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LA DEMOCRATIE SANS LE PEUPLE
Ils pensaient
avoir tout prévu…Pour permettre l’entrée en vigueur rapide du nouveau traité de discipline budgétaire et du Mécanisme européen de stabilité (MES), les principaux dirigeants de l’UE avaient adopté un dispositif censé éviter toute mauvaise surprise. D’abord,proscrire le référendum partout où c’est possible. Ensuite, prévoir une clause privant de tout droit aux prêts de secours du MES un pays qui n’aurait pas ratifié le traité de discipline budgétaire.Enfin,décider que le traité budgétaire pourrait entrer en vigueur dès que 12 Etats (sur les 17 de la zone euro) l’auraient ratifié.Le message ainsi adressé aux adversaires du traité et à sa logique de l’austérité à perpétuité et de négation de la souveraineté populaire était clair: les chiens aboient,la caravane passe!
Or,un grain de sable vient de gripper, le 10 juillet dernier,ce montage machiavélique.Et, qui plus est ,dans l’Allemagne de Madame Merkel. Hélas,il n’est pas le résultat d’une rébéllion surprise de la gauche parlementaire: celle-ci (hormis la Linke ainsi que 23 élus du SPD ) a fait chorus avec la droite du Bundestag pour approuver tous les textes.C’est de la Cour constitutionnelle,gardienne sourcilleuse de la très sacrée « Loi fondamentale »,qu’est venue la contestation. Les huit juges de Karlsruhe estiment,en effet,que ces traités risquent de rogner les prérogatives du Parlement national. Ils invitent plus généralement les responsables politiques du pays à ne pas sacrifier la démocratie sur l’autel de la crise. Naturellement,sans l’Allemagne,tout ce dispositif serait nul et non avenu. Son avenir est donc suspendu à la décision finale de ces magistrats.
Cet épisode est significatif de la profondeur de la crise de la démocratie dans l’Union européenne. Il renforce encore la légitimité de l’exigence d’une (vraie) réorientation de cette construction qui passe par une implication des citoyennes et des citoyens tant dans l’élaboration des politiques que dans le contrôle des décisions prises et l’évaluation des résultats. Le traité de discipline budgétaire, en prenant le contre-pied des aspirations populaires, tant sur le plan social que démocratique,nous enfoncerait dans l’impasse. Il est donc primordial de s’y opposer.La position rappelée par François Hollande (pour la ratification du traité, nullement « renégocié »!) n’est pas digne de la gauche!Quant à l’hypothèse selon laquelle -au cas où un nombre conséquent de parlementaires socialistes ou verts refuserait finalement de cautionner ce texte régressif- le PS compterait sur les voix des élus de droite pour lui permettre d’atteindre coûte que coûte la majorité requise,mesure-t-on le préjudice qui en résulterait pour l’idée même du changement qu’attend la majorité des Français!
Plus généralement, il est grand temps d’ouvrir un grand débat sur les enjeux européens où puissent être confrontées au grand jour les différentes visions de l’Europe et les options immédiates qui en résultent. Le Front de Gauche est prêt à y prendre sa place.Qu’en pensent les autres forces politiques?
« L’EUROPE REORIENTEE » SELON FRANÇOIS HOLLANDE
« L’Europe a été réorientée comme il convient » a osé François Hollande à l’issue du Conseil européen des 28 et 29 juin dernier!Il a estimé que ce sommet avait permis d’aboutir à la « renégociation » du traité de discipline budgétaire qu’il souhaitait.Cette posture est un très mauvais service rendu à la gauche.Pour une raison simple,mais fondamentale:elle trompe les gens sur la réalité des mesures décidées et prépare de graves désillusions dont risquent de profiter les pêcheurs en eaux troubles de la droite et de l’extrême droite.Rétablir la vérité auprès des citoyens est un impératif catégorique pour éviter ce scénario-catastrophe.
A propos du traité « renégocié »,tout d’abord.Une seule ligne a-t-elle été modifiée au « traité Merkozy »,qui vise à graver dans le marbre la conception la plus rigide de l’austérité et du contrôle des politiques budgétaires et économiques nationales? Non.La doctrine allemande,ou,plus précisément,celle de la classe dirigeante du pays dominant la zone euro,a été validée à la virgule près.Le fait qu’ait été adopté et publié par ailleurs (…en annexe aux conclusions du Conseil européen) le fameux « pacte de croissance »ne change rien à la nature hyper restrictive et autoritaire du traité en question.Une majorité de gauche ne doit pas ratifier un tel texte!
