ex-chef du gouvernement Matteo Renzi, que certains appelaient encore il y a peu « le Macron italien », en référence à son allure jeune et moderne, tout comme à son aptitude à recycler une partie de la gauche « et en même temps » un pan de la droite sur une ligne très Bruxello-compatible. Lui qui pérorait en 2014, du haut des 40% de voix que ses compatriotes lui avaient généreusement accordées lors du scrutin européen, peut mesurer aujourd’hui le champ de ruines que lui et les siens auront laissé derrière eux. Mais le Secrétaire du Parti démocrate partage ce déshonneur avec les principaux leaders européens .

Revenons à ce propos six à sept ans en arrière. En novembre 2011, l’ère Berlusconi semblait s’achever. On n’aurait pu que s’en réjouir, n’eût été les conditions de son départ précipité du pouvoir, et leurs conséquences prévisibles. En effet, quatre mois plus tôt, le 5 Août, le Président de la Banque centrale européenne d’alors, le Français Jean-Claude Trichet, ainsi que son successeur désigné, l’Italien Mario Draghi, adressaient au Président du Conseil italien un incroyable diktat, sous la forme d’une lettre, restée secrète quelques semaines, avant de fuiter -sans doute pas par hasard, histoire d’exercer une pression maximale sur le Chef du gouvernement à Rome. La missive commençait par cette injonction sans appel : « Le Conseil des gouverneurs (de la BCE) considère que les autorités italiennes doivent d’urgence adopter des mesures propres à restaurer la confiance des investisseurs ». Suivait une liste impressionnante de « réformes structurelles » à exécuter « au plus vite par décrets-lois » , parmi lesquelles « la libéralisation totale des services publics  » ; une « réforme supplémentaire du système des conventions collectives pour permettre  des accords d’entreprise afin d’adapter les salaires et conditions de travail aux besoins spécifiques des firmes »; le « passage en revue en profondeur des règles concernant l’embauche et les licenciements »; « un budget équilibré en 2012, pour l’essentiel par une réduction des dépenses ; le « durcissement des conditions d’éligibilité aux retraites séniors » et le recul de l’age de la retraite « pour les femmes du secteur privé » par l’alignement sur celui des employés du secteur public, permettant de faire des économies en 2012 »; la « réduction des coûts des employés du secteur public, si nécessaire en réduisant les salaires »; la « réforme de l’administration publique dans un esprit favorable aux entreprises », etc…!

Problème : le vieux briscard italien ne s’exécuta pas avec la célérité requise. Aussitôt, les « investisseurs » firent flamber leurs taux d’intérêt. Bruxelles, Berlin et Paris n’avaient plus qu’à pousser l’importun vers la sortie et à faire nommer à sa place -sans élection- un homme du sérail : Mario Monti, ancien Commissaire européen passé par Goldman Sachs. Du sûr ! De fait, il « fit le job ». Ses successeurs du parti démocrate aussi. On en a le résultat aujourd’hui. Non seulement, le sinistre Berlusconi est de retour , mais c’est son allié d’extrême -droite raciste et xénophobe qui est en situation de revendiquer la direction du prochain gouvernement tandis que le populisme relooké du « mouvement 5 étoiles » triomphe. Malheureusement, le boomerang ne touche pas les apprentits-sorciers co-responsables de cette tragédie, mais toute l’Europe.

8 mars 2018 at 8:52 Laisser un commentaire

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