Posts filed under ‘Francis Wurtz’

AFRIN : L’IGNOBLE LACHAGE DES KURDES DE SYRIE !

Un nouveau drame humanitaire se déroule sous nos yeux en Syrie. Il touche des femmes et des hommes que toute la communauté internationale célébrait naguère comme étant les combattants les plus intrépides engagés sur le terrain contre le groupe « Etat islamique » (Daesh) : les Kurdes des « Unités de protection du peuple » (YPG et YPJ). Désormais, ils et elles sont abandonnés face aux troupes et sous les bombes de l’armée turque, secondée par ses supplétifs islamistes syriens. Aujourd’hui dans la ville d’Afrin (350 000 habitants), demain peut-être à Manbij, ou à Kobané, au nord de la Syrie. Si rien n’est fait de toute urgence -notamment la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne- d’autres tragédies auront lieu, qui resteront dans l’Histoire comme le résultat d’un ignoble lâchage des Kurdes de Syrie, particulièrement de la part des Etats-Unis, mais également de l’Europe et de la Russie.

Qu’est-ce qui a fourni, en effet, au président turc Erdogan le prétexte en or qu’il attendait pour faire la guerre aux Kurdes de la Syrie voisine ? C’est l’annonce, par Washington, du projet d’installer dans cette région frontalière de la Turquie, une force de sécurité de 30 000 combattants, majoritairement kurdes, pour y empêcher tout retour de djihadistes de Daech. Il n’est guère imaginable que les stratèges américains n’aient pas anticipé la réaction d’Erdogan à ce plan. Or, depuis l’offensive turque, le silence des Etats-Unis est assourdissant et leur projet enterré ! C’est à se demander s’ils n’ont pas délibérément sacrifié leurs ex-« alliés » kurdes , une fois Daesh chassé de Syrie, dans le cadre d’un « deal » secret avec leur turbulent partenaire de l’OTAN ! En tout état de cause, ils les ont lâchés , une fois leur héroïque mission accomplie, à leur pire ennemi. Un degré-record de cynisme ou de lâcheté !

L’Europe, quant à elle, n’est pas en reste à cet égard. Face à l’élimination programmée par Ankara de forces qui furent à l’avant-garde de la mise hors d’état de nuire des commanditaires des attentats de Paris, de Nice ou de Bruxelles, la teneur des réactions des capitales européennes fait honte à entendre : entre leurs « appels à la retenue » (Emmanuel Macron) , l’expression de leur « préoccupation » (l’UE), voire les concessions directes à Erdogan, du type « le souci de la frontière est légitime » ( Jean-Yves Le Drian ) , même si elles sont ensuite tempérées « mezzo voce ». De même, la discrétion avec laquelle les autorités de nos pays traitent -cinq ans après l’assassinat à Paris de trois militantes kurdes- les exactions commises ou annoncées en ce moment sur le territoire européen par les « commandos itinérants des puissants services secrets turcs contre des dirigeants kurdes » (« Le Monde », 16/3/18) tranchent avec la virulence des réactions à l’empoisonnement d’un ex-agent double russe à Londres ! Vis-à-vis d’Ankara, ni sanctions ni renvoi de diplomates, mais des courbettes, des crédits et des espoirs de juteuses ventes d’armes…

Quant à la Russie, maîtresse de l’espace aérien dans la région, elle a, de fait, donné son feu vert à l’agression turque, en retirant en outre ses soldats de la zone la veille de l’attaque d’Erdogan. Hier, Moscou décorait des cadres militaires kurdes de Syrie et invitaient leur organisation aux pourparlers de Sotchi. Jusqu’où Poutine va-t-il aujourd’hui les trahir ? Notre solidarité avec le peuple kurde n’en est que plus cruciale .

22 mars 2018 at 7:57 Laisser un commentaire

LE PARLEMENT EUROPÉEN FACE A LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE

Sur le thème résolument offensif « Reprenons le pouvoir », le Parti communiste français vient de tenir, pour la troisième année consécutive, des « Etats généraux de la révolution numérique » fort justement présentés comme « un lieu ouvert de construction d’une véritable pensée politique critique de la révolution numérique débouchant sur des luttes émancipatrices ». (1) . De vrais débats de fond dans pas moins de 13 ateliers thématiques . Une quarantaine d’intervenants et d’intervenantes. Un public nombreux, jeune, ouvert à la confrontation d’idées. Une belle image de la politique !

Un fait m’a frappé : la place qu’occupe, dans l’esprit de nombre de ces femmes et de ces hommes, le Parlement européen comme lieu pertinent de leurs actions. Ils considèrent, en effet, que c’est au niveau européen que doivent être construits les rapports de force susceptibles de faire respecter l’égalité des droits des internautes par les fournisseurs d’accès à internet (Orange et consorts) ; de faire plier les géants de la Silicon Valley (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft…) et, plus généralement, de s’émanciper des prétentions hégémoniques de l’Amérique de Donald Trump .

