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Face à la crise, « chercher des voies nouvelles »
Il nous livre quelques pistes de réflexion qui seront développées lors du débat « Traité de Lisbonne, comment sortir de l’impasse politique ? ».Face à la crise du capitalisme, qu’est-ce qui fait aujourd’hui débat au sein des forces de gauche européennes ?
Francis Wurtz. Un certain nombre de gouvernements socialistes, impliqués dans l’appareil européen, partageaient déjà l’obsession de la chasse aux déficits publics avant la crise. Les mêmes ont avalisé des plans d’austérité sans précédent… Néanmoins, deux grands clivages subsistent au sein de la gauche. Le premier oppose ceux qui font leur les règles libérales à ceux qui ne se contentent pas de critiquer leurs excès, mais qui les contestent absolument. Le deuxième concerne le pouvoir sur l’argent. Certains parlent de « régulation », mais la question doit être celle des pouvoirs qui sont confiés aux salariés et aux citoyens. C’est un préalable nécessaire si l’on veut que le rapport de forces dans la conduite de l’économie évolue. Les débats autour du traité de Lisbonne ont d’ailleurs illustré ces clivages. Notre famille politique a contesté l’inscription des canons du libéralisme économique dans le marbre du traité, alors qu’une majorité de la gauche européenne l’a approuvé.
Les traités européens portent-ils la responsabilité de la crise actuelle ?
Francis Wurtz. Oui, les traités et ceux qui les ont écrits sont coresponsables de la crise actuelle. Ils ont donné le pouvoir aux marchés. Toutes les enquêtes d’opinion, les mobilisations sociales qui se multiplient aujourd’hui partout en Europe montrent le rejet massif des politiques conduites par les gouvernements au nom du respect des traités européens. Face à quoi l’ancien commissaire européen Mario Monti, prenant acte que le marché unique n’a jamais été aussi impopulaire, a répondu qu’il fallait davantage de concurrence !
Les députés français ont récemment entériné les plans d’aide à la Grèce et de sauvegarde de l’euro. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Francis Wurtz. Avaliser des solutions qui non seulement vont coûter extrêmement cher sur le plan social aux peuples concernés, mais aussi au plan économique, donner son feu vert à l’intervention du FMI est d’une inconséquence totale. Joseph Stiglitz, économiste libéral, dit lui-même : « Attention, avec l’austérité, on va dans le mur ! Vous faites mal aux populations et vous ne pourrez pas rembourser, car vous cassez la croissance ! » Les communistes ont estimé que c’était inacceptable et ont donc voté contre. Globalement, les gens sont révoltés contre ce type de solutions. Il faut désormais que cela se traduise au niveau des choix.
Pour répondre à la crise du capitalisme, certains évoquent l’idée d’une nouvelle gouvernance, voire d’une sortie de l’euro. S’agit-il de solutions ?
Francis Wurtz. Le terme de gouvernance est piégé. Quand madame Merkel l’évoque aujourd’hui, elle vise à renforcer la surveillance des politiques économiques et budgétaires des États membres par l’Union européenne. Il y a là un fil rouge, celui de la dépolitisation de l’économie et l’idée que les grandes décisions ne feraient plus l’objet d’un choix démocratique des peuples. Cela pose la question des droits des salariés, des citoyens, des élus, de la souveraineté populaire au sens large.
Quant à la sortie de la zone euro, c’est une fausse bonne solution. Si la Grèce venait à quitter la zone euro, elle aurait à rembourser une dette très lourde en monnaie de singe et avec tous les spéculateurs du monde sur le dos. L’Europe doit soustraire son développement aux marchés financiers. Dans cette perspective, la Banque centrale a un rôle à jouer, notamment en servant les États, non plus les banques. Elle favoriserait ainsi la création de richesses, au service du progrès social, de l’emploi, de l’environnement…
Comment faire entendre cette alternative ?
Francis Wurtz. Face à ce démantèlement structurel des acquis de plusieurs générations, il faut mener des mobilisations et une bataille d’idées au niveau exigé par les circonstances, pour enrayer la logique actuelle et faire progressivement avancer une logique alternative. Le forum organisé ce week-end à l’initiative de Patrick Le Hyaric tombe à pic, dans la mesure où les participants constituent un éventail assez pluriel d’hommes et de femmes qui ont en commun de chercher des voies nouvelles. Il est très important de permettre aux points de vue de se confronter en articulant les débats politiques sur l’action. Je suis offensif, parce que l’expérience vécue par tout le monde fait sauter des blocages et favorise la réflexion politique et parfois avec un niveau d’exigence inattendu.
