Posts filed under ‘Francis Wurtz’

METTONS MERKEL ET SCHULTZ DEVANT LEURS RESPONSABILITÉS

Devant l’échec des négociations pour la formation d’une coalition CDU-CSU-Libéraux-Verts en Allemagne, Emmanuel Macron avait usé de l’une de ces expressions lumineuses dont il a le secret : « Nous, on doit avancer ». Bon, mais encore ? Il y aurait pourtant des sujets majeurs à aborder dans le contexte de la crise politique de la principale puissance économique de la zone euro. Un seul exemple : celui des dommages considérables que le modèle Schroeder-Merkel des vingt dernières années cause à la fois en Allemagne -dont l’irruption de l’extrême droite et le désaveu des partis de la « grande coalition » (CDU-SPD) est le symptôme- et dans les pays du sud de l’Europe, parmi lesquels la France. En effet, ce modèle est fondé, comme on le sait, sur la « modération salariale » ; sur des restrictions draconiennes des dépenses publiques, notamment en matière d’infrastructures ( écoles, ponts, installations ferroviaires…) ; ainsi que sur des réformes libérales et impitoyables de l’assurance-chômage et des retraites. En Allemagne-même, ces mesures ont permis de doper la « compétitivité » et d’accumuler des excédents commerciaux-records (261 milliards d’euros en 2016 !) , mais au prix d’une extension de la pauvreté et de la précarité dans le pays le plus riche d’Europe. Et dans la zone euro, en particulier chez ses partenaires du sud, il en résulte mécaniquement plus de chômage, plus de déficits, plus de dettes.

 

Certes, il ne s’agit pas de minimiser les responsabilités écrasantes des gouvernements français successifs dans l’alourdissement du chômage, la désindustrialisation et le déficit commercial  que connaît notre pays ! Mais il est indéniable que la stratégie mercantiliste et anti-coopérative que pratique Berlin n’est pas tolérable entre « partenaires » d’une union monétaire telle que la zone euro. L’Allemagne « vole ses voisins » accusait déjà il y a plusieurs années le Nobel américain d’économie, Paul Krugman (1). En effet, à partir du moment où, du fait de la monnaie unique, il est devenu impossible de dévaluer sa monnaie (en concertation avec ses voisins) pour corriger un déséquilibre commercial, il faut assurer le nécessaire rééquilibrage par d’autres moyens : par exemple, des crédits sélectifs de la Banque centrale européenne en faveur de la résorption des inégalités de développement . Mais, en tout premier lieu, les économies les plus productives doivent bannir toute forme de « dumping social » au détriment de leurs « partenaires » et tendre vers l’équilibre entre leurs exportations et leurs importations, notamment dans la zone euro. D’ailleurs, les règles européennes elles-mêmes prévoient qu’aucun pays n’ait d’excédents commerciaux dépassant 6% de son PIB (richesses produites en une année) , ce qui est déjà énorme (Ce devait être 4% et fut porté à 6% à la demande de…Berlin.) Problème : les excédents de l’Allemagne dépassent aujourd’hui allègrement les 8% et continuent d’augmenter ! Et, jusqu’ici, Angela Merkel est restée sourde aux admonestations (très diplomatiques, il est vrai) de la Commission européenne. Son rival (et probable futur allié ) social-démocrate, Martin Schultz, a pris le contre-pieds de sa politique ultra-restrictive durant la campagne électorale. Il a besoin de « s’acheter une conduite » auprès de ses électeurs perdus. C’est le moment ou jamais de lancer publiquement le débat sur ce problème en Europe ! Le fait que la France ne saisisse pas l’occasion des nouveaux pourparlers engagés en Allemagne en vue d’une « grande coalition »-bis CDU-SPD pour soulever ce lièvre en dit long sur la politique européenne d’Emmanuel Macron en général et sur sa vision du « couple franco-allemand » en particulier.

 

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(1) Dans sa chronique du « New York Times », rapporté par Huffpost (12/11/2013)

30 novembre 2017 at 7:27 Laisser un commentaire

L’UE CHERCHE SON SALUT DANS LA MILITARISATION !

« Après une décennie de gestion de crises, l’Union (européenne) se projette à nouveau dans l’avenir, repart dans la construction, se permet de rêver » se réjouit une chroniqueuse du « Monde » (1). De quel projet européen constructif et tourné vers le futur s’agit-il donc ? L’UE vient-elle de se fixer comme nouveau cap la garantie d’un emploi ou d’une formation pour chacune et pour chacun , ou bien l’exemplarité en matière de lutte contre le réchauffement climatique, ou encore la négociation d’un traité de coopération , de sécurité et de paix avec tous ses voisins du continent européen ? Vous n’y êtes pas vraiment. Non : l’événement -sans précédent- qui vient de se produire est la signature à Bruxelles d’un accord de coopération militaire « structurée » et « permanente » entre 23 des 28 pays membres de l’UE. (2) L’accord sera officialisé au mois de décembre par les Chefs d’Etat et de gouvernement. Il passe pour une « étape historique » vers une défense européenne.