De fait, depuis plusieurs années, ils engrangent les succès ! En 2012, les députés européens , mis sous pression par des milliers d’internautes, ont rejeté (par 478 voix contre 39, et 165 abstentions !) le traité international ACTA qui visait à attaquer le « logiciel libre » (possibilité de modification et de partage) et à faire surveiller la « toile » par les opérateurs (Orange, SFR, Free…). En 2014, sentant les attentes d’une réaction plus ferme de la part de l’UE face à l’arrogance des multinationales américaines sur le net, ils votent une résolution appelant la Commission européenne à sanctionner sévèrement Google pour qu’il cesse d’abuser de sa position dominante. Ce sera chose faite : le groupe mythique de Californie finira par être condamné à une amende de 2,42 milliards d’euros et à se mettre en règle dans les 90 jours ! Le géant, réputé intouchable, tout en effectuant un recours, s’ exécuta. En 2015, Parlement européen et Conseil (les représentants des 28 gouvernements) , là encore poussés par une jeunesse très motivée par la défense de l’égalité de traitement sur l’internet, s’accordent sur un règlement garantissant dans toute l’UE la « neutralité du net » (qui exclut toute forme de discrimination entre les utilisateurs à même de payer plus cher leur abonnement et tous les autres). En 2017, conscients de la sensibilité des citoyens au respect de la vie privée, surtout depuis les révélations de Snowden sur l’espionnage de masse de la NSA,les parlementaires de Strasbourg adoptent une résolution mettant sérieusement en cause le gouvernement des Etats-Unis pour non-respect d’un accord garantissant la protection des données personnelles recueillies en Europe et transférées outre-Atlantique par les entreprises américaines. Parallèlement à cette alerte institutionnelle , des ONG spécialisées, implantées dans différents pays d’Europe, saisissent la Cour de Justice de l’UE sur le même sujet, en demandant la rupture de l’accord UE-USA. Encore une belle bataille en perspective. Oui, reprenons le pouvoir, en Europe aussi !

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(1) Yann Le Pollotec, responsable national du PCF en charge de la Révolution numérique.

15 mars 2018 at 10:39 1 commentaire

ITALIE – UNION EUROPÉENNE : LE BOOMERANG

Le spectacle affligeant qu’offre le paysage politique italien à l’issue des élections en dit long sur les responsabilités écrasantes de la « classe politique » de la péninsule, à commencer par l’ex-chef du gouvernement Matteo Renzi, que certains appelaient encore il y a peu « le Macron italien », en référence à son allure jeune et moderne, tout comme à son aptitude à recycler une partie de la gauche « et en même temps » un pan de la droite sur une ligne très Bruxello-compatible. Lui qui pérorait en 2014, du haut des 40% de voix que ses compatriotes lui avaient généreusement accordées lors du scrutin européen, peut mesurer aujourd’hui le champ de ruines que lui et les siens auront laissé derrière eux. Mais le Secrétaire du Parti démocrate partage ce déshonneur avec les principaux leaders européens .

Revenons à ce propos six à sept ans en arrière. En novembre 2011, l’ère Berlusconi semblait s’achever. On n’aurait pu que s’en réjouir, n’eût été les conditions de son départ précipité du pouvoir, et leurs conséquences prévisibles. En effet, quatre mois plus tôt, le 5 Août, le Président de la Banque centrale européenne d’alors, le Français Jean-Claude Trichet, ainsi que son successeur désigné, l’Italien Mario Draghi, adressaient au Président du Conseil italien un incroyable diktat, sous la forme d’une lettre, restée secrète quelques semaines, avant de fuiter -sans doute pas par hasard, histoire d’exercer une pression maximale sur le Chef du gouvernement à Rome. La missive commençait par cette injonction sans appel : « Le Conseil des gouverneurs (de la BCE) considère que les autorités italiennes doivent d’urgence adopter des mesures propres à restaurer la confiance des investisseurs ». Suivait une liste impressionnante de « réformes structurelles » à exécuter « au plus vite par décrets-lois » , parmi lesquelles « la libéralisation totale des services publics  » ; une « réforme supplémentaire du système des conventions collectives pour permettre  des accords d’entreprise afin d’adapter les salaires et conditions de travail aux besoins spécifiques des firmes »; le « passage en revue en profondeur des règles concernant l’embauche et les licenciements »; « un budget équilibré en 2012, pour l’essentiel par une réduction des dépenses ; le « durcissement des conditions d’éligibilité aux retraites séniors » et le recul de l’age de la retraite « pour les femmes du secteur privé » par l’alignement sur celui des employés du secteur public, permettant de faire des économies en 2012 »; la « réduction des coûts des employés du secteur public, si nécessaire en réduisant les salaires »; la « réforme de l’administration publique dans un esprit favorable aux entreprises », etc…!

Problème : le vieux briscard italien ne s’exécuta pas avec la célérité requise. Aussitôt, les « investisseurs » firent flamber leurs taux d’intérêt. Bruxelles, Berlin et Paris n’avaient plus qu’à pousser l’importun vers la sortie et à faire nommer à sa place -sans élection- un homme du sérail : Mario Monti, ancien Commissaire européen passé par Goldman Sachs. Du sûr ! De fait, il « fit le job ». Ses successeurs du parti démocrate aussi. On en a le résultat aujourd’hui. Non seulement, le sinistre Berlusconi est de retour , mais c’est son allié d’extrême -droite raciste et xénophobe qui est en situation de revendiquer la direction du prochain gouvernement tandis que le populisme relooké du « mouvement 5 étoiles » triomphe. Malheureusement, le boomerang ne touche pas les apprentits-sorciers co-responsables de cette tragédie, mais toute l’Europe.

8 mars 2018 at 8:52 Laisser un commentaire

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