Entretien réalisé par Cyril Charon
La sortie de la zone euro, c’est une fausse bonne solution
L’Interview paru le 22Mai 2010 dans l’Humanité
Le député honoraire (GUE-NGL) au Parlement de Strasbourg participe, ce soir, au forum coorganisé par l’Humanité. Il nous livre quelques pistes de réfl exion qui seront développées lors du débat « Traité de Lisbonne, comment sortir de l’impasse politique ? ».
Face à la crise du capitalisme, qu’est-ce qui fait aujourd’hui débat au sein des forces de gauche européennes ?
Francis Wurtz. Un certain nombre de gouvernements socialistes, impliqués dans l’appareil européen, partageaient déjà l’obsession de la chasse aux déficits publics avant la crise. Les mêmes ont avalisé des plans d’austérité sans précédent… Néanmoins, deux grands clivages subsistent au sein de la gauche. Le premier oppose ceux qui font leur les règles libérales à ceux qui ne se contentent pas de critiquer leurs excès, mais qui les contestent absolument. Le deuxième concerne le pouvoir sur l’argent. Certains parlent de « régulation », mais la question doit être celle des pouvoirs qui sont confiés aux salariés et aux citoyens. C’est un préalable nécessaire si l’on veut que le rapport de forces dans la conduite de l’économie évolue. Les débats autour du traité de Lisbonne ont d’ailleurs illustré ces clivages. Notre famille politique a contesté l’inscription des canons du libéralisme économique dans le marbre du traité, alors qu’une majorité de la gauche européenne l’a approuvé.![images[3]](https://franciswurtz.net/wp-content/uploads/2010/06/images3.jpg?w=455)
Les traités européens portent-ils la responsabilité de la crise actuelle ?
Francis Wurtz. Oui, les traités et ceux qui les ont écrits sont coresponsables de la crise actuelle. Ils ont donné le pouvoir aux marchés. Toutes les enquêtes d’opinion, les mobilisations sociales qui se multiplient aujourd’hui partout en Europe montrent le rejet massif des politiques conduites par les gouvernements au nom du respect des traités européens. Face à quoi l’ancien commissaire européen Mario Monti, prenant acte que le marché unique n’a jamais été aussi impopulaire, a répondu qu’il fallait davantage de concurrence !
Les députés français ont récemment entériné les plans d’aide à la Grèce et de sauvegarde de l’euro. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Francis Wurtz. Avaliser des solutions qui non seulement vont coûter extrêmement cher sur le plan social aux peuples concernés, mais aussi au plan économique, donner son feu vert à l’intervention du FMI est d’une inconséquence totale. Joseph Stiglitz, économiste libéral, dit lui-même : « Attention, avec l’austérité, on va dans le mur ! Vous faites mal aux populations et vous ne pourrez pas rembourser, car vous cassez la croissance ! » Les communistes ont estimé que c’était inacceptable et ont donc voté contre. Globalement, les gens sont révoltés contre ce type de solutions. Il faut désormais que cela se traduise au niveau des choix.
Pour répondre à la crise du capitalisme, certains évoquent l’idée d’une nouvelle gouvernance, voire d’une sortie de l’euro. S’agit-il de solutions ?
Francis Wurtz. Le terme de gouvernance est piégé. Quand madame Merkel l’évoque aujourd’hui, elle vise à renforcer la surveillance des politiques économiques et budgétaires des États membres par l’Union européenne. Il y a là un fil rouge, celui de la dépolitisation de l’économie et l’idée que les grandes décisions ne feraient plus l’objet d’un choix démocratique des peuples. Cela pose la question des droits des salariés, des citoyens, des élus, de la souveraineté populaire au sens large. Quant à la sortie de la zone euro, c’est une fausse bonne solution. Si la Grèce venait à quitter la zone euro, elle aurait à rembourser une dette très lourde en monnaie de singe et avec tous les spéculateurs du monde sur le dos. L’Europe doit soustraire son développement aux marchés financiers. Dans cette perspective, la Banque centrale a un rôle à jouer, notamment en servant les États, non plus les banques. Elle favoriserait ainsi la création de richesses, au service du progrès social, de l’emploi, de l’environnement…
Comment faire entendre cette alternative ?
Francis Wurtz. Face à ce démantèlement structurel des acquis de plusieurs générations, il faut mener des mobilisations et une bataille d’idées au niveau exigé par les circonstances, pour enrayer la logique actuelle et faire progressivement avancer une logique alternative. Le forum organisé ce week-end à l’initiative de Patrick Le Hyaric tombe à pic, dans la mesure où les participants constituent un éventail assez pluriel d’hommes et de femmes qui ont en commun de chercher des voies nouvelles. Il est très important de permettre aux points de vue de se confronter en articulant les débats politiques sur l’action. Je suis offensif, parce que l’expérience vécue par tout le monde fait sauter des blocages et favorise la réflexion politique et parfois avec un niveau d’exigence inattendu.
ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CYRIL CHARON
Schuman, réveille-toi : ils sont devenus fous !
Les dirigeants européens entretiennent un véritable culte autour du souvenir de Robert Schuman, auteur du fameux appel du 9 mai 1950 présenté comme l’acte fondateur de la construction européenne. Parmi les valeurs alors mises en avant, citons « la reconnaissance de l’autre », « la coopération », « la solidarité plutôt que l’égoïsme », « l’union plutôt que la division ».
Je ne ressens, pour ma part, nulle nostalgie pour ce temps-là. Cela étant, quel fossé s’est-il creusé, tout particulièrement ces vingt dernières années – depuis « l’achèvement du marché unique » et le traité de Maastricht – entre l’idée que des millions de gens s’étaient faite de l’Europe et la réalité de son évolution ! À cet égard, l’étape en cours risque de porter le coup de grâce à l’idée européenne dans l’esprit de bon nombre de citoyens de l’« Union ». Schuman, réveille-toi : ils sont devenus fous !![robert-schuman[1]](https://franciswurtz.net/wp-content/uploads/2010/05/robert-schuman1.jpg?w=455)
« Jamais le marché unique n’a été aussi peu populaire (…). Il existe une vraie contestation », notait récemment M. Mario Monti, ancien commissaire européen. Moyennant quoi, il prône… « un marché unique plus fort, avec plus de concurrence » ! Mais suggère de « consulter » et « d’expliquer ».
Expliquer ? Le dernier Conseil européen nous a expliqué pourquoi toute l’Union européenne allait entrer dans une nouvelle ère : celle de l’hyper-austérité durable, dont la Grèce semble servir de laboratoire. Angela Merkel, elle, avait expliqué pourquoi il fallait exclure les pays les plus fragiles de la zone euro ! M. Barroso a expliqué pourquoi il voulait pouvoir évaluer le budget de chaque État avant le Parlement national concerné. Le président du groupe libéral du Parlement européen, Guy Verhofstadt, vient d’expliquer que la Commission européenne et la Banque centrale européenne auraient dû pouvoir « imposer un plan draconien d’assainissement » à temps. Et de préciser, en champion de la démocratie européenne : « Certains articles du traité de Lisbonne permettent d’éviter les discussions sur le sexe des anges. »
Devant tant de cynisme et d’arrogance, la tentation est forte d’enterrer l’idée européenne avec les gérants actuels de cette « Union » disqualifiée. Cela reviendrait à leur laisser tout le terrain. Ne leur faisons pas ce cadeau ! Bien au contraire, c’est au nom d’une tout autre ambition européenne que nous nous faisons les porte-parole de la résistance des peuples et que nous prenons appui sur les multiples faits qui délégitiment les structures européennes actuelles et ceux qui les dirigent. La gauche européenne a un défi historique à relever : dans cette crise qui s’approfondit sous nos yeux, elle doit faire preuve de créativité politique et se montrer capable de porter des idées neuves à la hauteur des enjeux.
Dans quelles directions convient-il de réfléchir et d’agir ensemble pour réorienter fondamentalement la construction européenne ? Parmi les pistes en discussion, – et pour simplifier –, j’en vois trois essentielles. D’abord, il faut chercher à libérer l’Europe de sa dépendance absolue des marchés financiers. L’expérience montre que c’est vital. Cela pose la question clé de la transformation profonde de la Banque centrale européenne. Elle doit financer directement les États à des conditions favorables dès lors qu’il s’agit de sécuriser l’emploi ; d’élever le niveau de formation, de développer les nouvelles technologies – bref, de créer les conditions d’une croissance saine. Il faudrait parallèlement chercher des alliés pour agir dans le même esprit en faveur d’une monnaie commune mondiale.
Ensuite, il faut tendre à instituer de vrais rapports de coopération entre États membres, à l’opposé des pratiques actuelles de dumping social, de la concurrence à tout va et de la guerre économique. La stratégie de la classe dirigeante allemande est, de ce point de vue, un antimodèle.
Enfin, il y a la question des pouvoirs. Il faut arracher des droits et des pouvoirs nouveaux pour les salariés et les citoyens, impliquer les peuples européens, garantir la souveraineté populaire, faire respecter la dignité de chacune et de chacun. Il n’y a pas de solution clé en main. L’Europe est un combat.
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