Oh, n’allez pas imaginer qu’ils envisagent de quitter l’OTAN pour autant ! C’est en plus. Les objectifs affichés sont triples : pousser à l’augmentation sensible des dépenses militaires -condition à remplir impérativement pour pouvoir participer à cette nouvelle entité-; construire en commun des équipements militaires, du type « drone militaire européen » ou « avion de combat européen »; et mener, le cas échéant, des opérations militaires conjointes. Pour « mutualiser »les achats d’armements, un « Fonds européen de défense » de 5,5 milliards d’euros par an (!) sera mis en place début 2018. Reste une petite question à laquelle il n’y a, pour l’instant, aucun début de réponse : quelle type de menace cette « défense européenne » est-elle censée conjurer ? Pour la Pologne et les Etats baltes, c’est obligatoirement de la Russie que vient tout le mal. Pour la France, il s’agit d’abord de trouver des renforts pour ses interminables opérations en Afrique et au Moyen-Orient comme « réponse au développement des attentats » (Jean-Yves Le Drian)…Pour certains experts, enfin, le but est de faire converger les différentes perceptions des menaces : « l’un des enjeux de la défense européenne, c’est que le cauchemar des uns devienne le cauchemar des autres » ! (3) De quoi faire « rêver », comme le suggère la journaliste du « Monde »…

Nous voilà donc devenus des alliés stratégiques des pouvoirs d’extrême droite de Varsovie ou de Budapest au point de « mutualiser » avec eux des armements lourds, voire des buts de guerre ! Certes, chaque pays reste libre de participer ou non à tel ou tel projet lancé dans le cadre de cette « coopération structurée », mais le symbole est là : nous sommes aux antipodes de ces régimes sur le plan de la démocratie et du respect des libertés ou en matière d’accueil des réfugiés -le Parlement européen vient même d’adopter à l’adresse du gouvernement polonais une résolution soulignant un « risque manifeste de violation grave » de l’état de droit dans ce pays- , mais nous sommes désormais des partenaires étroits dans le domaine militaire ! On attend avec impatience le prochain discours sur les « valeurs » européennes !

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(1) Sylvie Kauffmann (16/11/2017)
(2) Seuls le Danemark, l’Irlande, le Portugal et Malte se tiennent à l’écart du projet. La Grande-Bretagne, sur le départ, s’est abstenue tout en saluant « une idée prometteuse ».
(3) Thomas Pellerin-Carlin, de l’Institut Jacques Delors

23 novembre 2017 at 10:02 Laisser un commentaire

DES IMAGES ÉMOUVANTES DE « L’AUTRE AMÉRIQUE » !

Si vous êtes saturés des vociférations obscènes de Donald Trump, allez voir, toutes affaires cessantes, le dernier chef d’œuvre du cinéaste américain Frederick Wiseman : « Ex Libris. La Bibliothèque publique de New-York ». La coïncidence de la sortie de ce film émouvant et revigorant avec le premier anniversaire de l’élection du plus stupide et du plus dangereux président des Etats-Unis est une chance : elle nous évite de tomber dans l’anti-américanisme primaire en nous rappelant quelques uns des ressorts les plus attachants de la société de ce grand pays. Il s’agit, en effet, avec ce documentaire de trois heures et quart sur la vie grouillante et incroyablement riche qui se déroule dans la grande « Bibliothèque de New-York », d’un concentré d’humanité, de promotion de la culture et des connaissances, et d’engagement progressiste tous azimuts qui fait du bien !

Première surprise : l’emblématique bâtiment des quartiers chics de Manhattan n’est que le navire amiral d’un ensemble de 92 sites qui parsèment les quartiers les plus divers de la ville, de Brooklyn à Harlem ou de Staten Island au Bronx. Et surtout, ces « bibliothèques » se défendent vigoureusement d’être de simples « centres de stockage de livres ». Elles apparaissent plutôt comme des lieux voués à une infinie diversité d’activités sociales ouvertes à toutes et à tous : la lecture et toutes les formes d’accès aux savoirs et à la culture, bien sûr, mais aussi les formations (gratuites) à l’informatique et aux nouvelles technologies ; les activités d’éveil et le soutien scolaire pour les enfants; l’aide à la recherche d’emploi; l’assistance aux personnes âgées; aux personnes handicapées, non voyantes ou malentendantes ; aux personnes sans abri; aux personnes immigrées…Pour répondre à leurs attentes ou les accompagner dans leurs recherches, les personnels et les bénévoles -dont les compétences, la disponibilité, l’empathie impressionnent- ont manifestement à cœur de compenser les manques criants de services publics dans cette immense cité aux inégalités effarantes. D’ailleurs, cette institution atypique n’est financée que partiellement par des fonds publics (de la Ville) : 40% de son budget proviennent de philanthropes ou de sponsors privés, avec toute la fragilité qui s’en suit pour la pérennité de ses activités.

Pour l’heure (le documentaire a été tourné en 2015) , il semble souffler sur ces lieux de vie -notamment dans les antennes locales plus éloignées- un esprit clairement progressiste. Si le Conseil d’Administration de l’institution apparaît huppé et figé, les thèmes des conférences (depuis « l’esclavagisme et le soulèvement contre la traite des noirs » à « la raison et la science contre le fondamentalisme » jusqu’à « la contradiction capital-travail chez Karl Marx » !) ou encore le type d’expressions qui dominent les échanges entre les usagers et les personnels (« émancipation »; « droits civiques »; « pour un New-York sans exclusion »…) ne laisse guère de doute : à cette Amérique-là va toute notre solidarité !

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Evoquant les « philanthropes » qui comblent les lacunes de l’Etat en participant au financement des activités culturelles et sociales de la Bibliothèque de New-York, je pense au grand mécène turc, Osman Kavala -bête noire d’Erdogan, notamment pour ses initiatives en faveur du dialogue avec le peuple kurde ou la minorité arménienne- emprisonné à son tour depuis le 18 octobre dernier ! Lui aussi mérite notre respect et toute notre solidarité.

9 novembre 2017 at 10:25 Laisser un commentaire

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