Une deuxième question à l’ordre du jour de ce Conseil européen appelle clarification:la portée réelle de ce « pacte de croissance ». Les mesures prévues dans ce cadre (120 milliards d’investissements dans 27 pays ) constituent-elles une avancée?Tout dépend des critères d’utilisation de cet argent: création d’emplois et de richesses socialement utiles ou investissements financièrement les plus rentables ? Il faudra suivre de près ces opérations et intervenir sur les choix à opérer. Mais,en tout état de cause,ces mesures (dont le principe était d’ailleurs acquis depuis janvier 2012) laissent entier le problème numéro un de l’Europe en crise: le pouvoir exorbitant laissé aux marchés financiers. « Réorienter l’Europe » passe nécessairement par la transformation des missions de la Banque centrale européenne (BCE): son pouvoir de créer de la monnaie (donc de l’argent) sans recours aux marchés des capitaux ne doit plus bénéficier qu’aux seules banques privées,mais aux Etats membres eux-mêmes. Ceux-ci doivent pouvoir placer leurs titres de dette auprès de la BCE à un taux proche de zéro % et bénéficier également de sa part de prêts très favorables pour financer des projets de création d’emplois ,de développement social et environnemental,de services publics. Voilà le vrai tabou à faire sauter! Une France de gauche se grandirait à prendre la tête de cette bataille-là,pour changer vraiment l’Europe.
Il est enfin une troisième décision du Conseil européen de fin juin sur laquelle il est crucial d’attirer l’attention du « peuple de gauche »: c’est le lancement du processus devant aboutir, étape par étape,au « saut fédéral » de l’UE.Après la centralisation de la politique monétaire,puis budgétaire,puis économique,c’est l’idée d’une tutelle de la BCE sur l’ensemble des institutions bancaires de la zone euro qui vient d’être entérinée à Bruxelles.Madame Merkel pense déjà au stade ultime de cette vision:l’intégration politique. Les « marchés » applaudissent. François Hollande évacue le problème par une de ces pirouettes qu’il affectionne: » l’intégration autant qu’il est nécessaire;la solidarité autant qu’il est possible ».Un enjeu démocratique de cette importance mérite non une position évasive,mais une confrontation d’idées franche . Le débat européen à gauche ne fait que commencer.
CHYPRE : UNE PRESIDENCE ATYPIQUE DE L’UE
Le 1er juillet prochain,celui qui deviendra pour six mois le « Président du Conseil européen », Demetris Christofias,Chef de l’État chypriote,n’est autre que la principale figure communiste de l’île.Ce fait -inédit!- suffirait à faire de ce second semestre 2012 celui d’une présidence atypique de l’Union européenne.
De là à rêver d’une période de mutation progressiste accélérée de la construction européenne,il y a un pas qu’il serait déraisonnable de franchir.D’abord,parce que Chypre,dont le poids tant démographique qu’économique est très relatif,ne peut prétendre bousculer les rapports de force qui régissent les institutions européennes actuelles.Ensuite,du fait que ce pays souffre d’un double handicap que les plus puissants des « 27 » ne se priveront pas,le cas échéant,d’exploiter à leur profit: l’occupation de toute la partie nord de l’île par la Turquie (un Etat qui compte dans la région!) et une situation financière critique due à une très forte exposition du secteur bancaire chypriote à la dette du voisin grec.Enfin,parce que l’accès à la présidence tournante du Conseil européen n’est pas la prise du Palais d’hiver! Le pays concerné peut imprimer sa marque,pas « renverser la table ».Pour changer l’Europe,il n’y a ni miracle ni raccourci. C’est d’abord un combat politique constant des peuples et des citoyens,relayé par des élus -et si possible des gouvernements, notamment des pays les plus influents- décidés à prendre le taureau par les cornes.
Pour autant,cette « présidence chypriote » n’est pas banale et appelle toute notre attention.Voilà,en effet,un pays qui cumule plus de spécificités géographiques,culturelles,historiques et politiques que tout autre pays membre et dont le sort devrait à ce titre beaucoup plus fortement impliquer l’UE.
Qu’on en juge:c’est une île située à un jet de pierre de…Beyrouth,donc au coeur de la Méditerrannée -aujourd’hui zone de crise aigüe,mais potentiellement,demain,espace de coopération exceptionnel entre l’UE et le Moyen Orient.C’est aussi l’un des rares pays de l’UE non membres de l’OTAN dans une région où les armes s’accumulent dangereusement (y compris des éléments du « bouclier antimissile » que l’OTAN,y compris la France,vient d’approuver).
Par ailleurs,la population de Chypre est composée de communautés très diverses,en particulier gréco-chypriote et turco-chypriote: créer les conditions d’un « vivre ensemble » durable et de leur égalité de droits est une exigence fondamentale.Elle se heurte pourtant à l’obstacle crucial que l’on sait:l’île est divisée depuis 38 ans,sa partie septentrionale (où vit l’essentiel de la communauté turco-chypriote) est occupée par 40 000 soldats turcs.Ankara y entretient une « république » d’opérette qu’il est seul à reconnaitre.Les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sont foulées au pied. On imagine les plaies vives que représentent les problèmes liés à cette tragédie.Un terrain fertile pour le nationalisme et le populisme,qui plus est par ces temps de crise…
Dans ce contexte,l’existence d’un parti démocratique et responsable comme AKEL (communiste),profondément ancré dans le peuple,et qui doit son autorité à son engagement constant aussi bien contre le nationalisme grec que l’occupation turque et pour la réunification de l’île,est une grande chance pour ce pays et pour l’Europe. Puisse la visibilité qu’offre cette présidence de l’UE aux enjeux chypriotes contribuer à leur solution!




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